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« Si le préjudice porté à l’image de marque, à la réputation et au patrimoine naturel de la région est avéré, il doit pouvoir donner lieu à des sanctions. » Aux côtés des riverains, la Région des Pays de la Loire présidée par Jacques Auxiette a donc décidé de se porter partie civile dans l’affaire de pollution aux PCB détectée autour de l’usine Aprochim situé à Grez-en-Bouère en Mayenne, une unité spécialisée dans le traitement de déchets contaminés au Pyralène.

- Par Thomas H.

Sur le portail de l'usine

Jacques Auxiette, le président du Conseil régional s’appuie sur une démarche similaire à celle de l’Erica. L’atteinte à l’image, et au patrimoine, avec l’élevage en Mayenne, véritable fer de lance de l’agriculture départementale. « C’est pour cette raison qu’il nous semble légitime de nous joindre à la plainte déposée par les riverains  ».

C’est «  Grotesque ! », la réaction est sans appel. « Grotesque ! » a estimé Jean Arthuis.

Conforme en tout cas

Le président du Conseil général de la Mayenne a toujours été sur une ligne de retrait dans cette affaire, ne prenant pas position officiellement. Il s’est exprimé la première fois sur la télé régionale, où il était invité par les journalistes à ne pas faire de la langue de bois selon le principe de l’émission.

Il a rompu le silence en mettant en avant la création, à l’époque de l’implantation en Mayenne de l’usine, d’une centaine d’emplois sur le secteur. L’emploi qui excuserait tout !

Jean Arthuis a estimé que « c’est à l’État de gérer. » C’est au Préfet et à l’Etat de faire la police a-t-il déclaré. Le président du département a botté en touche : la position de la Région «  ne met que de l’huile sur le feu ! » aurait-il déclaré.

La Confédération Paysanne dénonce d’ailleurs ce qu’elle appelle « l’omerta des responsables et des pouvoirs politiques sur ce scandale de santé publique et ne cautionnera pas, écrit-elle, par son silence l’anéantissement des fermes du canton de Grez-en-Bouère, de l’environnement riche en bio-diversité, et de la santé des hommes qui s’épanouissent sur ce territoire. »

Une information judiciaire

Aprochim depuis qu’a éclaté cette affaire tente, par des communiqués exhaustifs de remettre les pendules à l’heure quand elle écrit que « la totalité du PCB identifiée à Grez-en-Bouère est inférieure à 10 g alors que la vidange sauvage d’un seul transformateur dans la nature pour récupérer le cuivre en déverse des centaines de kilos. Depuis sa création, Aprochim a toujours respecté les seuils de rejets imposés par la Préfecture  ».

Il n’empêche le parquet de Laval a ouvert, nous l’avons appris en fin d’année dernière, une information judiciaire pour « mise en danger de la vie d’autrui et pollution  », après plusieurs plaintes déposées par des riverains inquiets pour leur santé et par des associations locales de protection de l’environnement.

L’usine Aprochim, spécialisée dans le traitement de déchets dangereux, a été placée sous surveillance en janvier 2011 après la détection de taux anormalement élevés de ces PCB volatiles qui se sont logiquement retrouvés dans la production agricole de plusieurs fermes voisines de l’usine.

Du lait, de la viande, des œufs ont été contaminés sérieusement. Depuis, six troupeaux de bovins ont dû être abattus. La mort dans l’âme pour leurs propriétaires.

Les bêtes mais les Hommes aussi

Une ribambelle de croix

Si les animaux sont touchés, il n’y a pas de raison malheureusement que les êtres humains ne le soient pas. Du coup une campagne de prélèvements sanguins doit être lancée dans le courant du mois de janvier auprès des riverains. Histoire d’être fixé.

Déjà le suivi médical des salariés de l’usine (voir SATM ci-contre) a permis de déceler, depuis 2007, des taux d’imprégnation aux PCB supérieurs aux normes chez une vingtaine de techniciens en production.

Après cette découverte, les autorités avaient demandé à l’entreprise d’améliorer la protection des salariés mais aussi de confiner les activités de dépollution dans une enceinte fermée.

De fait le rapport toxicologique de la SATM fait apparaitre notamment « une absence d’imprégnation en polychlorobiphényles pour les 19 salariés de la production embauchés depuis moins de 5 ans  ».

Mais les mesures de prévention prises par Aprochim ne semblent pas opérantes sur les agents hors production susceptibles d’être en contact avec les PCB, comme les gardiens, les agents de maintenance ou de ménage.

« Il faut que ça bouge et qu’on mandate des experts pour y voir plus clair sur l’imprégnation réelle de la pollution, pour dire si les exploitations agricoles les plus impactées vont pouvoir repartir. Et si oui, comment  », estime le Collectif de riverains présidé par Jean-Marc Guesdon.

300 bovins abattus

Revendications et symbole de mort lors d'une manifestation devant l'usine

Jusqu’à présent, Aprochim, filiale du groupe Chimirec qui est par ailleurs poursuivie pour des « pratiques déviantes dans l’élimination de déchets », - le procès aura lieu à Paris du 14 au 22 mai prochain - , a contesté sa responsabilité dans la pollution.

Actuellement, l’usine emploie 80 personnes, et avec la crise économique et la mauvaise publicité liée à cette affaire, la production d’Aprochim a de facto chuté de moitié depuis l’an dernier.

« Entre 450 et 500 tonnes de déchets sont traités par mois  », selon le PDG de l’entreprise, Alain Keravec.

Onze fermes ont été placées sous séquestre total ou partiel et 300 bovins contaminés ont été abattus. Pour Aprochim « l’apparition de nouveaux seuils et des nouvelles normes sanitaires strictes ont conduit la Préfecture à imposer l’abattage de troupeaux de bêtes dans des exploitations agricoles riveraines  »

Dans le compte rendu qu’elle fait de la Commission Locale d’Informations et de Surveillance qui s’est réunie à la mi décembre, l’entreprise fait écrire à une Agence Conseil en Relations presse basée à Paris que « d’autres animaux se sont décontaminés naturellement en suivant les recommandations des experts agricoles.

Aprochim écrit que même si sa part de responsabilité n’est pas établie à ce stade, l’entreprise a fait l’avance d’indemnisations provisionnelles pour faire face aux situations d’urgence signalées dans les exploitations.

Un expert dépêché par Aprochim a rencontré l’ensemble des agriculteurs concernés et leur a présenté les protocoles d’indemnisation. En ce qui concerne la commercialisation du lait et en raison des résultats satisfaisants, les mesures de mise sous séquestre des exploitations laitières ont été levées. » Pas les inquiétudes !

Sur place, dans le secteur de Grez-en-Bouère, elles sont importantes.

Et même si les mayennais ne le font pas voir plus que ça, ils sont animés d’une colère froide et bien au-delà du périmètre de 3 kilomètres directement concerné.

Il faut dire que l’usine comme le dit la communication officielle d’Aprochim « développe une activité de dépollution et a traité depuis 20 ans plus de 175 000 tonnes de déchets au PCB.  ».

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SATM

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PCB : la mort dans l’âme

Publié le: 9 janvier 2012
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