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Reportage à Paris sur le phénomène sociétal « Nuit Debout », sur cette Place de la République, emblématique de la capitale, où tout à démarrer et où spontanément les parisiens et les Français de passage se retrouvent dans les coups durs mais aussi dans les périodes plus festives. Regard singulier sur un phénomène pluriel d’un jeune étudiant mayennais sur un «  mouvement [qui dit-il] permet de rapprocher les convictions, symbolise la vie, le futur utopiste (...) » et « franchement, c’est beau ! »

- Par Romain L.

Laval, jeudi 7 avril 2016, 19h30 - Une quarantaine de personnes présente à l’Assemblée Générale de la première Nuit Debout lavalloise. Nous sommes le 38 mars selon le calendrier du mouvement. Une majorité de lycéens. L’ambiance est calme, timide, les envolées verbales un peu jeunes mais porteuses d’une réelle envie de s’impliquer dans une lutte globale contre le système, on parle d’anarchie sans vraiment savoir définir le terme.

Paris, vendredi 8 avril, 17h30 - Place de la République il y a du monde, d’abord un peu, puis pas mal, et finalement franchement beaucoup. L’atmosphère est lourde et résonne des basses du mur d’enceintes installé dans un coin.

Nous sommes le 39 mars, le mouvement attaque sa deuxième semaine de présence sur la place parisienne, nouveau forum des temps actuels. Les gens l’aiment cette place, devenue le symbole des larmes, des luttes, des hommages, du refus de tout, d’une génération déboussolée.

La statue est depuis le 7 janvier 2015 le réceptacle de tous ce que les gens possèdent d’amour et de tristesse. Frissons. Les dessins, les photos, les bougies, les fleurs symbolisent la mort, les victimes des attentats. Juste à côté, le mouvement « Nuit Debout » symbolise la vie, le futur utopiste, le "plus jamais ça". Émouvant parallèle, on lutte, on vit, mais on n’oublie surtout pas.

La place semble très bien organisée, il y a même un accueil pour orienter les gens un peu perdus. « Nuit Debout » est divisé en plusieurs commissions. Tout d’abord les commissions « pratiques  » : accueil, logistique, cuisine, infirmerie... Puis les commissions dit « de débat  » : économie et politique, environnement, éducation, LGBT, rédaction d’un manifeste... Enfin les commissions « artistiques » : dessin, graphe, poésie...

On peut à peu près tout faire sur la place, même de la méditation (ce qui ne doit pas être facile vu le brouhaha ambiant). Un jeune homme se balade avec une pancarte « TechDebout » et invite qui veut à lui poser des questions sur tout ce qui a trait à l’informatique, une jeune femme en fait de même avec la Science.

On passe d’un stand à l’autre comme dans une kermesse (d’ailleurs des vendeurs ambulants de nourritures, friandises et bières en canettes s’y croient vraiment).

Tous les âges et pas mal de catégories sociales sont représentés, Nuit Debout n’est donc pas juste un mouvement d’étudiants blancs et bobos. Un peu, mais pas que.

Ça foisonne, les commissions sont réunies chacune dans leur coin, des cercles de gens se forment à droite à gauche. Bémol : ces groupes de discussions ne sont pas sonorisés, il est donc très difficile d’entendre le débat en étant un peu éloigné de celui qui prend la parole.

Je me greffe à la commission Économie et Politique. On parle revenu de base, TAFTA (« le Traité Transatlantique qui va nous achever »), dette publique, consommation alternative. C’est intéressant et même passionnant, les gens ne se connaissent pas entre eux ; ce mouvement permet de rapprocher les convictions, c’est franchement beau.

Pour qui ne peut pas se rendre à République, il y a RadioDebout, TVDebout, et même ce soir là, Radio Nova Debout. Tous émettent depuis la place.

18h30, l’Assemblée Générale quotidienne se met en place doucement. On installe le système son, une bâche en cas de pluie, les gens commencent à s’asseoir par terre (on leur précise bien qu’il faut laisser des allées au milieu de la foule, pour faciliter les déplacements). Un membre de la commission action prend d’emblée la parole en proposant, en préambule de l’AG, d’aller repeindre l’agence Société Générale située juste à côté, histoire de leur montrer qu’« ici,c’est pas le Panama ! ».

La chose faite, tout le monde se réinstalle, le nombre de personnes grandit de minutes en minutes, l’Assemblée Générale peut commencer. La première heure est consacrée aux différentes commissions. Un porte-parole de chacune d’entre-elles explique un peu ce qui a été fait, dit, proposé, ou reste à faire. C’est à ce moment qu’on se rend compte de la fourmilière qu’est en train de devenir la place de la Rèp’.

Soleil et week-end oblige, il commence vraiment à y avoir beaucoup de monde sur la place. La moitié pour suivre l’AG, l’autre pour commencer un joyeux apéro au rythme des basses de plus en plus énervées.

Après les commissions, c’est au tour de tout un chacun de prendre la parole. Un membre de la commission modération passe dans la foule pour noter le nom des personnes intéressées et établir un tour de parole.

Lorsque quelqu’un parle, tout le monde écoute, les applaudissements sont remplacés par le secouage des mains en l’air, les réprobations par le fait de croiser les mains. Les prises de parole sont rarement hors-sujet, comme on pourrait s’y attendre dans un rassemblement comme celui-là. Presque toutes donnent de l’espoir et l’envie de s’investir à fond dans le mouvement.

L’ Assemblée Générale se termine vers minuit. La place se transforme en lieu de fête et d’ivresse (et l’on se dit que si quelqu’un ou quelque chose peut empêcher une révolution de nos jours, c’est bien l’alcool).

Et quoi maintenant ? Les Nuits Debout continuent dans toute la France, plus ou moins difficilement. La Place de la République a depuis été "nettoyée", plus aucune construction ou semblant d’installation ne doit être faite. Les CRS sont désormais omniprésents, jetant la soupe au caniveau (42 mars), éblouissant les photographes. La mairie de Paris a fait couper les lumières de la place à la nuit tombée (43 mars), les Assemblées Générales se déroulent désormais à la lueur des bougies.

Le mouvement commence à gêner, et c’est tant mieux ; c’est aussi pour ça qu’il existe. Maintenant deux choix : soit il meurt lentement et dans un mois il n’y a plus rien ; soit il s’amplifie et se durcit. Quelque chose est en marche, et que ce soit à Paris ou à Laval, il suffit de se rendre à une AG pour s’en rendre compte.

(c) Photos Romain L. pour leglob-journal


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« Nuit Debout » ou le salut de la République

Publié le: 14 avril 2016
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