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Donner l’impression qu’un N°1 décide seul, que tel un Deus ex machina tous se fait dans le jupitérien, à savoir de haut vers le bas, cela peut apparaître en terme de stratégie politique comme contre-productif. Même si une majorité existe, qu’elle reste homogène et que le Président s’appuie sur elle, il ne faut pas qu’il oublie de tenir compte de ceux qui sont dans le non-pouvoir, en dehors de cette majorité, c’est-à-dire dans ce qu’on appelle communément l’opposition - ou de faire semblant. En Mayenne, c’est apparemment le cas quand Guillaume Garot (PS) opposition, réclame à Olivier Richefou (UDI) qui arrive à mi-mandat au conseil départemental d’ « organiser des débats sur des dossiers structurants d’aménagement du territoire » et de ne pas s’enfermer dans ce qu’il appelle un « exercice isolé du pouvoir » Ces demandes sont constitutives d’un certain manque de démocratie participative qui entraine des échanges plus ou moins sereins, qu’on qualifie communément de politiques.

Par Thomas H.

Guillaume Garot, conseiller départemental et député PS - (c) leglob-journal On s’en doute, ces remarques, même si elles sont frappées au coin du bon sens, irritent un peu Olivier Richefou qui, gardant savamment son sang froid et sachant se maîtriser, y voit des atteintes personnelles. « Ces critiques de l’exercice isolé du pouvoir comme vous dites » - qui font aussi référence à la gestion passée du dossier du Collège Fernand Puech situé en centre-ville et qu’Olivier Richefou avait décidé de fermer sans aucune concertation - « n’ont pas lieu d’être a-t-il lancé à l’opposant. Mais comme il vous est difficile de trouver des angles d’attaques nouveaux, vous vous en prenez à la personne. Et c’est insupportable. »

Ce n’est pas spécifique à la Mayenne, mais ici, en règle générale, le fleuret moucheté fonctionne assez bien en politique. C’est une façon plutôt aimable de dire les choses, sans doute parce que nous sommes au pays où Alfred Jarry le père d’Ubu a suivi les cours à Laval du maitre d’armes Félix Blaviel à la fin du XIXe siècle. Et puis surtout parce que le jeune Olivier Richefou a fait de l’escrime et participé à des tournois en dehors de Laval. Duel sans épée et à distance cette fois, entre celui qui reproche au Président de la Mayenne de monopoliser l’action sans concertation avec l’opposition, un petit groupe, incarnée par Guillaume Garot, « chef de file  » de la gauche au Département

« Pouvoir isolé »

« Nous ferons des propositions au moment du budget supplémentaire lors de la prochaine séance, le 18 juin » a déclaré l’ancien maire socialiste de Laval estimant que « si la qualité comptable est au rendez-vous, il ne faut pas pour autant se reposer sur ces deniers. Il y a, a-t-il dit, deux défis à relever, celui des inégalités en Mayenne et celui de l’attractivité.  […] Évitons que des parties de notre territoire ne décrochent ! »

Le conseiller départemental d’opposition faisait peut-être référence à ces chiffres en Mayenne assez significatifs, d’autres diraient inquiétants dans « un département à taille humaine » comme le qualifiait une ancienne Préfète. La Mayenne est peuplée de 310 000 habitants, l’équivalent peu ou prou de la Corse. Et « 11 000 ménages par an bénéficient d’un accompagnement social ; 900 gamins sont retirés de leurs parents par les juges  » avait énuméré le Président Richefou au cours de ses douze réunions de mi-mandats, allant à la rencontre des mayennais « pour rendre des comptes ». Et il avait ajouté : « ce sont des chiffres terribles !  » Pour Élisabeth Doineau en charge de l’action sociale en Mayenne qui a détaillé les comptes de sa mission intitulée Enfance, Famille et Insertion au cours de la séance publique dans l’hémicycle du Département, il a noté a-t-elle dit sans trop s’étendre que « De plus en plus de situations sont très complexes, depuis quelques années. »

« J’assume »

« Assurer la qualité de vie des mayennais, c’est notre rôle essentiel » a rétorqué Olivier Richefou à Guillaume Garot, rappelant « les 30 millions d’euros de plus » injectés dans les contrats de territoires en 2017. « Nous n’avons pas baisser la garde sur les politiques menées par la collectivité, et contrairement à d’autres départements nous avons la chance d’avoir une situation financière saine […] plus 50 % d’investissements […] nous ne licencions pas du personnel, au contraire, la masse salariale progresse pour cette année 2017 de 2 % ... »

Lire : Mayenne, Maine-et-Loire, Sarthe : vers un mariage de raison

« Sur des sujets aussi importants que l’aménagement du territoire, comme par exemple l’éventuelle fusion avec le Maine-et-Loire et la Sarthe, avant de s’engager, il faut monsieur le Président qu’on en débatte […] après, vous serez plus fort !  » lui a aussi lancé, presque en guise de conseil, Guillaume Garot.

«  Savez-vous vraiment ce que l’assemblée départementale souhaite réellement ? Et puis vous ne tenez pas compte, et c’est quand même drôle pour un élu, des recommandations de la Chambre régionale des comptes qui dans un rapport en 2016 vous demandait de mettre fin aux pratiques des provisions...  ». Selon le principe du "tout le monde le fait alors pourquoi pas moi.." Olivier Richefou a justifié en expliquant que « La moitié des départements le font ! et j’assume ce choix de ne pas être orthodoxe. Comme le faisait Jean Arthuis, mon prédécesseur. C’est vertueux de faire des réserves, comme l’écureuil fait des réserves de noisettes… C’est une très bonne méthode : épargner pour la dépense à venir et puis j’assume ce choix collectif et politique. [...] »

Sur la question de l’absence de débat, qu’on retrouve ailleurs dans d’autres assemblées locales, Olivier Richefou a répliqué à Guillaume Garot que « c’est à la Conférence Territoriale de l’Action Publique (CTAP) à Nantes que le débat a lieu. Il y a 6 ou 7 représentants de la Mayenne ; et puis ces sujets ont fait l’objet de débat à 30 dans notre groupe majoritaire. » Même si une majorité existe et que le Président s’appuie dessus, il ne faut pas oublier de tenir compte de ceux qui sont dans l’opposition - ou de le feindre.

Au moment du vote des comptes administratifs pour l’année 2017, le Président du Département se retire, comme à chaque fois. Des comptes qui furent adoptés, classiquement et sans surprise par la Majorité, moins quatre abstentions. Quatre mains qui se sont levées au fond de hémicycle de l’Hôtel du Département ; les mains des quatre élus, ceux de l’opposition départementale.


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Passe d’armes au Département, à fleuret moucheté

Publié le: 2 juin 2018
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