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L’un a toujours voté à droite, et l’autre, toujours à gauche. Mais cette fois pour cette élection présidentielle, il n’y a rien d’évident, de « franchement » évident. Comme si les cartes se brouillaient. Même si on ne parle plus d’« ouvrier » mais de « salarié » depuis les années 80, Frédéric et Farid font partis du monde ouvrier et travaillent dans deux grandes usines de production de Laval. Alors, comment vivent-ils la campagne électorale, nous sommes allés à leurs rencontres.

Par Thomas H.

« J’ai toujours voté pour la droite classique, mais mon vote cette fois est vraiment indécis », explique Frédéric qui « fait partie de la classe ouvrière  » comme il le dit lui-même, tout en précisant que plusieurs dizaines d’ouvriers sous ses ordres. L’usine dans laquelle travaille Frédéric lui donne comme qualification - il la nomme spontanément - « manager de production de premier niveau  ».

« Macron, je n’arrive pas à le classifier. Pour moi, c’est quelqu’un qui représente l’avenir, on peut dire ça. Il semble en phase avec le monde de la numérisation. Mais avoir de idées, c’est bien, les mettre en œuvre, c’est mieux !  » Frédéric la quarantaine, s’exprime bien et réfléchit, il ajoute : « le monde l’entreprise a du mal à appréhender le tsunami du digital qui va s’accentuer sur le plan économique, dans les années à venir ; le monde de l’entreprise n’est pas prêt, c’est ça le problème notamment ».

Les affiches de François Fillon dans un environnement un peu souillé par plein d'affairesPourquoi un ouvrier choisit-il de voter à droite ? La question ne l’intrigue pas outre mesure. Frédéric estime que « ce coté de l’échiquier gère mieux, tout simplement, c’est un fait ». « La droite, c’est le savoir-faire et la maîtrise. Et la droite classique, je pense, a toujours été en lien avec l’entreprise  ». La « droite classique  ». Cette notion revient comme un leit-motiv. « La droite classique sans la tentation FN  » dit-il.

Cette droite pour laquelle Frédéric a toujours voté « reflète la République et la démocratie. Elle est pour le peuple français. Pour la diversité de culture, on ne peut pas la nier  ». Pas de tentation extrémiste ou nationaliste, Fréderic est catégorique « même si Le Pen donnait à entendre un programme avec lequel je serais d’accord à 75 %, je ne voterais pas FN ! »

Les affaires qui touchent François Fillon ? On sent bien que cela ne compte pas. Et n’a pas d’influence sur lui. Le candidat de la droite a sa préférence. « On vote, explique Frédéric, plus par intérêt particulier que collectif ! » Et il ajoute «  Non ! Ce n’est pas dommage, un vote c’est plus un problème de ressenti ! »

Benoit Hamon : un écran d'affiches électorales pour "faire battre de le coeur de la France"Dans le cours de la discussion, Frédéric confie que sa « femme est prof’  » et il ajoute « mes parents ont toujours voté à gauche  ». Pensez-vous être une exception ? « je ne sais pas si je suis une exception, mais je pourrais voter Macron, pour lui au second tour, mais pas forcément au premier ! » Pour Frédéric ce sera donc un vote de conviction puis en dernier ressort un « vote utile ».

Conviction aussi pour Farid, syndiqué CFDT dans une grande usine de Laval. Fils de rapatrié d’Algérie. « je suis français ! Tient-il à rappeler, et j’ai toujours voté à gauche depuis les années 80 et même avant ! La gauche radicale, puis maintenant le PS version Hamon !  ».

Farid explique qu’il a choisi un temps « la gauche de non-gouvernement et là, c’est Hamon, la gauche utopiste mobilisatrice. » À 16 ans, il claque la porte de chez ses parents. Une famille multiculturelle, des racines arabes, une mère d’origine italienne, « Famille de droite, voir plus !Je supportais plus !  ». Ils expliquent : « les ouvriers qui votent FN, j’en connais plein ici, ils ne se cachent pas forcément maintenant. Mais on ne peut pas parler avec eux, ils évitent la confrontation, c’est le non-dit !  ». La politique, il aime.

« La campagne actuelle ? Vous m’interrogez sur ce que j’en pense ? J’y vois l’arrivée d’un nouveau monde, une nouvelle façon de faire de la politique, et sur la forme ça t’écœure ! Macron ? c’est le plus à gauche des gens de droite ! Je n’hésite pas, je suis socialiste de conviction, et je veux être capable de voter pour mes convictions. Y’a pas de vote utile, que des votes de convictions ! »

Mélenchon talonne Fillon dans les sondages. Ses affiches recouvrent celles du candidat de Les RépublicainsQue pense Farid de Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France Insoumise ? « Les extrémismes, j’en ai toujours eu peur ! Je comprends qu’on puisse passer de l’extrémisme de droite à un extrémisme de gauche, sans réflexion en plus. Nettoyer la table, c’est qu’il souhaite ! Le dégagisme me gène chez le mélenchonisme ! Mais Jean-Luc Mélenchon a trouvé un créneau ! »

Les affaires ? «  Je n’en parle pas, vous avez entendu, c’est volontaire, ça me saoule ! On ne peut pas dire à 90% de la population, on va vous serrer la ceinture et être opulent, c’est pas possible ! Les magouilles financières ce n’est pas le plus graves ! C’est comment les girouettes font leurs cuisines politiques ! »

Quand la question de l’avenir du PS est posée, Farid répond aussi sec que « le Pari Socialiste va imploser mais il va renaître de ses cendres. C’est un projet qu’on cherche, non ? vous croyez pas ? Bon, il y en a bien un de projet, mais, sans doute trop à gauche. Il nous faut un de gouvernement ! »

(c) Photos leglob-journal


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Présidentielles : paroles d’ouvriers à Laval, pour un vote de conviction

Publié le: 4 avril 2017
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