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Par Michel Perrier - Autour de 30 000 Personnes sur la ZAD de NDDL pour la quatrième manifestation de l’année. Depuis juin, Manuel Valls a multiplié les déclarations annonçant, pour octobre, l’expulsion des agriculteurs historiques et des zadistes, et le début des travaux de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Mais les opposants restent déterminés ; ils appelaient à un nouveau rassemblement, qualifié de « préventif », ce samedi 8 octobre. Michel Perrier, ancien conseiller régional écologiste y était, avec de nombreux mayennais. Son reportage pour leglob-journal avec le témoignage de plusieurs jeunes présents à la manifestation.

- Par Michel Perrier

Des milliers d’opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, près de 40 000 selon les organisateurs (12 800 pour la police), se sont rassemblés sur la ZAD (Zone d’Aménagement Différé, devenu Zone A Défendre dans le langage militant), bâton à la main, dans une ambiance bon enfant.

Au delà de la bataille des chiffres, la mobilisation a été une réussite qui a largement dépassé les craintes des partisans du projet ! Malgré la consultation biaisée, les coups de menton du Premier ministre, les appels à la répression du président de la Région Pays de la Loire Bruno Retailleau, les opposants sont toujours déterminés et ils se renforcent.

Dans la lignée de la lutte du Larzac, les manifestants ont planté leur bâton - en bois, bambou, branche d’arbre, souvent garni – sur des talus en bordure d’un champ, formant symboliquement un périmètre de protection. Leur promesse : venir le récupérer en cas de tentative d’évacuation. « Nous sommes là, nous serons là »

Un mayennais dépose son bâton sur la Zad de NDDL

Cette démonstration de force était un message direct au gouvernement comme l’a expliqué une représentante de la coordination des opposants : « Nous voulons leur dire : Est-ce que vous avez bien mesuré l’énormité du soutien qu’a la ZAD dans toute la France ? ».

Un gouvernement schizophrène

Les velléités d’autorité de Manuel Valls sont connues et répétées régulièrement depuis 2014. Jean Marc Ayrault, papa du projet, est revenu au gouvernement. Les nouveaux ministres, ex-écologistes, comme Emmanuelle Cossé et Jean Vincent Placé, sont silencieux, c’est le prix de leur poste. Le resteront-ils à l’approche des élections de 2017 ?

Bâton contre béton...Ségolène Royal, en tout cas, redit tout haut son opposition : « L’aéroport de Notre Dame des Landes a été surdimensionné, sans doute pour des intérêts financiers, ou parce qu’il fallait justifier qu’il fallait déplacer cet aéroport. Et jamais une autorité médiatrice n’a dit comparons les deux projets et voyons ce qui se passe. (...) Certains élus locaux ou lobbys se sont obstinés. On aurait dû prendre le temps (...) ».

Jean Jacques Urvoas, le ministre de la justice, lui, défend le projet sans état d’âme « le droit dit oui, la population dit oui  », et très bizarrement, il le fait « pour le développement de ma région, de mon Finistère, de ma ville de Quimper  » en oubliant que les bretons, les finistériens, les Quimpérois n’ont pas été consultés par le gouvernement, car les sondages indiquaient qu’ils allaient voter non  ! Cela en devient presque pitoyable.

Et au-dessus de Valls, c’est forcément François Hollande, sur un dossier aussi symbolique, qui décidera in fine. A quelques mois des présidentielles, et après des promesses sur le respect de procédures.

« Illégalité à poser le premier caillou » 

Yannick Jadot, député européen EELV, résume bien la situation : « Plus le gouvernement envoie le signal tout à fait absurde qu’il faut faire cet aéroport et plus il faut marquer notre mobilisation », a-t-il lancé, rappelant que la France était toujours en infraction avec l’Europe sur ce projet et qu’elle « se mettrait dans l’illégalité à poser le premier caillou ».

Car il y a aussi une frénétique bataille juridique. La procédure d’infraction diligentée par l’Union Européenne tout d’abord, même si l’État français tente de régulariser avec l’élaboration du SCOT Nantes-Saint-Nazaire, dont l’enquête publique est en cours, mais dont l’adoption ne pourra pas aboutir avant plusieurs mois. 

Le service légal de la Commission Européenne est précis « dans l’intervalle, les travaux de construction au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes devraient rester suspendus afin d’assurer le respect des procédures convenues pour se mettre en conformité  ». Si le gouvernement français respecte le droit européen, les forces de l’ordre et les pelleteuses ne viendront pas dans la ZAD cet automne.

A la tribune, les orateurs avec notamment, au centre, Geneviève Coiffard, opposante de longue date à l'aéroport

Rien n’est réglé !

Par ailleurs, le Conseil d’État a été saisi. S’appuyant sur les conclusions officielles du CGEDD (conseil général de l’environnement et du développement durable), qui reconnaît la faisabilité de l’optimisation de Nantes-Atlantique et le sur-dimensionnement du projet de Notre-Dame-des-Landes, les associations opposantes souhaitent donner à ce rapport la portée que Ségolène ROYAL s’était engagée à lui conférer lors de sa remise en mars dernier. Ils veulent montrer par ailleurs l’incompatibilité du projet d’aéroport avec les évolutions législatives et jurisprudentielles les plus récentes.

Il faut rappeler aussi que les recours juridiques «  loi sur l’eau  » et « espèces protégées » sont toujours en instruction par la Cour d’appel de Nantes. Et les opposants viennent d’en annoncer d’autres contre les arrêtés préfectoraux concernant la protection du campagnol.

Mais il règne autour de ce projet une sorte d’atmosphère de veillée d’armes ; le gouvernement peut décider de passer aux actes rapidement, il peut aussi rester dans l’attente, car (presque) personne ne pense qu’il aura le courage d’arrêter le projet et de le remettre à plat. Quoi qu’il en soit, quoi qu’il fasse, il sait que les opposants sauront réagir.

« Pourquoi es-tu là ? »

a bonne surprise pour de nombreux écolos de ma génération, qui ont connu le Larzac et l’objection de conscience, c’est la présence massive de jeunes, venus d’un peu partout, en vélo pour les nantais, et souvent en covoiturage.

Quelques-uns ont participé au déplacement organisé par le collectif mayennais contre NDDL, et dans un car au retour vers Laval, j’ai posé une seule question à ces jeunes que je ne connaissais pas : « pourquoi es-tu là ? ». Voici leurs réponses avec leurs mots. À méditer. 

Thomas, étudiant, de Bonchamp : « J’ai toujours été sensible aux malheurs des autres... J’étais un peu désespéré de voir que les gens ne faisaient rien. Je réfléchissais, mais je savais à peine ce qu’était une manif si ce n’est un coup de gueule. J’ai appris beaucoup de chose à Nuit Debout, je me suis politisé et intéressé de plus près à tout ça. J’en suis arrivé à la conclusion que la première chose à faire était de se changer soi-même. Je consomme moins et je favorise les producteurs locaux aux produits industriels et je mange moins de viande.

Je soutiens la ZAD pour les habitants locaux, pour la biodiversité du site, car le projet d’aéroport est dépassé, et que c’est devenu un symbole de la lutte  »

L'avertissement est clair...Lilith, lycéenne, de la Chapelle-Rainsouin : « J’essaie d’aller à toutes les manifs de NDDL car la ZAD me paraît comme un idéal de société et de façon de vivre.

J’ai beaucoup de plaisir à venir aussi parce qu’il y a toute sorte de personnes de plein de milieux différents. Mais tout le monde se soutient, se fait des sourires. Je me sens beaucoup moins seule quand je vois tous ces gens qui se battent, ça redonne de l’espoir.

J’espère que l’aéroport ne sera jamais construit. Je l’espère vraiment car NDDL est devenu bien plus qu’une lutte contre la construction d’un aéroport, c’est devenu le symbole de la lutte contre le gouvernement. »

Jean Baptiste, 26 ans, consultant chargé de projet culture - Laval : « Je suis venu d’abord en raison de mes convictions anti-consuméristes et écologiques. Ensuite, parce que c’était une des rares occasions de s’engager. Faisant partie d’une jeunesse peu politisée et peu habituée à manifester, ce rassemblement représentait un moyen de découvrir une nouvelle manière d’expression politique. Les voies d’expression politique institutionnelle actuelles apparaissent en effet déficientes (réduction de la démocratie au vote, plus professionnalisation de la politique, égale selon moi dysfonctionnements structurels).

Je souhaitais découvrir la réalité du site de NDDL et de la ZAD, et ne pas réduire ma vision à la version relayée et présentée par les médias. J’étais curieux d’en apprendre davantage sur les modèles alternatifs de vie sociale expérimentés sur la ZAD. »

Une vision "bourgeoise" et humoristique de l'alternative à l'aéroport Mattéo, lycéen, Cossé-le-Vivien : « Pourquoi je ne me contente pas de croire les médias et les sondages du gouvernement ? Pourquoi je ne me contente pas de faire comme la plupart des gens et de profiter de mon confort personnel ? C’est parce que sur ce dossier comme sur d’autres, le gouvernement et les médias travaillent main dans la main pour faire passer les opposants politiques pour une minorité de casseurs. Et pourtant, que ce soit à NDDL ou contre la loi Travail, les opposants sont majoritaires à l’échelle nationale.

Je suis opposé aussi pour des raisons plus concrètes. Tout d’abord, il est inutile, il se situe entre Nantes et Rennes où on peut déjà trouver deux aéroports de taille conséquente. En plus, il ne pourrait même pas accueillir les plus gros avions.

Sinon, il reste le problème du coût. Avec les sommes prévues, on pourrait facilement rénover l’aéroport Nantes-Atlantique et garder des fonds pour des choses plus importantes comme l’accueil des réfugiés, qu’ils soient réfugiés politiques ou climatiques, ou pour le développement des énergies renouvelables pour en finir avec le nucléaire. »

Photos M. Perrier (c) leglob-journal

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Publié le: 10 octobre 2016
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