Par Géraldine Bannier – « Macron : la difficile équation de la popularité… »

TRIBUNE – Comment Géraldine Bannier, députée de la Mayenne dans les rangs de la majorité, perçoit le «plongeon» dans les sondages que subit actuellement le Président de la République et l’exécutif? Quelle analyse en fait-elle? Et comment l’expliquer? Ce sont ces questions que leglob-journal a posées à l’élue de la Mayenne qui a bien voulu y répondre dans une Tribune. Un texte tout en nuances où la député (MoDem) estime qu’il faudrait notamment «plus de pédagogie pour expliquer les choix» du chef de l’État et de l’exécutif.


Par Géraldine Bannier*


Entre impatience et multiplicité des défis, la difficile équation de la popularité…Macron touche le fond : voici le verdict implacable des sondages, répété en boucle de média en média, étalé de Une en Une… Nouveau monde ou pas, les scénarios précédents – Sarkozy, Hollande – semblent se reproduire. A quoi tient donc ce plongeon s’interroge-t-on ?

D’abord sans doute au décalage inévitable, logique, entre l’espoir que suscite toujours une élection présidentielle, couronnée en France, sous la Vème République, du succès de l’homme providentiel et les résultats qui se font attendre.

L’élu arrive avec son dynamisme, son envie de faire – et Macron fait, c’est indéniable – mais les Français veulent des résultats et vite. Or comment répondre en un an à l’ensemble des problèmes non réglés dont hérite cette majorité : ascenseur social en panne, pouvoir d’achat en berne pour la grande majorité, inégalité d’accès aux soins, ehpad et hôpitaux avec des déficits abyssaux, monde agricole décimé et arrimé à la PAC, enjeux environnemental et climatique devenus si visibles qu’on ne peut plus regarder ailleurs ? Etc.

Les chantiers sont ouverts – Blanquer restaure enfin une école des acquis fondamentaux pour tous ; Buzyn redessine le parcours de soin et annonce une réorganisation en profondeur ; Colomb met courageusement en place la politique d’un meilleur accueil pour des demandeurs d’asile qui soient mieux et plus vite insérés ; Lemaire et Darmanin annoncent à l’envi un travail qui rémunère mieux et des augmentations bienvenues pour les plus fragiles – qu’importe ! Le citoyen veut des résultats, et dans sa vie de tous les jours…

Un mieux vivre, soit en espèces trébuchantes, soit, dans un univers professionnel exigeant, un mieux-être… Or, le rythme législatif fait qu’on ne peut encore voir les effets de la politique menée. Trop tôt. La machine à transformer est lente. C’est là que la réforme constitutionnelle doit intervenir pour limiter le n’importe quoi « obstructionnel » tout en garantissant la qualité des débats parlementaires. Ensuite, et c’est là sans doute la deuxième raison du décrochage, on doit faire mieux avec moins. La dette de 2300 milliards ne s’est pas arrêtée avec En Marche ! et les 98,5% du PIB qu’elle représente pèsent sur les marges de manœuvre, d’autant que la croissance d’1,7% est plus faible que prévue.

La députée Géraldine Bannier – Photo prise le jour où elle entrait pour la première fois à l’assemblée Nationale

La députée Géraldine Bannier – Photo prise le jour où pour la première fois elle entrait à l’Assemblée NationaleAlors, on constate sur le terrain des réactions très diverses : certains, considérant la situation du pays, demandent qu’on réduise au plus vite la dette – on ne le fait pas assez! – d’autres, considérant leur seule situation, n’en ont cure, et demandent plus de moyens – il faut dire que la société française fragilisée demande plus d’accompagnement humain ce qui n’est guère compatible avec des enveloppes budgétaires contraintes. Bref, l’équation est difficile, voire impossible, et les Français majoritaires demandent des efforts partagés par une élite qu’ils ne sentent pas concernée par ces efforts. Du coup, on attend sans doute une frugalité des représentants politiques mais les images montrent autre chose et la déception se répète… Quelques mesures symboliques fortes pourraient peut-être rétablir la confiance.

banniermacroncitation.jpgMême déception face à des politiques dont on attendait une exemplarité sans faille après les intolérables et fracassantes affaires Cahuzac ou Fillon… Eh bien, les Français découvrent comme stupéfaits qu’il y a encore des « affaires »… Et il y en aura encore ! Le monde politique du moment est fait de nouvelles personnalités qui ont certainement, heureusement, pour beaucoup, un comportement irréprochable mais il y a sans doute encore des personnes faillibles, et parmi ces nouveaux, et parmi ceux qui ont connu les anciennes pratiques. Ce qu’il faut, c’est progresser en transparence, en exemplarité, et surtout partout, car, comme on l’entend sur le terrain, « on ne pourrait pas se permettre, nous, de faire pareil ! On est bien plus vite pris au filet ! ».

C’est là que se dessine peut-être le sentiment de ne pas être sur la même longueur d’onde pour beaucoup : le Président le Premier ministre, le gouvernement, n’ont de cesse, dans un monde et un pays qui naviguent en mer agitée, d’afficher leur certitude, leur confiance, leur assurance, leur belle énergie et, c’est heureux, car sans optimisme, difficile de faire bouger les choses.

Toutefois, face à la certitude de réussir, l’art oratoire facile et teinté d’une ironie bien maîtrisée, il y a tous ceux qui doutent et qui ont le sentiment que de là-haut, on ne voit pas, on n’entend pas, puisqu’on a l’air si satisfait et facile… On entend pourtant nous, députés, dans les coulisses, les difficultés qu’affrontent les ministres et le Président, leurs analyses pas toujours optimistes, leurs doutes ; le Président reconnaît à mi-mot que ce n’est pas tous les jours facile… Mais n’en voudrait-on pas pareillement à nos dirigeants s’ils donnaient le sentiment d’être battus d’avance ?

Il faut à mon sens qu’il y ait plus de pédagogie pour expliquer que les choix ne sont pas toujours simples et pourquoi ils sont faits… Montrer que la politique n’est pas un exercice facile ni les résultats toujours ceux attendus… C’est peut-être cette forme d’humilité dont a parlé Gérard Colomb le ministre de l’Intérieur et qui pourrait améliorer le dialogue avec les Français… N’est-ce pas d’ailleurs ce qu’a commencé à faire le Président avec le passage complexe à la retenue à la source ? On lui reproche des hésitations, mais après tout, quel président peut prendre une décision si importante sans peser pleinement le pour et le contre ?

Et pour finir, une dernière hypothèse : et si les Français aimaient simplement les tragédies, plus que les comédies, et qu’avec le jeu des médias, l’enjeu de l’audience, l’extrême virulence mécanique des oppositions, on aimait à reproduire une série épisodique qui mène forcément à la mort du roi ? Quand on voit l’agitation des commentaires qui l’annoncent à l’avance, la répètent à l’infini, on peut se poser la question… C’est là qu’on gagnerait à voir moins de commentaires ; les faits, rien que les faits, et point trop de démesure…

Dans cette majorité depuis plus d’un an, je me refuse encore, pour ma part, au verdict ; il est trop tôt ; je ne vois de toute façon nulle part des dirigeants qui puissent afficher pareille envie, et réaliste, de relever tous les défis de notre pays ; et puis, il y a parmi nous, des jeunes qui enfin se soucient moins de leur carrière que du pays… Macron a au moins réussi cela… Bien sûr, il faudrait dans tous les domaines aller au plus vite du problème de terrain, souvent facilement identifiable, à sa solution, vite mise en œuvre. Si Jean-Michel Blanquer est si populaire, c’est sans doute qu’il est proche de la bonne façon de faire. Mais attendons encore un peu avant de juger définitivement. Nous n’en sommes qu’au premier acte et le dénouement pourrait être plus favorable qu’il n’y paraît… C’est du moins ce que nous espérons.

Il faudra néanmoins, à terme, que les Français puissent sentir que le pays a progressé en justice, en égalité, en fraternité et qu’on y vive simplement mieux, en tout endroit. Alors l’équation de la popularité aura trouvé sa solution…

*Géraldine Bannier a été élue députée (MoDem) en 2017 dans la deuxième circonscription du Sud-Mayenne

2 thoughts on “Par Géraldine Bannier – « Macron : la difficile équation de la popularité… »”

  1. Par Géraldine Bannier – «Macron : la difficile équation de la popularité…»
    Les élus politiques doivent bien comprendre que ce qui fonctionnait avec des taux de participation de 80 %, ne fonctionne plus quand la majorité des citoyens choisit de s’abstenir pour faire savoir que les options qui leurs sont proposées ne leurs conviennent pas. Car l’actuelle Assemblée Nationale a été élue avec 57 % d’abstention et 10 % de bulletins blancs et nuls ! Quelle légitimité a t-elle ?
    15 % des inscrits, c’est bien le score de LREM au 1er tour des élections législatives de juin 2017, décident pour l’ensemble de la population qui n’a plus les moyens politiques de protester ! Cela ne semble pas gêner le moins du monde les nouveaux députés élus ?

    Lorsque la majorité de la population ne se considère plus représentée par ses élus politiques, elle va la rechercher ailleurs. La montée des courants dits « populistes » en Europe en est l’illustration.

  2. Par Géraldine Bannier – «Macron : la difficile équation de la popularité…»
    Géraldine Bannier, bonjour !

    Bravo pour cette tribune, en effet « toute en nuances », qui s’efforce de tracer le bilan d’une année de députée « néophyte » (sur mon clavier, ce terme n’est pas péjoratif !).
    Je partage l’essentiel de ce que vous écrivez pour décrire le mécanisme classique entre l’adhésion l’enthousiaste des premiers moments et le désenchantement qui suit l’arrivée de l’homme providentiel.
    Mais, selon moi, en l’occurrence, là n’est pas la raison principale de la mauvaise passe traversée par le Président et LREM, c’est dans son manque d’humilité.
    Certes, on ne peut occuper cette fonction sans avoir un minimum de certitudes et d’appétence pour le pouvoir (on n’est pas obligé de se réclamer pour autant d’une posture jupitérienne) … Mais, dans sa volonté de gagner le match de la présidentielle, EM a fait ds la surenchère pour apparaître le candidat de la rupture qui allait , LUI ENFIN, faire bouger les lignes. La barre a été fixée tellement haut qu’il s’exposait à décevoir. Ainsi, sa prétention (démagogique) de vouloir effacer la bipolarité Gauche/Droite était vouée à l’échec, non par résistance archaïque mais parce qu’elle est, au sein d’une république, le ciment de l’alternance démocratique.
    Il n’est pas besoin d’évoquer le feuilleton anecdotique des affaires de l’été pour prendre le gouvernement en panne de crédibilité ou d’exemplarité : il suffira d’attendre qqes mois pour assister à la comédie traditionnelle des investitures qui présidera à la composition des listes européennes, sur fond de rancoeurs et de frustrations d’egos
    Bon courage, malgré tout !
    Michel FERRON

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