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Le député PS Guillaume Garot vole au secours de Marisol Touraine, la ministre de la Santé qui a mis ses pas dans ceux de son prédécesseur Roselyne Bachelot, initiatrice des GHT, les Groupements Hospitaliers Territoriaux. Le député socialiste de la Mayenne répond en effet dans une lettre au député européen l’UDI Jean Arthuis. Ce dernier qualifie Laval de « maillon faible » et voit donc d’un mauvais œil « son » centre hospitalier à Château-Gontier passer sous la houlette de celui de Laval. Querelle de chapelle donc, autour d’un dossier, la Santé, qui ne devrait pas souffrir de ces petites batailles d’égo politique.

- Par Thomas H.

Le Groupement Hospitalier territorial (GHT) en Mayenne - issu de la loi Bachelot qui définit des territoires de santé - il en sera question à Laval à l’hôpital le 28 juin, au cours d’un Comité Technique d’Établissement extraordinaire. L’hôpital de Laval qualifié par Jean Arthuis, reprenant ainsi le titre de jeu télévisé , de « maillon faible » devrait d’ailleurs connaître une grève le 14 juin prochain autour de la situation de l’emploi.

Il y est question de « supprimer 24,5 Équivalent Temps Plein (ETP) selon un projet que l’ARS, l’Agence Régionale de Santé a refusé parce qu’elle demande plus » explique une syndicaliste ; Cette syndicaliste siège dans les instances représentatives hospitalières et est venue témoigner à une réunion du Collectif de Défense et de Développement des Services Publics en Mayenne (CDDSP 53) qui regroupe partis politiques et organisations syndicales de gauche.

« Concentrer les structures, regrouper tous les hôpitaux locaux du département  », c’est ça la philosophie des GHT. En filigrane, il est en fait question d’une plus grande efficacité de moyens et d’interventions pour l’usager, pour un meilleur rendu médical, ce qui est, somme toute, assez louable.

A travers ces super-structures, le danger note un membre du CDDSP 53, c’est « d’organiser le mouvement des personnels déjà en sous-effectif et qui seront encore plus mobiles par le biais de la mutation inter-établissements ». Et puis, « c’est aussi un moyen d’asseoir son pouvoir politique en luttant, on le voit bien, pour avoir la gestion du GHT. »

Pour Guillaume Garot ancien président du Conseil de surveillance de l’Hôpital lavallois qui monte au créneau, les GHT vont selon lui dans le bon sens, même si, note par ailleurs un syndicaliste, ils entérinent une nouvelle organisation « qui va diluer les responsabilités ».

« Cette nouvelle organisation améliorera l’attractivité de notre département, estime le député mayennais, en particulier pour inciter de nouveaux médecins à venir s’y installer (…) Plus forts ensemble : c’est ainsi que nous défendrons le mieux la santé de tous les Mayennais, pas seulement celle de quelques-uns. En matière de santé, je crois davantage au "fédéralisme hospitalier" qu’à l’égoïsme du repli sur soi.  »

« Égoïsme du repli sur soi ». Allusion à peine voilée en direction de Jean Arthuis, qui selon Guillaume Garot semble, comme à son habitude, jouer perso.

L’ancien sénateur mayennais, président du Conseil de surveillance de l’hôpital de Château-Gontier défend dans cette affaire les hôpitaux du Sud-Mayenne, comme celui de Château-Gontier, « l’hôpital du Haut Anjou qui ne se prend pas pour un CHU » écrit Jean Arthuis à la Directrice de l’ARS.

« Bébé Arthuis », initié lorsqu’il était ministre des finances, l’établissement de Château-Gontier est tourné historiquement vers le bassin d’emploi de Segré situé dans le département voisin.

Dans cette lettre qu’il adresse à la directrice de l’Agence Régionale de Santé, le député européen en bon comptable de formation, note au passage les 40 000 euros octroyés par l’ARS à un cabinet écrit-il « chargé de nous convaincre du bien fondé de votre schéma ». Comme à son habitude, Jean Arthuis est attentif au fond et à la forme quand il s’adresse à la directrice de l’Agence Régionale de Santé.

Une posture en règle générale qui néanmoins ne va pas sans particularité. Jean Arthuis a toujours prôné la mutualisation et la rationalisation des moyens - ce que met en œuvre par exemple avec application son successeur, l’actuel maire de Château-Gontier - et il se trouve ici en opposition avec une mesure qui va en apparence dans le sens de l’histoire économique qu’il a très souvent défendue.

Jean Arthuis emploie le mot de bureaucratie, alors qu’il évolue lui-même dans une instance, l’Europe, on ne peut plus tournée vers ce qu’il dénonce. Mais au-delà et dans ce cas précis concernant le GHT mayennais, c’est bien parce qu’il estime que Laval est « le maillon faible » du dispositif de santé en Mayenne et qu’il ne peut pas être l’établissement centre. Un établissement hospitalier qui doit être appelé, comme tous les autres, depuis la réforme Bachelot à fonctionner comme une entreprise alors qu’il s’agit d’un service public, ce que le CDDSP 53 dénonce dans cette formule « une logique hôpital-entreprise, pour une médecine-marchandise  ».

Il faut voir néanmoins les choses comme elles sont. L’hôpital de Laval souffre d’un déficit financier qu’il cumule d’année en année et également d’un « taux de fuite » conséquent qui éloigne les patients vers des hôpitaux situés hors du département. L’établissement peine à trouver des médecins pour travailler en milieu hospitalier car ils sont peu attirés par Laval ; par exemple «  il n’y a plus de pneumologue à l’hôpital » et «  une trentaine de postes seront supprimés, notamment parmi les contractuels qui sont des variables d’ajustement » note la syndicaliste.

L’hôpital public, c’est pourtant le dernier recours de ceux qui n’ont pas les moyens d’aller se faire soigner ailleurs parce que cela coûte cher. La raréfaction en Mayenne, comme dans des départements similaires, du nombre de médecins généralistes par exemple, est un symptôme de la mauvaise santé de la Mayenne et de la politique menée au niveau départemental depuis des décennies. C’est aussi un mauvais signal donné en terme d’attractivité, tout comme le sont les heures d’attente parfois interminables pour les usagers aux urgences ou bien les dysfonctionnements dans certains services.

C’est pour toutes ces raisons, et pour parler surtout de la santé, ce service public, ce « bien commun à tous », des « services publics du 21e siècle » mais aussi dans une moindre mesure de la protection sociale que se tiendront les Assises départementales du CDDSP 53, ouvert à tous, le 5 Novembre 2016. Avec des acteurs de la santé, mais aussi des décideurs locaux, des intervenants qui viendront sans doute avec des remèdes ! Parce qu’ils n’ont pas choisi de rester dans ce domaine de la santé, simplement les bras croisés.

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Publié le: 8 juin 2016
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