Puech : l’effet boomerang pour le N°1 du département de la Mayenne

L’épine dans le pied d’Olivier Richefou. En lançant le collège Fernand Puech comme fermé en 2017, et en qualifiant cette décision de définitive, le président du Conseil départemental qui n’avait peut-être pas mesuré l’ampleur de la protestation, se prend un bel effet boomerang, ce qu’il n’avait peut-être pas non plus imaginé. Mais au delà de ça, ce qui est frappant, c’est de constater que les volontés politiques se heurtent de plus en plus à la vox populi, y compris en Mayenne.


Par Thomas H.


Non seulement, le N°1 du Département s’aliène, avec cette annonce qui a surpris, un bon nombre de ses administrés, mais il s’arroge de toute évidence une image de décideur unilatéral, ce qui passe de plus en plus mal actuellement. Au national comme au local.

Bon. Le voilà dans une mauvaise passe, entre guillemets, d’autant que le représentant de l’État en Mayenne, sur le départ, a remis un peu, les pendules d’Olivier Richefou à l’heure, en rappelant qu’ il «reviendra [au Préfet], en liaison avec les autorités académiques, de statuer en dernier ressort sur la proposition du président du conseil départemental (…) Cette décision interviendra après avis du conseil départemental de l’Éducation nationale.» qui aura lieu en juin.

Des idées et des actes

Cet effet boomerang – je lance et cela me revient dans la figure – a pour conséquence de rappeler à l’élu local, non seulement qu’il n’est pas seul à décider, en l’occurrence d’une fermeture d’un collège qu’il avait qualifiée pourtant d’« irrévocable » – établissement scolaire de second degré dont il gère rappelons-le, uniquement les bâtiments – mais qu’il lui faut aussi compter à minima avec la réglementation.

C’est le Préfet de la Mayenne dans son adresse récente à la presse – sorte de lettre de recadrage – s’appuyant sur le code de l’Éducation nationale et l’article L421-1 qui retoque gentiment, avec la diplomatie des mots, l’avocat d’affaires qui veut aller vite en besogne. « Aucune décision programmée par les autorités académiques de fermeture n’a été prise, poursuit le Préfet en témoigne la prévision d’ouverture d’une 3e classe de 6e à la rentrée 2016  ». L’Inspection d’académie n’a pas pris encore position officiellement sur le dossier.

Mettre en pratique ses idées et les actes, finalement même si on est le N°1 du Département : c’est pas simple ! Comment s’apercevoir au moment de l’action politique, qu’il y a une distance entre ce qu’on se fixe comme objectif et la réalité concrète mise en œuvre?

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Sans généraliser, il est très intéressant par exemple à ce sujet de lire avec attention les intentions d’avenir compilées dans un plan quinquennal par le Département de la Mayenne et diffusé dans toutes les boites aux lettres. «Plan stratégique» présenté aussi à grand renfort de réunions d’élus sur tout le territoire départemental. Le lire bien évidemment, car c’est notre mission, à l’aulne de l’actualité.

«solidarités humaines»

Donc dans le Plan stratégique 2016-2021 en question, un plan sur 5 ans joliment intitulé Réussir ensemble, il est possible de lire dans Horizon 53 – le bulletin du Département – au chapitre « nos priorités – nos objectifs », qu’il faut « Agir pour les solidarités humaines ». Mais également qu’il faut « Investir pour l’avenir ». Parfait. L’intention est louable, car l’avenir concerne tous les mayennais et la réussite, en règle générale, c’est ce vers quoi finalement tout le monde tend.

Horizon 53 déploie 3 pages d’explications sur le «Plan stratégique » qui « s’articule autour de 4 priorités qui aujourd’hui guident l’action du Département : agir pour les solidarités humaines, investir pour l’avenir, faire de la Mayenne un territoire de bien-être et développer autrement notre capacité d’action »

« Investir pour l’avenir », c’est ce qui a été fait notamment au Collège Fernand Puech qui a vu dans un passé récent, nous le savons, plusieurs centaines de milliers d’euros de travaux réalisés. Or dans ce chapitre du Plan stratégique quinquennal, il est remarquable de se rendre compte que ce qui vient en n°1, ce qui est donc prioritaire c’est « soutenir l’agriculture dans un environnement concurrentiel » quand « offrir aux collégiens les meilleurs chances de réussite » n’arrive qu’en avant dernière position sur les 13 priorités qui sont listées. Ce classement en matière d’investissement d’avenir est très révélateur politiquement. Il dit beaucoup des décideurs.

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Après l’agriculture à soutenir, on trouve en deuxième position « encourager et valoriser de nouveaux modèles économiques », puis « aider les Mayennais à entreprendre ». Le tourisme suit, et logiquement il arrive qu’il faut « conforter nos infrastructures routières et faciliter les mobilités  ». Peut-être est-il question de la liaison entre Laval et Changé pour faire sauter le bouchon de Pritz ?

«Chances de réussite»

Malgré tout, c’est encore une fois très enrichissant de s’apercevoir que la mobilité peut primer sur l’éducation et sur la nécessité d’« offrir aux collégiens les meilleurs chances de réussite ». Certes, 82 % des élèves de Puech viennent de communes extérieures à Laval nous a-t-il expliqué. Aussi le collège fermé « cela ne va pas changer la vie ; ils continueront de prendre le car et iront dans un autre établissement  » avait déclaré le président de Département. « Faciliter la mobilité » dit le Plan stratégique !

On le voit l’ambition du Département, à travers ces grandes perspectives déclinées sous la forme de blocs colorés, c’est de « faire de la Mayenne, un territoire d’exception, révélateur de talents, compétitif et solidaire, un espace qui nous inspire et nous porte vers un l’avenir avec confiance », (super programme!). C’est bien ce qu’on peut lire tout en haut des « 10 points-clés » du Plan Stratégique 2016-2021. Mais, dans tous ces « points-clés » je retiendrai pour ma part quelques mots-clés. « Exception, solidaire et compétitif ».

«Exception» : le collège à taille humaine Fernand Puech est en centre-ville et il risque de disparaître dans une ville à taille humaine et dans un département qui pèse seulement 300 000 habitants. Cette mesure revêtirait un caractère exceptionnel – à moins que d’autres collèges ruraux ne ferment à plus ou moins long terme – , car elle induirait – même si ce n’est pas dit bien-sûr – le redéploiement naturel d’une partie des élèves vers le secteur privé au détriment du Public. Cela démontrerait aussi à l’égard des collégiens auxquels rappelons-le, il faut « offrir les meilleurs chances de réussite » que la collectivité, c’est-à-dire le Département, en réalité n’est pas « solidaire » avec eux. Et puis le Collège fermé cela permettrait certainement au Département d’être à nouveau totalement « compétitif » bien-sûr!

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Ajoutons pour terminer ce passage en revue de ce plan déployé pour les 5 prochaines années, que le nouveau « principe d’action », c’est de « dire ce que l’on va faire et faire ce que l’on a dit, évaluer et rendre compte  ». C’est bien ce que demandent les manifestants, les enseignants, les parents d’élèves, les anciens du Cours complémentaire, les élus de l’opposition de gauche qui refusent la fermeture. Mais, c’est encourageant car peut-on lire aussi dans un autre bloc « chaque difficulté rencontrée doit être l’occasion, stipule le 5eme «point-clé», l’occasion d’un nouveau progrès ».

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