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Faire simple quand d’autres font compliqué. Il y a des artistes avec qui tout s’éclaire, les lignes, les couleurs, etc. « Saisir l’essentiel, (...) la juste mesure, enlever le poids aux choses. » nous dit Valérie Rellier de Jean à propos du peintre Albert Marquet ; et si - en toutes circonstances - c’était cela le must ?

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La simplicité, c’est du grand art !

- par Valérie Rellier de Jean

Repérer les lignes verticales des mâts, situer la grande voile, puis les arbres et les réverbères sur la jetée ; à l’horizontale pointer l’alignement des ponts, localiser les navires amarrés, les embarcadères et les quais du port. De la fenêtre entrouverte de son hôtel, Albert Marquet, le peintre, observe.

Puis il prépare ses couleurs : du gris moyen, du gris soutenu, des bleus en toutes déclinaisons, du mauve, du brun, une touche de saumon, du vert et des harmonies pâles de blanc et de beige. Sans aucun croquis préparatoire, Marquet s’empare de sa toile. Le geste est rapide, la touche doit être posée là précisément ; une simple virgule pour suggérer une silhouette, un coup de brosse pour marquer les lampadaires, quelques empâtements pour les bâtiments sur le quai, des formes géométriques sommaires pour esquisser un voilier, des courbes qui s’entremêlent pour figurer l’eau.

Presque rien, mais tout y est !

On sent le souffle de l’air, sa fraîcheur marine, le mouvement perpétuel des éléments, les clapotis de l’eau contre la coque des bateaux, le bruit sourd des voiliers amarrés aux pontons, la brise légère dans les feuillages des arbres. Et les reflets du ciel et de la mer qui s’appellent et se répondent… Fluidité du temps qui s’écoule, fluidité de la technique picturale.

C’est cela du Marquet : saisir l’essentiel, en occulter le superflu, trouver l’équilibre, la juste mesure, enlever le poids aux choses. Que ce soit des ports de Normandie à ceux de Hambourg, des quais de Seine aux barques de pêcheurs sur les rivières, sous la dune du Pyla ou à Alger, il ne cherche pas le pittoresque, il recherche l’intemporel, la douceur exquise, la vie qui s’écoule paisiblement. Il disait d’ailleurs :« Je ne peux rien créer de plus, ni autrement ».

Sobre dans sa peinture, Albert Marquet l’est aussi dans sa vie. Il n’est pas de celui qui fait scandale, qui provoque. C’est un taiseux encouragé très jeune à pratiquer la peinture et le dessin, pour compenser son handicap physique, un pied-bot qui le gêne pour la marche.

«  Je ne sais ni écrire, ni parler, mais seulement peindre et dessiner  ».

Alors à l’époque d’un Dali, d’un Picasso et d’un Matisse, ses silences, sa sagesse, sa simplicité, sa modestie jouent contre lui. Car dans l’art, comme dans la vie, ce qui est simplement beau ne suffit pas toujours pour s’assurer la médiatisation et faire sonner les trompettes de la renommée.

On parle à son égard d’ingénuité, de perspectives chancelantes. Mais certains ne s’y trompent pas et notent l’adresse, la grande maîtrise du geste, l’harmonie et «  la clarté concrète ». Un historien de l’art souligne « À bien y regarder, cette décontraction apparente est le fruit d’une savante dextérité et le résultat d’une “fausse nonchalance” ».

Marcelle, sa femme, écrit : « Jusqu’à la fin, Marquet s’est acharné à saisir la vie. Il peignait, il dessinait sans se lasser, poursuivant toujours la même recherche, la lumière dans ses moindres frémissements, la vie dans tout ce qui la décèle, un geste, une attitude, un fléchissement. Il avait fait sien un mot de Hokusai “Arriver à ne pas indiquer un point qui ne fut vivant”  ».

Aujourd’hui, Albert Marquet est reconnu comme « un peintre de la lumière » d’autant plus que celle-ci est valorisée par le traitement des ombres. La modestie est comme l’ombre, elle fait valoir la lumière.

Envie de vous extraire du brouhaha quotidien ? Allez voir l’exposition qui lui est consacrée : Albert Marquet, peintre du temps suspendu au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris jusqu’au 21 août 2016.


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Par Valérie Rellier de Jean - la simplicité, c’est du grand art !

Publié le: 26 mai 2016
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