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Gérard, le gardien : « nous ne sommes plus que 4 ou 5 français, dans l'immeuble... »Saint-Nicolas, dans ce quartier de Laval, décrit par l’Insee en 2012 comme un espace composé de « [...] populations en difficultés économiques : revenus faibles, taux de chômage élevé, un chômeur lavallois sur deux y réside, précarité professionnelle ou familiale.[...] » comment se vit la campagne présidentielle ? Cette fois, ce qui semble se dégager, c’est une très forte envie de ne pas aller voter. Leglob-journal a rencontré sur place Claudine, Chantal, Nelson, Mado, Thérèse, Martine, Gérard, Mhed* et Majh*. Paroles de citoyens déboussolés.

Par Thomas H.

Gérard au pied de l’ immeuble dont il est le gardien bricole sur sa voiture. Sa tour a été entièrement rénovée il y a deux ans. Le tout juste retraité de 62 ans explique en souriant : « nous ne sommes plus que 4 ou 5 français, dans l’immeuble... ». Mais cela ne le gène pas plus que ça. « Moi, je suis Fillon, mais s’il est mis en examen, je ne voterai pas ! Macron, il est trop jeune. Le Pen c’est dangereux, si ça fait comme le président des États-Unis !  »

Pour Gérard, Fillon « avait l’air honnête, les anciens lui ont fait confiance, mais ça devient compliqué  » Comment votent ses amis ? Gérard se dit qu’ils sont «  lucides : avec Hollande ils se sont fait avoir, beaucoup disent maintenant qu’ils voteront Le Pen, il faut un grand coup de balai ! » En attendant 2018, Gérard rêve de grands voyages. Il s’est acheté une petite maison à Pontmain et « on va partir avec ma femme trois mois sur les routes avec un camping-car. Le Maroc d’abord...  »

Nelson : « Je n'ai voté qu'une seule fois en 2002 »Chantal a fait toute sa carrière chez Salmson, c’est une usine de fabrication de pompes hydrauliques. «  À Saint Nicolas, dans cette résidence, un petit immeuble de quelques étages, cela fait 39 ans » qu’elle y vit. Elle a acheté l’appartement qu’elle louait depuis 1978 en 1990 ; il a bien fallu « attendre que le propriétaire vende ». L’affaire Fillon ? « c’est dégueulasse, on a du mal de voir ça, c’est honteux ! » rétorque Chantal qui supporte le Stade Lavallois Football et parle peu. Mais quand on lui pose La question, elle répond : « hésiter, non ! Ce sera la gauche, mais pas l’ultra-gauche, j’aime pas les extrêmes, et Hollande a été un plutôt bon Président ! »

Nelson : « Je n’ai voté qu’une seule fois en 2002 »

« Au début de son mandat François Hollande était plutôt souriant, maintenant, il a changé, il a l’air plutôt malheureux » analyse Nelson le Réunionnais qui se «  sent plus Français à 100 % là-bas qu’en métropole ». Il n’hésite pas poser au bas de son immeuble, il se dit optimiste. « cela fait douze ans que je suis sur le continent, et je n’ai voté qu’une seule fois en 2002, J’ai voté Chirac, c’est mon père qui m’a poussé ».

Majh, 35 ans : « Je me pose la question d'aller voter ! »

Nelson a 35 ans. Il explique en souriant pourquoi il nourrit l’abstention : « je ne comprends pas leur langage, c’est beaucoup de langue de bois, ils jouent sur les mots, et chacun cherche son intérêt... » Quand je lui demande si ce vote par procuration ne lui fait pas peur, Nelson est formel : « je n’aurais pas de regret, je suis confiant dans les électeurs, du moment que j’ai du boulot et que les autres en ont, cela m’est un peu égal qui est à la tête de l’État ! » Nelson a pour devise de se fier à son intuition. « Le visage ne ment pas, mais en fait les mots qu’ils emploient sont étudiés et ils ne disent pas réellement ce qu’ils pensent ! »

Majh : « Je me pose la question d’aller voter ! »

Mado, c’est Madeleine, mais à 90 ans on continue dit-elle dans le quartier à « m’appeler par mon diminutif ». Elle veut bien parler mais « non, non, pas de photo ! » Derrière ses grosses lunettes, elle confie qu’elle « ne sait plus sur quel pied danser. De ma vie, je n’ai jamais vécu une chose pareil ! » Madeleine se dit « inquiète, j’ai peur !  » Elle ira voter car elle a toujours fait son devoir.

Son candidat à Mado, c’est Fillon, mais elle ne comprend pas comme elle dit « cette petite méfiance » contre cet homme politique. « Ces costumes à présent, et pourquoi pas bientôt ces slips !  » Mado a de l’humour, mais on sent bien qu’elle est un peu excédée. Elle a travaillé aux Coutils à Laval, « ouvrière et fière de l’être », dans cette usine de confection de toile à matelas, de double-rideaux, etc. qui a fermé. « J’étais contrôleuse, je détectais les défauts mais franchement Fillon, j’aurais jamais cru qu’il en avait, ça me dépasse un peu ! »

« Moi c’est Hamon » dit d’emblée Mhed*, 20 ans qui est assis à coté de son pote Majh*, 35 ans, sur un banc du Pavement. Le premier est originaire d’Algérie et son copain du Maroc. Mhed refuse avec un sourire la photo mais il veut bien s’exprimer : « Hamon pense aux jeunes, et c’est vraiment le PS. La droite, elle est trop dure et elle s’adresse qu’aux riches...La France est plurielle, et à part Hamon, y’ pas de candidat qui parle vraiment des jeunes  ».

Mhed : « La France est plurielle »

Pour Majh « il y a aucune différence entre la Droite et la Gauche, et je me pose la question d’aller voter ! Cela fait 15 ans qu’on tourne en rond en France. » Ils ont posé le ballon de basket derrière le banc après avoir fait des paniers. Pour jouer. Majh a des Stan Smith toutes neuves et Mhed est habillé de pied en cap avec des vêtements de marque : Jogging Addidas, et casquette rivée sur la tête avec la visière à l’arrière. Majh analyse la situation : « Fillon vit dans l’ombre de Sarkozy et son bilan n’est pas glorieux, mais tu verras que Hamon ne sera pas au deuxième tour ! » lance-t-il à Mhed. Majh n’a manifestement « plus confiance dans les politiques et la très forte abstention, tu verras le message ce sera ça ! » Pour Mhed qui y croit : «  Hamon peut encore sauver une gauche déchirée ! »

Claudine, retraitée : « Je suis de gauche, mais faut revoir la copie ! »« Je suis de gauche, mais faut revoir la copie ! Mélenchon faut être réaliste, il est trop extrémiste. Hamon reste un peu utopique même si il est revenu un peu sur son Revenu Universel, c’est bien. (...) Mais je constate que les hommes politiques n’ont plus de parole (…) en plus il ne sont pas sanctionnés, ces gens-là... Nous, quand on est en retard, par exemple pour les impôts, on a 10 % de plus. Faut faire comme dans les pays nordiques, l’immunité terminée !  » Claudine est une jeune retraitée. Son discours ne se veut pas « radical, pas du tout  ». Mais elle estime qu’il faut de la fermeté.

Claudine : « Je suis de gauche, mais faut revoir la copie ! »

Le regard de Claudine sur le quartier : « Ici ça va, mais là-bas, c’est difficile, je ne suis pas raciste, mais je constate un racisme anti blanc... j’ai vu l’évolution en 40 ans. Cela se dégrade. c’est pas pour ça que ça va influencer mon vote, jamais ne ne voterais FN !  » Baskets de couleur, sac hyper coloré, tee shirt ample marqué « La vie est belle !  » Claudine revient de la piscine. « Faut s’entretenir, et bouger ! Et j’aime mon quartier ». Elle ne se plaint pas « la retraite ça va : 1 600 euros... »

« Je suis déçue !  » lance Thérèse, 66 ans, à la retraite depuis 6 ans. Elle se dit « employé d’usine, régleuse  » ajoute-t-elle « Dans l’usine, j’avais une grosse trentaine de personnes sous mes ordres  ». Elle a travaillé dans la téléphonie. Chez LMT devenu ECL, puis Cofidur, Alcatel et maintenant EMS...« Les boites, elles changent de nom et de propriétaires et nous avec » lance-t-elle. « Je suis déçue, parce que les gens ne s’aident plus, il y a plus du tout de compréhension, et de solidarité  (…) c’est décidé je ne voterai pas, ça ne sert à rien !...  »

Même sentiment pour sa copine Martine, 60 ans, femme de chambre dans un hôtel à Laval, en arrêt maladie, venue rejoindre sur le banc Thérèse qui lisait Détective avant de confier son «  dégoût des affaires ». Pour Martine, « des bonnes paroles au début, et après c’est tout le contraire, ils font ce qu’ils veulent  ». Martine et Thérèse iront donc gonfler le taux d’abstention, c’est sûr. Comme Majh qui hésite, ou bien Nelson. Le premier tour est dans sept semaines. Et si rien ne va plus, pour autant les jeux ne sont pas faits.

*ces prénoms ont été changés à la demande des intéressés


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Présidentielles : paroles de citoyens déboussolés à Laval Saint-Nicolas

Publié le: 14 mars 2017
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