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omment votera-t-on aux Présidentielles dans des villages en Mayenne comme Grez-en-Bouère ou Gennes-sur-Glaize ? Dans un milieu rural, éloigné des villes, où les retraités sont dominants en nombre, il faut se rassurer et s’attacher à un vote de stabilité. Etre en phase aussi avec l’air ambiant, pour ne pas dépareiller avec la couleur politique dominante du département. C’est du moins le sentiment du coté de ces retraités rencontrés dans ce secteur du Sud-Mayenne.

- Par Thomas H.

Dans la petite cour de sa petite maison, elle lâche « je suis en pétard contre le politiques qui nous bouffent notre argent... j’ai calculé avec les 800 000 euros de madame Fillon, cela fait plus de 44 smic ! Vous vous rendez compte ! » Astrid n’est pas très loin de la retraite, Georges son mari a 60 ans.

A Gennes-sur-Glaize, le village est riant sous le soleil. C’est calme. Peut-être un peu trop. Ce petit bourg d’à peine un millier d’habitants a reçu fin février la visite du candidat Macron ; il est venu dans une ferme et sur les conseils de Jean Arthuis. Le « banquier d’affaires  » a parlé Agriculture.

Astrid, travaille dans une maison de retraite. « Dame pipi caca » comme elle dit pour signifier qu’elle est aide-soignante ; « les infirmières ne touchent pas les pensionnaires ! » Elle est directe, Astrid : « quand je vois Macron, j’ai l’impression de voir Sarkozy de profil  ». Cela fait un bail qu’ils sont dans le village. « Nous, on est en bas de l’échelle, comment on dit, en haut dans les médias ? Ah oui, la classe moyenne  ». Des regrets, et peu d’espoirs. « Je me sentais plus proche des ouvriers, je suis pour plus de justice. Finalement Hollande a été un bon Président, j’ai voté pour lui ! »

Georges, lui, dit se connaître bien. Il sait qu’il sera « indécis jusqu’à la veille ! ». Sa retraite ? «  ça va ! je touche 1600 euros pour 44 ans de carrière, ce que je faisais c’était bien payé et j’avais un logement de fonction ». Des regrets là aussi, la maison qu’on est obligé de louer maintenant, bref « c’est moins bien qu’avant ! » Sortir de l’Euro ? « C’est grave de proposer ça ! Ça va faire du mal de retourner au Franc : la monnaie faudra la refaire ! quel gâchis, et ça vaudra plus rien ! »

Georges finit par lâcher, comme une confidence : « Moi j’ai toujours été du centre, entre les deux mon cœur balance... mais j’en ai gros sur la patate ! On se fait bouffer par des types qui font les lois, et c’est toujours nous qui trinquons !  »

À présent, direction Grez-en-Bouère, avec Aprochim dans son giron. C’est un autre village situé à quelques kilomètres de Gennes-sur-Glaize. Plus connu que ce dernier en raison de cette épisode de pollution aux PCB qui empoisonnent le secteur. Insidieusement.

Lire aussi : Aprochim : « (...) incertitude tout à fait angoissante, je le reconnais »

Louis est accompagné de sa femme et d’une amie. A la sortie du village, ils marchent, tous les trois, tranquillement le long de la route. Ils sont attendus chez un quatrième pour jouer aux cartes, «  taper la belotte , on aime bien, ça permet aussi de parler et d’occuper le temps  ».

Je questionne : le problème autour d’Aprochim vous fera-t-il réfléchir sur votre vote ? « Non ! Vous savez le village a beaucoup rajeuni, c’est sympa ! Bien-sûr Aprochim ça fait peur, mais on peut dire que ça va mieux. Dernièrement par exemple, c’est un signe, quatre maisons ont fini par se vendre !  »

Ils sont tous retraités, installés dans cette retraite au pays qui leur fait couler des jours plutôt heureux. Jeannette, Louis et Victorine savent déjà plus ou moins. Leurs votes sont déjà par principe dans les têtes. « Vous savez, les jeunes avec des enfants peut-être, eux peuvent changer leurs votes justement pour les enfants, mais pas nous ! » Il n’empêche même s’ils se disent écœurés par le spectacle de la politique politicienne : « ils se salissent tous  », ils restent fidèles.

«  La retraite ? : 1000 euros à deux, c’est une retraite d’agriculteurs... Heureusement qu’on n’ a pas de loyer à payer sinon on y arriverait pas ! » Louis rajoute : « Avec deux enfants, on n’a pas eu de bonus !  » Victorine renchérit : « Moi, je vais voter Fillon, car même s’il a fauté, ce sera le meilleur parce qu’il a de l’expérience et en plus, il est voisin, ce gars là. Sablé-sur-Sarthe c’est juste à coté ! Il est pas loin. Oui, ça nous écœure mais cela ne m’empêchera pas de voter pour lui ! ». Fidélité, loyauté, intégrité.

Les trois sont unanimes, dans un sourire. Sauf peut-être Jeannette qu’on sent un peu méfiante à parler et se confier devant un inconnu qui questionne. Ceux qui veulent sortir de l’Europe, ils les rejettent en bloc. Mais pas par soutien à l’Union Européenne, mais bien parce que « c’est la dévaluation qui nous fait peur avec la sortie de l’euro, et puis, vous comprenez, faire machine arrière ! ».

Macron ? « il est trop jeune, c’est un gamin ! » lance Jeannette qui veut bien finalement dire quelques mots. « Il a des idées, mais ce sera bon dans 5 années, pas avant ». Louis sourit tout le temps. « Je suis Fillon, mais j’attends de voir le deuxième tour ».

Et la gauche ? Je demande au pays, celui de la Mayenne où la droite est majoritaire, cela dit quoi pour vous ? : « y’a pas grand chose de valable dans le PS » lance Victorine, un brin péremptoire. Et puis, un peu fuyante, elle ajoute : « Non, non ! Surtout pas de photos » entrainant les deux autres derrière elle, en traversant la route. Comme si il fallait donner du grain à moudre au vieille adage « pour vivre heureux, vivons cachés ! »

La droite les rassure. C’est toute leur vie. La Mayenne est une terre de stabilité. D’ailleurs, ils ne se voient pas s’aventurer sur d’autres chemins. « Le changement, on a vue ce que c’était ! » Et pourquoi le feraient-ils, après tout ? Pourquoi iraient-ils chercher de l’herbe plus verte à coté, alors qu’ils savent qu’elle est déjà bien verte ici, même si « c’est dur » ? Pourquoi changer quant ils se disent, avec résignation que « tout ça en fait, ça ne changera rien ! » ?

Ainsi coule la vie en ce milieu rural-là où les services publics sont moins présents, et la voiture est indispensable pour se déplacer, pour aller retirer de l’argent, ou chez le médecin. Un espace en apparence paisible.


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Présidentielles : un vote rural majoritairement conservateur

Publié le: 11 avril 2017
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