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Analyse - Il s’est trouvé certains esprits mal intentionnés et quelque peu perfides pour déceler dans la défaite surprenante des footballeurs anglais face à l’Islande la juste et « divine » sanction de l’aspiration majoritaire du Royaume-Uni à jouer en touche au sein de l’Union Européenne. Plus sérieusement, on doit analyser le résultat du référendum sur le Brexit pour ce qu’il est, à savoir l’expression populaire d’une volonté de sécession, lourde de conséquences internationales et aussi nationales.

- Par Michel Ferron

Sur la forme d’abord, et le spectacle affligeant d’une classe politique irresponsable. Avant toute considération sur la dimension géopolitique du vote britannique, on n’aura pas manqué de constater – sans vouloir donner des leçons de morale politique à nos voisins d’outre-Manche – la gigantesque opération de détournement sur laquelle s’est appuyée la consultation.

Nous avons bel et bien assisté, en effet, à une véritable partie de poker menteur, instrumentalisée à des fins de politique interne, sur fond de recadrage d’un leadership national et sanctionnée par un vote laissant chaque camp désemparé par l’ampleur de la déflagration.

Analyse

En premier lieu, la division du parti conservateur s’est artificiellement cristallisée sur la base d’un revirement opportuniste des convictions précédemment affichées par telle ou telle personnalité : d’un côté, le bouillant Boris Johnson qui, lorsqu’il était maire de Londres, témoignait d’une sensibilité europhile de bon aloi, en concordance avec le vote final de l’écrasante majorité des Londoniens partisans du Remain ; de l’autre, l’actuel Premier Ministre, David Cameron, qui ne faisait pas mystère de son euroscepticisme avant de céder, en héraut inattendu des partisans de l’Union, à la surenchère démagogique d’une promesse de référendum, destinée en fait à conforter sa qualité de locataire du 10, Downing Street.

uant à Jeremy Corbin, le peu charismatique leader du Labour, englué dans le dogme marxiste (et suranné) d’une vision de l’Europe assimilée à l’hydre capitaliste dévorant les masses laborieuses, la tiédeur de sa campagne est en grande partie responsable de la victoire du Leave.

Dans un tel contexte, force est de créditer Nigel Farage, leader de l’UKIP (Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni) d’une réelle constance dans l’expression de son anti-européanisme agressif, allant jusqu’à reconnaître rétrospectivement et non sans cynisme le gros mensonge sur le montant réel des contributions versées à l’Europe, étalé et véhiculé sur les bus rouges emblématiques - véritables icônes de la « british way of life » - qui ont sillonné la campagne.

Au final, les cartes ont été battues et rebattues dans la plus grande confusion pour aboutir, après quelques tours de passe-passe, à un score qui inspire à chacun une mauvaise conscience bien puérile, à l’image d’un enfant surpris les doigts collés dans le pot de confiture ! En témoigne, notamment, la pathétique incapacité des vainqueurs à assumer les conséquences de leur victoire.

Sur le plan de la cohérence, le bilan de ces (im) postures est consternant : une fois encore, se trouve gravement écornée la crédibilité du débat politique, pour l’ensemble des citoyens abusés par une telle mascarade.

Voilà pour la forme. Sur le fond ensuite avec la faillite (momentanée ?) de l’idéal européen. Car depuis la publication des résultats, plusieurs voix se sont fait entendre en France et à l’étranger pour tenter de positiver la secousse provoquée par cet électrochoc.

Oui, l’irruption de la volonté séparatiste du Royaume-Uni peut devenir l’occasion propice d’un rebondissement salutaire en vue d’une (re)définition de l’idée européenne autour d’un projet réactualisé. C’est notamment l’analyse de Jean Arthuis, actuel député européen, rejoint par son ex-collègue de Strasbourg, Dany Cohn-Bendit.

Certes, depuis son entrée dans l’Europe, le Royaume-Uni était resté un partenaire atypique et indiscipliné, acceptant de rentrer dans une zone de libre-échange tout en s’affranchissant d’une appartenance à la zone de la monnaie unique ou à l’espace Schengen. Sans doute, aussi, faut-il voir dans le Brexit la résurgence de l’irréductible insularité du peuple britannique, autrefois stigmatisée par le général de Gaulle, hostile à son adhésion.

À cet égard, on doit soutenir sans faille la position du Président Hollande, réclamant une clarification rapide du processus de séparation, seul moyen d’éviter la tentation du Royaume-Uni de "filer à l’anglaise !" en recourant à des tractations propres à ménager la « chèvre » (gourmande) et le « chou » (appétissant) ! La construction de l’Europe mérite mieux que ces éventuels petits arrangements entre ex-amis !

Il y a donc place pour un débat de fond permettant de remettre à plat les fondamentaux mis en avant par les pères fondateurs de l’Union Européenne, les premières motivations économiques s’enrichissant désormais d’autres urgences du temps présent : régulation des flux migratoires, lutte contre le terrorisme, protection de l’environnement.

Pour contrecarrer l’appel d’air et le pouvoir de contagion que représente le vote du Brexit par rapport aux populismes de toutes sortes, l’Europe doit cesser d’être lâchement désignée comme le bouc-émissaire permanent de nos dérèglements et dysfonctionnements nationaux : n’en déplaise à Marine Le Pen, ce n’est pas d’un autre référendum suicidaire sur l’Europe que la France et ses partenaires ont besoin mais bien d’un nouveau traité de refondation de l’Union.

a construction européenne comme utopie nécessaire et vitale pour l’avenir des peuples. Il faut en effet avoir le courage et la lucidité de reconnaître dans le vote britannique l’expression du rejet prioritaire d’une immigration perçue comme tentaculaire et déstabilisante : au FN comme à l’UKIP, c’est la même odeur rance et fétide d’une xénophobie rampante, se nourrissant du remugle de tous les égoïsmes nationaux et du chauvinisme cocardier, contre lesquels l’Europe reste le meilleur rempart.

Enfin, le gâchis le plus attristant produit par le séisme du Brexit est clairement illustré par l’analyse que l’on peut faire de la répartition des votes du 23 juin dernier. La majorité triomphante se retrouve bien dans les couches les plus âgées de la population : le Brexit est un vote de vieux, frileusement cramponnés aux fantômes d’une vision passéiste, au moment où les jeunes générations affirment leur soif décomplexée de modernité, d’ouverture et d’échanges culturels.

Pour terminer ce plaidoyer sur un rapprochement qui pourrait apparaître inopiné, qu’il me soit permis en tant qu’ancien élu de proximité de souligner l’évidente ressemblance de la problématique européenne avec le débat récurrent sur l’avenir des collectivités locales face au développement de l’intercommunalité.

A des niveaux bien différents, les objectifs restent les mêmes : définition de projets de territoire, adoption de politiques communes, mutualisation de moyens…A Bruxelles comme dans toute communauté d’agglomération, les élus doivent dépasser les querelles de clochers pour construire les conditions d’un nouveau vivre-ensemble, et qui soient à la hauteur des enjeux du monde multipolaire d’aujourd’hui.

Michel FERRON, qui se définit lui-même comme « euro et anglo phile  » est membre du conseil d’administration de la Maison de l’Europe en Mayenne, et ancien conseiller municipal et général.


2 commentaires
  • Comme au lendemain du 29 mai 2005 et du référendum grec du 4 juillet 2015, les politiques et l’élitocratie ne comprennent pas que le peuple britannique a exprimé souverainement sa volonté de rester maître des décisions qui le concernent.

    C’est la première fois que la question du maintien ou du départ de l’UE a été posée directement. Et le fait que l’un des trois grands pays européens choisisse la rupture signe la fin du projet européen actuel. Ce résultat révèle définitivement ce qu’on savait déjà, à savoir qu’il s’agissait d’un projet construit par et pour des élites, qui ne bénéficiait pas d’un soutien populaire.

    Le premier constat est que l’UE perd tous les référendums qui se déroulent autour des propositions qui en émanent ou de l’appartenance à l’une de ses instances. Les défenseurs inconditionnels du projet européen devraient quand même commencer à se demander pourquoi ?

    Le second constat est que l’UE n’est pas réformable de l’intérieur et qu’il n’existe pas d’autre solution que la quitter. Une vraie refondation de l’Europe signifie briser la cage de fer de l’austérité perpétuelle et du néolibéralisme autoritaire dont la loi El Khomri est le dernier avatar, et cela passe par une rupture avec la machinerie institutionnelle verrouillée de l’UE.

    Troisième constat : Le vote britannique est donc une occasion à saisir pour toutes celles et ceux qui réfléchissent à une alternative basée sur la coopération respectueuse de la souveraineté des peuples. Sinon continuer à maintenir l’UE et l’Euro hors débat, c’est laisser la voie libre à l’extrême droite pour capter la colère populaire.

    Enfin, le Brexit n’est peut-être pas le seul défi de grande ampleur auquel l’UE va devoir faire face cette année. Le vrai risque se situe du côté de l’Italie qui pourrait être le premier pays à sortir de l’Euro. (1)

    Sur le lien suivant, 2 tableaux destinés à remettre à l’endroit tout ce qui a été dit par les médias maestream. Voir : http://www.les-crises.fr/brexit-l-a...

    1) Les jeunes « éclairés » auraient massivement votés en faveur du maintient dans l’UE, contrairement aux vieux « incultivés ». Un tableau sur le vote par classe d’âge avec prise en compte de l’abstention démontre le contraire : 64 % des 18-24 ans ne sont pas allés voter.

    2) Par contre, un autre tableau sur le vote par catégorie professionnelle démontre que les ouvriers et employés ont massivement votés en faveur de la sortie de l’UE.

    (1) Italie, la crise qui vient : http://www.latribune.fr/economie/un...

    L’Euro, c’était un rêve : http://local.attac.org/attac53/spip...

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  • Ce qui me stupéfie, c’est le manque de projet en cas de victoire du oui au Brexit de la part de ses promoteurs. Signe, s’il en est qu’ils n’y ont jamais cru, espérant simplement faire grimper des enchères européennes pour les supplier de rester. Pas de chance, les électeurs péri-urbains et âgés en ont décidé autrement. Maintenant les rats quittent le navire, chacun s’en lave les mains ; et ceux qui ont voté pour les tenants de la rupture ne leur reprochent pas leur désertion !!!

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Par Michel Ferron - Euro, UE : sorties de tous les terrains pour l’Angleterre !

Publié le: 5 juillet 2016
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