| Retour à la Une
leglob-journal
Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne

2084. La fin du monde de Boualem Sansal.

Froid dans le dos, le ton est donné dès l’épigraphe : « La religion fait peut être aimer Dieu mais rien n’est plus fort qu’elle pour faire détester l’homme et haïr l’humanité. » L’ombre de Georges Orwell plane. C’est « 1984 » revisité à la sauce d’un fondamentalisme religieux.

- Par Monique M.

Ce futur est si cauchemardesque que l’on en vient à souhaiter qu’il ne soit pas prophétique. L’histoire se déroule, en Abistan. Cet immense empire tire son nom du prophète Abi, « délégué » de Yölah sur terre.

Tout est consigné dans le Gkabul », un livre sacré. L’ancien monde a été rasé au terme d’une longue guerre sainte. La langue, les livres, l’histoire, les musées, jusqu’aux tables, couverts, vêtements, nourriture ont disparu. Le nouvel ordre a tout réinventé : à commencer par la langue devenue minimaliste, pour ne pas donner aux citoyens les moyens de penser, mais aussi une nouvelle manière de s’habiller, de manger, de dormir a été conçue, une vie organisée exclusivement autour de la foi, de la prière, des pèlerinages et de la soumission au dieu unique.

Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de détecter les idées et les actes déviants. Le peuple vit dans le bonheur de la foi sachant que le moindre dérapage entraîne une mort sordide dans un stade.

Mais dans un monde, aussi parfait soit-il, il y a toujours un grain de sable. Celui-ci se nomme Ati. Il a une trentaine d’années, est exilé pour soigner une tuberculose dans un sanatorium situé aux confins de l’Empire, loin de toute ville.

La montagne est traversée par des caravanes de pèlerins, avec qui Ati aime converser. Dans sa retraite forcée, il se trouve soudain envahi par le doute, sentiment étrange qu’il tente de réprimer. Il se lance alors dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos. Au cours de son périple riche en rebondissements, rongé par le doute, il finit par se détacher de la religion.

Boualem Sansal critique ouvertement les pouvoirs et les excès de la religion, les pèlerinages forcés et les exécutions. Au fil d’un récit débridé, à l’innocence goguenarde, aux inventions cocasses ou inquiétantes, il brocarde les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties.

Sélectionné dans toutes les listes des grands prix littéraires (Goncourt, Renaudot, Fémina, Grand Prix du Roman de l’Académie française, Médicis, Interallié), 2084 exerce une fascination d’autant plus morbide, que le récit est plausible. Une fois qu’on l’a en main, malgré les méandres trop fleuris du langage, il est difficile de s’en séparer. A lire pour alimenter vos peurs !

- par Molière M.

2084. La fin du monde de Boualem Sansal - (Gallimard)


Réagir

Molière a lu pour vous...

Publié le: 19 janvier 2016
- Lire aussi d'autres articles de la rubrique: leglob-cultures/idées
Religions Idées Libertés Littérature
Acteur et vecteur de la Pensée critique en Mayenne : leglob-journal
A lire également sur votre Journal en ligne
leglob-journal, votre journal indépendant en ligne - Informations, Analyses, Opinions en Mayenne - Nous contacter : redaction@leglob-journal.fr
© leglob-journal 2017 - Mentions légales - Editorialisé avec SPIP - se connecter - RSS RSS