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La messe est dite, il faut vite penser à rentrer chez soi...A Laval, en Mayenne, des hommes et des femmes de foi, intéressés par le coté traditionnel de la messe, celle de Saint Pie V se donnent rendez-vous chaque dimanche, dans un préfabriqué. Ces catholiques mayennais, bien loin de la « réforme moderniste » de l’Église prônée par Vatican II, sont ce qu’il est convenu d’appeler des Tradi, ils le revendiquent d’ailleurs. Ils sont aussi un des noyaux durs de l’électorat du FN. leglob-journal est allé à leur rencontre, discrètement.

- Par Thomas H.

Ils se massent le dimanche matin, dès 9 heures, dans la Chapelle Saint Joseph, à Laval. Elle n’a rien d’une chapelle comme on l’imagine. Située Quai Paul Boudet, sur la rive gauche, c’est un endroit peu connu, de beaucoup de lavallois. Ces hommes et ces femmes qui veulent vivre leur foi à leur manière n’ont pas d’église à proprement parler. Rien de visible en apparence, il faut marcher depuis la rue en s’enfonçant sous un porche, et c’est là.

De quoi parle le curé en soutane (sur la droite de la photo) avec ses fidèles ?Ce lieux de culte dissimulé dans une cour d’immeuble ont le doit à son fondateur le « Père André, il y a trente ans, un missionnaire  » explique le prêtre en soutane qui vient de remplir son office pendant presque deux heures, devant une petite foule disparate plutôt âgée. Des jeunes, des vieux, des couples avec de jeunes enfants, des célibataires.

Le lieu de célébration de la messe selon le rite Saint Pie V, du nom de ce pape qui officia dès 1566 et qui est devenu l’icône de ces « catho-tradi  », est encore empli de cette fumée qui sent la messe. Quand on pousse la petite porte de l’endroit, l’encens qui a du mal à se dissiper nimbe le préfabriqué d’un léger brouillard qui masque la croix juste au dessus de l’autel.

La croix, seul signe extérieur sur le bâtiment qui ne paye pas de mineLe tout est sans prétention. Mais le prêtre tourne le dos aux fidèles, comme le veut la tradition. Rien d’ostentatoire ici, pas de dorure, ni de colonnades en marbre. Le strict nécessaire. L’extérieur ressemble à un garage, d’ailleurs, il y en a un en face qui est à vendre ; une pancarte invite l’éventuel acheteur à téléphoner. La façade, si on peut dire à l’apparence d’un atelier. De grandes vitres comme dans une usine et finalement à part la croix au dessus de la petite porte, rien d’évident. Pourtant on « fait la messe » à la mode Saint Pie V, c’est à dire traditionnellement en latin. « In nomine Patris et Filii, et Spiritus Sancti. Amen  ».

La messe justement, elle est dite à présent. Et par petites grappes les fidèles échangent doucement, sans bruit. Ils partagent la parole dans la cour sous le soleil du printemps. L’homme qui me parle spontanément, un retraité, costume bleu roi, arbore un cravate bleue aussi, avec des fleurs de lys blanches. Elles sont discrètes et régulières. « C’est un cadeau d’un ami  » se justifie-t-il avant d’ajouter, « je suis royaliste ! (…) vous savez, il faut un grand coup de balai, ça ne peut plus durer !  ». A coté de lui, un autre homme, qui ressemble à n’importe quel retraité. Calme et posé, un léger sourire aux lèvres. Il ajoute « les politiques, ils sont tous pourris de la base au sommet ! Oui nous sommes pour l’avènement du FN.  »

Il suffit de passer le porche et c'est c'est toute de suite l'aventure...Pendant le prêche du prêtre en soutane, on a parlé avec des mots, de « partage, tolérance, d’amour de son prochain ». Le missel de notre fidèle, prolixe et amoureux de la royauté, présente en apparence une belle couverture cartonnée et dorée. Il s’est arrêté en 1962, une date clé pour ces catholiques-là qui n’hésitent pas à afficher leurs préférences. Après 1962, la messe s’est modernisée avec la réforme de Vatican II et pour les Tradi le temps s’est figé à cette date. Il le tient serré dans sa main gauche ainsi que sa branche de lauriers. Nous sommes le Jour des Rameaux juste avant le Lundi de Pâques.

Cet autre décline spontanément son prénom et son nom tout en me serrant la main. Il est jovial. Nous parlons de sa fréquentation régulière de la Chapelle Saint Joseph, de sa présence ici, « parce que j’en ai besoin ! Pas vous ? » m’interroge-t-il ?

Sur la petite porte, les horaires des messes Plus loin dans la conversation alors que je l’amène à parler de la Présidentielle à venir, il me lance spontanément « vous savez, faut essayer Le Pen, mais c’est pas sur qu’elle puisse réussir ! » Vous allez voter FN ? « oui ! par conviction ! Le Pen, c’est la tradition !  ».

« Nous sommes Tradi ! »

A coté de nous, passent deux grands gaillards, des types d’une trentaine d’années, habillés sagement, c’est dimanche ; leurs tempes sont complètement rasées, une mèche de cheveux, en plus, sur le dessus. Avec des lunettes noires qu’ils viennent d’ajuster, ils sont bien différents des autres, plus inquiétant. Ils sortent de la cour, passent le porche sous l’immeuble et s’évanouissent dans la nature lavalloise.

« Nous sommes Tradi ! » avance l’homme à la cravate à fleurs de lys. Avec un brin de fierté, il s’adresse à celui qu’il considère comme un étranger dans la petite communauté qui les rassemble et je sens qu’il se doute avoir affaire à un journaliste. « Oui, Tradi, mais surtout des catholiques ! » lui rétorque cette femme juste à coté de lui qui prend part à la conversation. Une retraitée de plus de 70 ans, aux cheveux blancs coupés courts, proprette et habillée classique. Jupe et haut noirs, rien d’ostentatoire là non plus, que du basique. Elle ironise quand je lui demande si tous ici autour d’elle comprennent le latin et si ça ne les dérange pas pour célébrer leur foi : « Non, nous n’avons pas fait latin en classe, nous sommes des hommes et des femmes de la terre, et croyez-moi si on avait fait des études, sûr qu’on ne serait pas là ! »

On se presse, il est plus de 9 heures, et la messe a déjà débutéLe prêtre en soutane s’attarde avec un couple et ses deux enfants. La mère de famille est habillée de blanc, sous les premiers rayons du soleil de printemps. Ils sont assez jeunes avec leurs deux petites filles qui s’amusent. De quoi parlent-ils ? Mystère. Dans la cour de la Chapelle Saint Joseph, le spirituel l’emporte sur le rationnel pour ces tenants de la Tradition, des hommes et des femmes qui souhaitent un retour en arrière en prônant, comme l’avait évoqué un candidat au Trocadéro à Paris, « une certaine idée de la France ».


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Publié le: 21 avril 2017
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