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Législatives 2017, les 11 et 18 juin. A côté des professions de foi officielles ou des déclarations d’intention, que sait-on par exemple de Philippe Habault UDI qui brigue sans investiture officielle, donc sans étiquette un poste de député dans la 1re circonscription de la Mayenne ? Qu’il est chirurgien à la Polyclinique du Maine ? Adjoint au maire de Laval en charge des Finances ? Certes. Mais de l’homme ? Que sait-on de celui qui se trouve derrière le politique ? Leglob-journal dresse toute une série de portrait des candidats aux Législatives. Aujourd’hui zoom sur Philippe Habault.

- Par Marrie de Laval

Ce chirurgien vasculaire, lavallois depuis janvier 1990, me reçoit dans son cabinet à la polyclinique du Maine à Laval. Il est tout en retenu et en pudeur et le faire parler de lui relève d’une certaine gageure. Mais pour se décrire, le candidat recourt à une image anatomique, et tout à fait de circonstance !

« Politiquement, j’ai le portefeuille à droite et le cœur à gauche ». Cette façon de voir les choses un peu caricaturale en fait un parfait centriste, si tant est que cette appellation clivante ait encore une quelconque pertinence.

Parce que son père, fonctionnaire, travaillait à la météorologie sur la base navale de Karouba près de Bizerte en Tunisie, le voilà rapatrié en 1961 à l’âge de quatre ans avec ses parents. Il n’en conserve en mémoire que la précipitation du retour par bateau peu après avoir été « attrapé par le col alors que je jouais dans un parterre de fleurs  ».

Finalement, la famille se pose à Rennes en 1964. Il y fera toute sa scolarité, et s’orientera vers la médecine. Il ne saura vraiment ce qu’il veut faire qu’à l’occasion d’une nuit de garde. Une jeune fille accidentée, en grand péril, sera sauvée par l’habileté et la science des médecins, alors c’est la révélation. Il décide qu’il sera chirurgien « parce qu’on voit tout de suite, comment avec technique et dextérité on sauve la vie des gens. C’est exaltant ! »

C’est ainsi qu’il sait ce qu’il peut apporter ; il connaît sa valeur et la vertu de l’éducation de qualité ! Cependant, il préfère présenter les prothèses et les instruments qu’il utilise lors des interventions chirurgicales. Enthousiaste, il explique tout avec rigueur et pédagogie, qu’il s’agisse de la pose des « stents » que du remplacement des artères, hors cardiologie. Cela dit, l’homme mérite qu’on s’y intéresse tant il sort de l’ordinaire, aussi bien dans son activité professionnelle qu’en politique.

Philippe Habault sait ce qu’il veut !

Politiquement, c’est la création de l’UDI en septembre 2012 qui l’incite à adhérer. « Créer une force politique centrale capable de réunir les bonnes volontés et les bonnes idées politiques, en dépassant le clivage gauche-droite. C’est ce dont a besoin notre pays » dit-il. À l’époque, les observateurs de la vie politique voient dans cette création une forme de formation « socialo-compatible ». Or, dès qu’il s’agit de discuter de certaines mesures prises par la municipalité lavalloise précédente, c’est-à-dire la socialiste, les propos de Philippe Habault n’ont rien de complaisants ou de bienveillants.

Quant à sa participation sur la liste de François Zocchetto, elle est le résultat selon lui de son engagement dès la première réunion de campagne, en 2013. « J’ai proposé de faire le bilan de la situation financière de la ville pour déterminer quelles étaient les marges de manœuvre pour les propositions politiques à venir. Par la suite ce travail m’a donné une légitimité pour diriger les finances de la ville. »

Le maintien de sa candidature face à Samia Soultani-Vigneron investie officiellement LR et UDI ? C’est parce qu’il préfère s’en remettre aux votes des électeurs plutôt qu’aux arrangements partisans : « J’ai compris très tôt que quelques personnes influentes localement avaient décidé que la candidate unique du centre et de la droite serait la candidate des LR. L’avis des militants UDI n’a pas été demandé explique-t-il. Le bureau de l’UDI, dont je faisais partie, n’a pas été consulté. Cette décision était anormale car la Mayenne est une terre centriste. J’ai donc maintenu ma candidature pour que le premier tour des élections législatives soit une sorte de primaire entre le centre et la droite. Pour que les mayennais puissent exprimer leur sensibilité centriste. Pour moi, l’UDI ne doit pas se concevoir comme une force d’appoint pour LR mais comme une vraie force politique de rassemblement. » A la suite de quoi, il ne renouvelle pas son adhésion.

Dès le diplôme de chirurgie en poche en 1987, il affine ses connaissances. Quelques années plus tard, il se perfectionne avec une nouvelle technique, « l’endoscopie », à Paris puis à Rouen. Plutôt que d’attendre sagement la promotion par ancienneté, le voilà parti de l’Hôpital Broussais pour s’installer à la Polyclinique du Maine, fonder le service vasculaire qui manquait en Mayenne et participer, un temps, à la gestion de l’établissement de 230 salariés.

Face aux besoins du département, il développe et délocalise l’offre de soins en chirurgie vasculaire, pour être au plus près des patients. Cette démarche va à contre-courant de l’actuelle tendance à la rationalisation des soins sur les territoires, surtout avec la mise en place des GHT (Groupement Hospitalier de Territoire). Il est donc facile de comprendre son hostilité à une telle réforme ! Son argumentaire est très bien rodé : comment raisonnablement demander à du personnel d’un établissement de venir travailler dans un autre, en cassant les équipes, au gré des besoins de remplacement, surtout sur un territoire étendu et rural ?

Professionnellement, il ne se satisfait pas d’une certaine zone de confort. Il n’hésite pas à bousculer les codes et les pratiques. Et comme l’activité médicale proprement dite ne suffit pas, il participe à des actions ou des associations relatives à la médecine, à la chirurgie et alerte sur les déserts médicaux en Mayenne. Son discours est étonnamment pratique et factuel quand il parle de ce qu’il connaît, le monde médical, alors que sur des sujets qu’il maîtrise moins, ce sont plus des arguments tenant d’une certaine langue de bois.

Philippe Habault et le paradoxal

S’il est bon de disposer au meilleur coût de meilleurs soins, ce qu’il dit avoir su mettre en place au bénéfice de tous, il oppose des arguments pertinents à la gestion proposée par l’ARS. Avec du personnel spécialisé, il est inconcevable selon lui de vouloir gérer les ressources humaines à la petite semaine. Il faut de la stabilité.

Or, dès qu’il s’agit d’évoquer la gestion de la ville, ce qui était mauvais pour le secteur hospitalier devient une vertu cardinale pour les collectivités territoriales. Contre la centralisation hospitalière, il défend à l’inverse, la réduction des strates administratives des collectivités locales. Tout ce qui peut disparaître entre la commune et l’État lui-même est bénéfique selon lui pour les comptes publics. « L’administration publique est lourde, consomme de l’argent sans produire de richesse et cela obère les comptes publics. » Philippe Habault oublie juste que le personnel public rend des services, les fameux services publics, qui permettent à l’échelle des collectivités publiques locales ou nationales de mutualiser des dépenses au service de tous. Leurs créations de richesses, c’est l’économie réalisée par chaque foyer.

La loi NOTRe et la fusion de collectivités ne le choque pas, d’autant que pour retrouver une souveraineté de plein exercice pour les municipalités noyées dans l’agglomération, la fusion est selon lui la meilleure réponse.

Ce qui est vrai pour les collectivités locales l’est aussi pour son sens de la solidarité sociale. Il se dit favorable à une société solidaire avec... des restrictions. S’il « porte les valeurs chrétiennes selon l’éducation de [son] époque », s’il sait l’importance du travail collectif où toutes les compétences, même les plus humbles, sont indispensables au succès, il marque des « réticences envers les aides diverses. »

Image du compte twitter de Philippe Habault Fier des valeurs de « travail » et de « mérite  », il reconnaît la nécessaire solidarité sociale mais « il ne faut pas que le secours devienne un abus ». Ce sont là les limites de l’exercice : à quel niveau fixer l’abus ? Peut-être occulte-t-il, sans pour autant faire preuve de mauvaise intention, les situations de précarité dues à l’absence d’un environnement familial ou social plus favorable ou à une scolarité chaotique ne permettant pas d’avoir un travail mieux rémunéré. Contrairement à ce que son parcours laisse entendre, on ne se fait jamais tout seul. C’est sans doute ce qui le marque comme n’étant pas de gauche.

Pour autant, l’homme, Philippe Habault n’est pas imperméable aux arguments et aux révisions de point de vue. Sa fille, par exemple, a su trouver les mots pour le sensibiliser aux enjeux écologiques et aux difficultés liées à la mixité.


3 commentaires
  • Une dernière précision : pour moi l’administration est indispensable au fonctionnement d’un état et à la production d’un service public. Pour autant, il faut veiller à produire ce service au meilleur coût. Il ne faut pas penser que la réponse au chômage passera l’augmentation des emplois publics, bien au contraire. Il faut baisser la dépense publique pour baisser les impôts et les charges pesant sur le travail. Ceci permettra de redonner des capacités de consommation aux français.cette capacité nouvelle créera des emplois "marchands" et diminuera le chômage. Philippe HABAULT

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  • Bonjour, Merci à Marrie de Laval pour son travail. Je voudrais pouvoir dire tout ce qui est relaté fidèlement mais ce serait une longue redite. Permettez moi simplement de relever 2 inexactitudes : Je n’ai pas utilisé la très vilaine phrase du "cœur à gauche et du portefeuille à droite". J’ai dit que j’etais économiquement de droite et socialement de gauche. Par ailleurs, en matière d’organisation sanitaire, je suis pour les GHT. Bien à vous Philippe HABAULT

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    • Merci pour votre correctif. Je reconnais le raccourci plus (trop ?) percutant pour vous définir politiquement. Quant au contre-sens sur la réforme hospitalière, j’en suis désolée. Votre façon de défendre la constitution d’équipes bien rodées dans les services semble aller à l’encontre de la réforme proposée. Du coup, je ne comprends pas votre soutien à ce projet.

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Pour Philippe Habault : l’administration publique coûte « sans produire de richesse »

Publié le: 7 juin 2017
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