Pourquoi il faut aller manifester pour tous les Charlie

Pourquoi Charlie Hebdo a-t-il été décapité de ses journalistes et dessinateurs? Pourquoi cet acte inqualifiable est-il un très mauvais signe pour notre société? Pourquoi s’en prendre à des journalistes qui sans relâche critiquaient “l’establishment” qu’il soit politique, économique, ou religieux. L’attaque sidérante est la partie apparente de cet iceberg qui cache, enfouie dans ses profondeurs, un très grand malaise pour le vivre-ensemble.

Par Thomas H.


charliedemocratie_2_.jpgPourquoi? parce que rappelons que, dans notre pays et ailleurs aussi, il est plus facile d’apprécier la moquerie pour les autres que lorsqu’elle nous touche directement. C’est vrai dans le domaine privé autant que dans le monde de la presse. Combien sont-ils ceux qui réclament à longueur de temps aux journalistes des informations positives?Les représentants de Charlie qui sont devenus des victimes symboliques du fanatisme religieux nous auront fait comprendre hélas encore un peu plus que la situation de la société figée dans laquelle se trouve notre pays est insupportable.

Mais attention, il nous faut rester dans la raison. Depuis le 7 janvier 2015, nous ne devons pas avoir le sentiment d’être en guerre. Ces hommes qui auraient tirés, et qui sont passés au fil des heures de «suspects» à «tueurs «présumés» sont morts à présent. Ces assassins présumés n’auront pas pu être jugés et condamnés.

Mais attention, ils sont aussi nos « voisins » et même les enfants de notre société. Et c’est en prenant conscience de cela que nous devons tout faire pour que s’installe une société apaisée, sereine où le vivre ensemble ne soit pas qu’un groupe de mots creux.

Car c’est la République qui est atteinte toute entière. C’est la République laïque que ceux qui sont morts chérissaient. Alors, il faudra trouver les moyens d’accroitre la fraternité, c’est-à dire réaffirmer le 3ème volet de notre devise républicaine un peu oublié, si l’on veut s’en sortir dans ce «21eme siècle qui sera spirituel ou ne sera pas» comme l’aurait prédit Malraux. Mais le veut-on?

Nous sommes responsables. Tous, à tous les échelons, “France d’en bas” ou d’en haut, de ne pas être assez dans le collectif. Les apprentis récupérateurs de tout évènement national et mobilisateur sont déjà au travail. Ils sont à l’œuvre. Une femme leader d’un mouvement avec actuellement le vent en poupe déclarait le soir même du drame qu’il fallait «ouvrir en France le débat sur le fondamentalisme».

Et puis il y a ceux qui fustigent les valeurs de Charlie Hebdo et qui sont parfois les premiers à réclamer des rassemblements unitaires et solidaires, au nom de l’unité nationale. Mais est-ce pour défendre réellement la liberté de la Presse et la liberté d’expression? N’est-pas pour cibler une catégorie de Français?

Lors des derniers attentats en France, c’était l’État qui était visé. L’État français. Cette fois la cible est un journal, des journalistes, des dessinateurs de presse et ceux qui assuraient leur sécurité parce qu’ils étaient menacés depuis des années. La cible? des hommes et des femmes manifestement à l’avant garde de tous les combats pour la liberté, et qui avaient érigé presqu’en dogme la possibilité de tout critiquer, par le dessin, le texte et la caricature. Librement et sans concession.

Les Charlie, mais avant les Hara-kiri ont su instaurer dans leur manière de voir, la culture du doute et l’esprit critique. Une qualité française celle des Lumières, celle de Voltaire par exemple, que l’on nous envie. Avec une relation autonome et adulte par exemple à la religion, sans soumission.

Les Charlie nous disaient par leurs dessins et par leurs positions caricaturales, simplement et régulièrement que tous les fanatismes religieux, mais aussi les croyances politiques, économiques poussées à leurs paroxysmes abolissent le savoir et le discernement, tuent la réalité et qu’il fallait s’en méfier.

Ce message voltairien, liberté de pensée et de dire, que ces “Chevalier de la Barre” ont sans relâche véhiculé, visait à dénoncer la bêtise, la lâcheté et l’intolérance dans tous les domaines, la politique, l’économie, les stéréotypes, les croyances et les superstitions.

Ils sont morts, aussi à vouloir constamment élever l’esprit et pour avoir fait œuvre utile en soutenant avec leurs vilains, grands, gros et gras dessins des valeurs essentielles au fondement de la démocratie. «Le pire des régimes, comme a dit Churchill, à l’exception de tous les autres».

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