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Est-ce qu’il faut s’accommoder du fait que Goldman Sachs bénéficie de l’expérience, du réseau et de l’influence engrangés par José Manuel Barroso dans les futures négociations de l’après Brexit ? Ce questionnement est légitime au regard de la polémique qui n’est pas prête de s’éteindre et qu’a suscitée le « pantouflage » de l’européen Barroso passé, comme une exfiltration, à la banque privée américaine.

- Par Thomas H.

Ce n’est pas la première fois ! Mais cela n’excuse rien ; et ce n’est surtout pas une raison. Ce transfert, c’est une histoire très révélatrice. La polémique est tellement forte et si durable qu’elle signifie que l’opinion - si tant est qu’on puisse la personnaliser - s’est appropriée un peu plus d’Europe, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Cela veut dire aussi qu’elle désire la voir façonner différemment maintenant que le Brexit a été consommé. Et finalement, c’est tant mieux, non ?

La dimension symbolique du transfert, du transfuge - devrait-on dire - est caractéristique pour beaucoup du fonctionnement de nos institutions en général, et au delà de l’Union Européenne. Des rapports donc entre Politique et Finance. Cette proximité inquiète, révulse et conduit même finalement à des raccourcis qui accentuent le sentiment négatif du rejet associé au « tous pourris ».

Savoir, entregent et réseau

Il faut bien avoir conscience aussi que le passage ne se fait pas vers n’importe quelle banque. Elle est caractéristique de ce que la Finance est capable de faire et peut-être de pire. Cela pose un problème à la fois déontologique et morale. C’est un départ du “temple de la généralité” vers celui du secteur où l’intérêt privé prime sur tout le reste. Et cela ne fait que redoubler le rejet.

José Manuel Barroso quitte donc le domaine public pour le secteur privé qui ne rechigne devant pas grand chose manifestement pour arriver à ses fins. C’est la banque d’affaires américaine Goldman Sachs qui est à l’origine de la crise de 2008 - celle qu’on a dénommée des subprimes - celle de la dérégulation financière, qui lui demande de venir apporter son savoir, son entregent, et son réseau.

Mais également son carnet d’adresses, ses relations, ses connaissances. Ce sont ces « armes et bagages » qui passeraient ainsi à « l’ennemi, la Finance » pour reprendre ce qu’avait déclaré François Hollande dans un dorénavant célèbre discours, emblématique de la volonté politique remisée par le politique lui-même une fois élu. Il faut rappeler simplement qu’il était candidat.

18 mois de délais

Ce n’est pas la première fois, certes, et ce ne sera pas la dernière ! A moins que l’on y mette le holà ; le luxembourgeois et ex-Premier ministre du Luxembourg Jacques Santer, un an après avoir quitté la présidence de la Commission européenne, n’était-il pas entré dans le conseil d’administration de la General Mediterranean Holding, un des plus gros holdings du pays. Un an seulement. Sans attendre, et donc sans respecter le délais réglementaire pourtant prescrit dans l’UE qui prévoit 18 mois afin d’éviter ce qu’il est convenu d’appeler les conflits d’initiés.

Un haut fonctionnaire termine souvent sa carrière dans le privé. La terminer pourquoi pas ! Mais ce qui est plus préjudiciable, c’est le phénomène dit de « porosité » ; en fait ses allers et retours du haut fonctionnaire, du public vers le privé. Cela porte même un non qui est assez imagé, - sans doute parce que ce genre de matériel se retrouve souvent dans les très grandes sociétés -, on appelle cela le « revolving door », à l’image de ces portes qui se trouvent à l’entrée des super-marchés par exemple ou des grands hôtels de luxe avec un système de tourniquet vitré. Je sors et donc j’entre comme je veux. Facilement.

Politique et Finance, les français ont toujours été très septiques dans ce domaine. Le mariage ne fait pas souvent bon ménage en effet. Un “à priori” qui daterait du temps de la Seconde Guerre mondiale où les industriels et les banquiers ont été plutôt "coopérants", avec notamment les «  puissances de l’argent  » qui étaient un peu partout comme dans la Presse notamment. D’où la réticence, et un sentiment de quasi rejet qui a perduré, même s’il s’est un peu estompé.

Évaluer le pantouflage ?

Alors faut-il avec ces exemples de pantouflages incongrus et immoraux, créer une instance de contrôles qui permettrait d’évaluer les conditions du passage du haut fonctionnaire du public au privé ? Un organisme qui serait chargé d’évaluer les risques et de regarder si les conditions sont bien remplies par le postulant ?

Peut-être. Mais comment être certain que les valeurs de l’institution publique dans lesquels le fonctionnaire a baigné et à travaillé en principe au bien commun ne vont pas être dévoyées à des fins purement mercantiles lorsqu’il s’agira d’évoluer dans la banque d’affaires, le conseil d’administration de la Holding ou bien l’institution de notation financière, pour ne citer que ces cas-là ?

Ce qui est souhaitable en tout cas, c’est que le haut fonctionnaire puisse dépasser l’intérêt personnel, son envie de « pantoufler  » et d’être un money-maker à tout prix ; ce qui est souhaitable, c’est qu’il puisse conserver le sentiment de l’intérêt commun qui doit le guider constamment. Du début de sa carrière jusqu’à la fin.

Car enfin, il ne devrait pas être possible de pouvoir s’extraire d’un secteur pour doubler ou tripler sa rémunération dans un autre. Lorsqu’on a choisi le public, cela doit être un choix constant et assumé ; un choix réfléchi qui devrait exclure tout possibilité de sortir et de s’arroger des activités sources de profits et d’enrichissements personnels .


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Pantouflage : doit-on aller vers la fin de tous les arrangements ?

Publié le: 26 juillet 2016
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