Paroles de soui!

«On ne se moque pas des préoccupations spirituelles des habitants et vous avez confondu laïcité et laïcisme militant ! La Mayenne mérite-t-elle l’outrage d’une moquerie de ce qui a fondé la France depuis 13 siècles ? » Voilà deux exemples de prises de positions. Elles ont été envoyées dans les nombreux mails et commentaires. A propos du film tourné en Mayenne : Va y avoir du soui! Des prises de positions reçues par l’équipe du Couvoir Production en Mayenne qui s’est faite littéralement assaillir, et pas toujours dans des termes aussi châtiés, en raison de son clip objet promotionnel du long métrage qui va être tourné en Juillet prochain sur la Mayenne.

Analyse


leglob-journal revient sur la vague de protestations [ il faut bien l’appeler comme ça], à propos du petit film mis en ligne sur Youtube et qui a déclenché les passions.

La raison de ce déchainement : 15 petites secondes de délire décalé qui ont dû être enlevées du clip finalement à contre coeur pour certains. et qui se voulaient pourtant « conviviales selon les auteurs pour reproduire l’esprit festif et le rassemblement dans l’église ».

Sauf que les mayennais sont dans leur grande majorité très portés sur la religion et que le Diocèse n’a pas du tout apprécié que l’on puisse voir des enfants de cœur boire du mousseux dans la Sacristie et un camembert en guise d’hostie. Shocking !

La passion et le déchainement

Dans un mail on peut lire : « […] il est scandaleux d’y ridiculiser la liturgie, il faut constater la lâcheté habituelle de ces artistes de merde qui n’agiraient pas ainsi dans une synagogue ou une mosquée par trouille des représailles […] »

«Artistes de merde», voilà un jugement à l’emporte pièce, mais hélas ils ne sont pas isolés. «Quand des absurdités sont tournées en studio, cela fait partie de la liberté d’expression mais dans un lieu de culte, ils méritent d’être sortis à coups de pieds dans le cul ! […]. Rebelote.

Certains mails essayent d’argumenter et tentent de ramener les brebis égarées dans le troupeau, mais il faut toujours qu’il y ait une mise en garde ferme, è croire que la menace fait partie du discours de ceux qui se disent croyants : « […] je vous demande de cesser de diffuser cette horreur choquante, scandaleuse, blasphématoire, et inadmissible pour le croyant que je suis. […] Malheur à celui par qui le scandale arrive ! »

D’autres n’y vont pas par quatre chemins et sont aussi comminatoires, mais puissance 10.

Il faut dire que la passion l’emporte sur la raison et du coup les mises en garde ont des remugles bien peu amènes et d’un autre temps : « Privilégiée sera votre place en enfer. Convertissez-vous et repentez-vous tant qu’il est encore temps, engeances de vipères ! »

«Engeances de vipères»? cela veut dire race, en parlant de certains animaux domestiques. Et par extension, on peut le dire des hommes. Mais on porte bien sûr un sacré jugement!

Haine et exclusion

La constante derrière tout cela c’est bien la sémantique de la violence et d’une certaine chose politique qui affleure les prises de positions. Comme celle-ci : « […] La République doit demeurer la forme institutionnelle du bien commun et non être prise en otage par quelques illuminés du Couvoir […] ».

Ou bien celle-là plus marquée encore ou plutôt plus décentrée sur l’échiquier politique, et donc plus extrème : « […] Ici on respecte l’Eglise, ou on se casse ! ». Rémanence frontiste du « La France aime là ou casse-toi ! » des années 90. «Love it or leave it!»

Ou encore cette remarque qui fleure bon l’extrême droite là aussi : « […] Pourquoi ne pas avoir tourné dans une des quatre mosquées de Laval, après tout, elles font partie du paysage mayennais, non ? »

Question de « faire du buzz » comme cela était escompté par les acteurs participatifs du long métrage qui devrait être tourné en été, c’est réussi. Il l’ont fait le soui c’est-à-dire le bazar en patois mayennais, mais à leur coeur défendant.

Mais malgré tout, tout ce remue-méninge n’est-il pas salutaire? Révélateur et symptomatique d’une frange de la Mayenne, conservatrice pure et dure qui ne tolère pas, n’admet pas et ne ricane que lorsque les autres sont concernés par la dérision ? Une frange qui dicte indirectement ses façons de voir ?

Le mot de la fin (temporaire ?) on le doit à cet internaute qui a écrit qu’en Mayenne il était «facile de se moquer des agriculteurs et des curés ».

Il ou elle a écrit cela sous la forme d’une antiphrase bien sûr. Et finalement, c’est bien vrai qu’en Mayenne ce n’est pas si évident que ça d’avoir un regard décalé, de penser différent, et de dénoter. Les gars et les filles de Va y avoir du Soui ! et bien d’autres peuvent en témoigner.


Laisser un commentaire