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Les Prépondérants de Hédi Kaddour, (Éd. Gallimard)

Imaginez la Tunisie des années 1920, coulée dans la tradition musulmane, conservatrice et endormie, où chacun s’agrippe à ses petits privilèges. Puis un jour branle-bas de combat, à Nahbès, une équipe américaine débarque avec ses gros sabots, pour tourner un film d’aventures, Le Guerrier des sables. Sa liberté de mœurs en bandoulière, elle fout le bordel dans ce monde immobile où le protectorat français se fissure en douceur.

- Par Molière M.

Chaque chapitre entrelace les voix de quatre ou cinq personnages très typés qui naviguent entre désirs et répulsions. Je retiens Rania, une jeune veuve, qui administre seule son domaine malgré l’hostilité d’un frère qui envisage de la remarier conformément à la coutume. Elle lui tient la dragée haute, pas toujours sans mal. Son mari étant mort dans les tranchées, elle bénéficie du soutien des autorités françaises. Son bouillonnant cousin Raouf, tourmenté par ses sympathies communistes et nationalistes, est déchiré entre son attrait pour l’occident et son rejet du colonialisme.

Dans ce microcosme, Gabrielle Conti, une jeune et belle journaliste parisienne, au carnet d’adresses bien rempli, mène une vie libre, au désespoir de Ganthier, archétype même du colon réac qui bave d’amour. Il empile les maladresses devant cette femme téméraire. Enfin, il y a Catherine Bishop, starlette hollywoodienne provocante et court vêtue qui aspire à connaître le pays, une bombe sexuelle dans un monde musulman...

Les « envahisseurs » américains bousculent cette société, dissimulatrice de braises, aux apparences indolentes. Leur désinvolture indélicate provoque un séisme de forte magnitude. Secoués, les réformateurs de tout crin et les nationalistes arabes s’enflamment.

L’agitation subversive devient vite intolérable pour les colons français qui justifient ainsi leur suprématie : « c’est très simple, nous sommes beaucoup plus civilisés que tous ces indigènes, nous pensons beaucoup plus, donc nous avons le devoir de les diriger, pour très longtemps, car ils sont très lents, et nous nous groupons pour le faire le mieux possible, nous sommes l’association, l’organisation la plus puissante du pays ! »

Collision des mondes, des cultures, des pouvoirs ! Les points de vue et les façons de penser s’affrontent. L’auteur ressuscite avec brio une époque complexe où chacun revendique sa part de vérité, qu’il veut absolue, bien entendu ! L’auteur donne au livre une densité remarquable et dénonce l’hégémonie de la France coloniale. J’ai apprécié ce roman politico-philosophique qui s’insinue dans des plaies qui suintent encore.

Molière M.


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Publié le: 3 octobre 2015
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