Petite musique de chambre

hopital2.jpgUne « situation périlleuse ». La Chambre régionale des Comptes des Pays de la Loire (CRC) écrit dans un rapport que le Centre hospitalier de Laval qui « s’est trouvé contraint d’emprunter pour financer à la fois ses programmes d’investissement et une partie de ses dépenses de fonctionnement, et pour assurer le remboursement d’une partie des charges d’emprunt existantes » s’est retrouvé dans une situation « périlleuse » et d’ « infraction grave à la réglementation financière. » Bigre!

Par Thomas H.

C’est du lourd. C’est la réthorique de l’organisme de contrôle des finances publiques. Le rapport est assez récent mais il date d’avant l’été.

Il est visible sur le site de la CRC des Pays de la Loire. Il a sans doute secoué l’établissement de soins, qui n’a pas été pour autant destabilisé.

Ce dernier, poursuivent les juges de la CRC, en dépit « d’importantes mesures de soutien versées par l’Agence Régionale de l’Hospitalisation (ARH) depuis près de 10 ans » a vu « sa situation budgétaire et financière se dégradée de manière préoccupante jusqu’en 2008. »

«Mesures de soutien et dettes»

Voila résumé la situation d’un établissement dont on savait les difficultés mais qui n’avaient jusque là pas franchement été mises officiellement sur la place publique, si ce n’est pas des organismes syndicaux.

« Principal établissement dans le département de la Mayenne, le centre hospitalier de Laval comprend près de 700 lits et places de court et moyen séjour et 520 lits d’hébergement médicalisé de personnes âgées » note le rapport de la CRC qui constate aussi que « l’encours de la dette […] a plus que doublé en trois ans pour atteindre 43,5 M€ fin 2008. »

Dessin peint sur les palissades du chantier de l'Hopital de Château-Gontier
Dessin peint sur les palissades du chantier de l’Hopital de Château-Gontier

Alors qu’ils se creusaient en 2007, les déficits des hôpitaux des Pays de la Loire se sont enfin stabilisés. Sur les neuf établissements examinés par la CRC, cinq accusaient encore, en 2008, 10 millions d’euros de pertes, surtout au Mans (Sarthe) et Laval (Mayenne). Deux hôpitaux plus petits comme ceux de Challans et La Flèche étaient excédentaires. Quant au CHU d’Angers, il était lui à l’équilibre.

Pour s’en sortir, la CRC préconise à Laval la mutualisation. C’est une notion à la mode par les temps qui courent et qui consiste à faire jouer la collaboration avec ce qui existe par ailleurs dans le même domaine.

Ce que dit en ces termes la CRC : « l’établis-sement doit s’inscrire résolument dans une démarche de création d’une communauté hospitalière avec les autres établissements publics et de partenariat stratégique avec la polyclinique du Maine. » Voila qui est clair !

Le salut de l’hopital passerait par la coopération avec le privé. Il faut coopérer avec le secteur marchand qui n’a pas forcément la même démarche notamment au niveau commercial. Ni la même culture d’entreprise.
Et la CRC de continuer : cela « implique des mutualisations renforcées pour optimiser les plateaux techniques – notamment celui du nouveau bâtiment sud du centre hospitalier – assurer la permanence des soins, consolider l’offre sanitaire et réduire les fuites des patients hors du territoire départemental. » C’est vrai que la tentation de Rennes est forte en raison de sa proximité.

«fuite des patients»

« A Laval, l’hôpital est peu performant et pâtit de la méfiance des médecins de ville », indique aussi la Chambre régionale des comptes. Elle note que d’après une enquête qu’elle cite, 83 % des médecins ayant répondu (soit 80 praticiens) indiquent qu’ils ne sont pas toujours informés de l’hospitalisation de leurs patients. La CRC fait le même constat à Saint-Nazaire, où l’hôpital public connaît un « fort taux de fuite » de ses patients vers Nantes, la métropole.

« Peu performant » le verdict est sévère. Mais il est vrai que dans son rapport remis en 2009, la Haute autorité de santé (HAS) soulignait déja, et la CRC le rappelle, « de graves dysfonctionnements appelant un effort de réforme dans de nombreux domaines (organisation, soins, qualité). »

Au niveau du recrutement médical hospitalier cela coince aussi : « si le contexte démographique est défavorable, l’établissement paraît souffrir d’une image peu porteuse » selon la CRC qui enfonce le clou. « L’établissement sera confronté à des départs nombreux de médecins dans les dix ans qui viennent, ce qui représente une opportunité de renouvellement des compétences. Dans l’immédiat, il doit faire face à des difficultés majeures de remplacement des départs. »

Alors comment améliorer ? La CRC préconise des pistes. Il y a celle de la mutualisation, on la vu. Mais elle va plus loin et cette fois en interne : « Il convient de mettre en œuvre un nouveau projet médical plus resserré et stratégique, avec des choix d’activité, ainsi que des outils de dynamisation de l’activité des médecins hospitaliers au travers d’une contractualisation rénovée avec les pôles. Il doit également être mis fin aux graves dysfonctionnements pointés par la Haute autorité de santé dans son rapport de certification, afin d’améliorer le service rendu aux usagers et par conséquent l’attractivité de l’établissement. »

Noter que cela fait deux fois qu’elle emploie le terme « dysfonctionnement ».

« L’action d’assainissement financier suppose également que soit réexaminée la programmation des investissements et de leur financement, la priorité devant être donnée à la réhabilitation de l’immeuble de grande hauteur et à sa mise en sécurité. » Là, la CRC projette l’hopital dans le court à moyen terme pour que soit opéré des travaux lourds de réfection du bâtiment central.

Enfin préconise la CRC il faudra un peu plus de rigueur. « Une nouvelle gouvernance, plus respectueuse du droit, et un changement des valeurs. L’établissement a longtemps fait preuve de laxisme dans la gestion des remplacements médicaux – qu’il s’agisse des recrutements et des rémunérations – et dans l’organisation du temps de travail des médecins.»

« Dysfonctionnements, laxime, mise en sécurité » le diagnostic est utile et sans concession de la part de la CRC. Et pour le Centre hospitalier de Laval, l’ordonance est bien remplie et les remèdes précis!

1 thought on “Petite musique de chambre”

  1. Petite musique de chambre
    Ce n’est pas un scoop.La collusion entre certains praticiens et les directions successives était dejà connue et decriée depuis beaucoup plus longtemps.Laxisme dans les remunerations, dans le recrutement des medecins,secteur privé de certains praticiens en dehors des « normes ». Le ministere de la santé est intervenu à maintes reprises pour que ces pratiques soient plus reglementées, jusqu’à la suppression des activités privées de certains: abus de bien social? Combien d’audits n’ont pas été devoilées de craindre de gener certains.La cour des comptes ne fait que des constats, aucune obligation , c’est notre argent public qui est concernée.Faudra-il attendre encore 10 ans pour que le probleme soit enfin resolu? Mais les fossoyeurs de l’hopital public auront bien profité sans être inquiétés.

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