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«  Candidat » en 2014, en 23e position sur la liste de gauche Laval au cœur, Maël Rannou, représentant Europe Écologie - Les Verts, vient de faire en 2017 son entrée au conseil municipal de Laval. Le jeune élu peut sièger, comme conseiller, par la force des démissions successives qui ont émaillé la vie de l’opposition municipale. « Quatre mois d’opposition, et donc ?  », s’interroge-t-il en portant un regard à la fois sur lui-même, le groupe d’opposition dans lequel il évolue à présent et l’assemblée municipale et la communauté d’agglomération présidées par François Zocchetto. Maël Rannou signe - avec ce papier - un retour dans les colonnes de votre journal en ligne.

- Par Maël Rannou

Une des premières raisons qui m’a motivé à siéger au conseil municipal de Laval, malgré ma situation est, outre l’expérience intéressante, que le groupe a déjà subi nombre de désaffections et qu’il n’y avait plus eu de groupe complet depuis longtemps.

La démission de Jean-Christophe Boyer [ex-maire PS de Laval ayant succédé à Guillaume Garot, NDLR], et celle d’Idir Aït-Arkoub, allait me faire poser la question sérieusement car j’étais le suivant sur la liste. Le mode de scrutin étant ce qu’il est (la liste en tête obtient 50 % des sièges, même si elle gagne d’une voix, les 50 % restant sont répartis à la proportionnelle), j’étais sûr d’être élu en cas de victoire, certain de ne pas l’être en cas de défaite. Mais après la défaite, je ne pensais pas me retrouver un jour au conseil municipal, et pour cause...

En 2016, je suis devenu bibliothécaire à Laval, puis je suis entrée en disponibilité en juillet de l’année suivante - cette règle permet à un fonctionnaire d’être mis hors de la fonction publique durant un temps donné (plus de salaire, plus d’avancement, plus de droit retraite, mais autorisation de travailler dans le privé) - avec la possibilité de réintégrer son corps d’origine à l’échéance de la disponibilité. Un agent en disponibilité est toujours dans les effectifs de la ville, mais n’est plus assujetti au devoir de réserve.

Avec les démissions successives au sein du groupe de l’opposition, je me demandais ce qu’il allait advenir de moi. De manière assez cohérente, il faut savoir qu’il est formellement interdit d’être agent et élu d’une même collectivité ; et si la liste d’aventures remontait jusqu’à moi - ce qui était encore peu imaginable, mais possible -, j’étais inéligible. J’ai toutefois interrogé la préfecture sur le cas d’un fonctionnaire en disponibilité : la jurisprudence est claire, je peux siéger tant que je suis sans traitement de la ville.

Il y a quatre mois j’ai donc été « installé » au conseil municipal ; Claudette Lefebvre (PCF) y entrait également alors que Véronique Baudry (PS) en démissionnait ; elle a ensuite été remplacée par Jean-François Germerie (PS). Depuis nous avons des réunions de groupe au complet, ce qui est assez sympa et permet de travailler plus efficacement. Construire un groupe qui recommence à exister après la perte de son leader naturel.

Lire aussi : Véronique Baudry : pourquoi j’ai mis fin à mon mandat dans l’opposition

Les premières réunions de groupe sont vraiment agréables : le collectif fonctionne avec des "anciens" qui épaulent les nouveaux ; en cas d’intervention propre d’un conseiller sur un sujet, nous échangeons à ce sujet ; et les tribunes sont de nouveau signées par l’ensemble des élus d’oppositions [Depuis plusieurs mois, Aurélien Guillot ne signait plus les tribunes municipales, ne se retrouvant pas dans leurs propos, NDLR] ; et en cas d’intervention propre d’un conseiller sur un sujet, les autres sont au courant.

Un groupe qui existe, dans une situation difficile

Élu pour la première fois, ce n’est pas le cas des autres conseillers entrés après 2014 [Isabelle Beaudoin, et Aurélien Guillot effectuent leur premier mandat, mais tous ceux qui sont entrés depuis l’élection étaient élus de la majorité sous le mandat Garot-Boyer, NDLR] ; il m’a fallu d’abord apprendre le fonctionnement de tout ça.

Recevoir le matin de son premier conseil une pile de textes et de rapports, d’environ 300 pages, cela effraie un peu. Le passage en numérique, par la suite, à un côté rassurant. Rapidement, on comprend l’intérêt d’avoir des élus spécialisés sur des sujets, et bien sûr d’un suivi et de services pouvant apporter leur expertise. À neuf dans l’opposition, sans pouvoir couvrir toutes les commissions et avec les documents qui nous arrivent une quinzaine de jours avant, il est difficile d’être pertinent sur tout. Notre ligne est alors de ne pas s’exprimer pour rien, et si l’on ne sait pas, inutile de faire durer le conseil pour le plaisir. Mais quand nous prendrons la parole, nous le ferons sur des bases solides.

Une des choses qui me frappe, outre la complexité de nombreuses délibérations – avec une formation quasi nulle, j’y reviendrai prochainement – c’est une temporalité un peu lourde. Bien que siégeant dès le 25 septembre de cette année, je n’avais alors pu être élu dans aucune commission « lourde », et n’ai alors été désigné que suppléant au Conseil d’administration du Théâtre et membre de la Commission mixte paritaire des industriels forains, qui doit être intéressante, mais qui ne se réunit maximum que deux fois l’an.

Lire aussi : Jean-Christophe Boyer partant : « François Zocchetto va perdre son meilleur ennemi »

Les conseillers démissionnaires siégeaient à la Commission des agents, où je ne pouvais siéger pour les raisons évoquées plus haut. Catherine Romagné (Sans Étiquette) y a été élue, et elle a démissionné de la Commission culture, attractivité, tourisme, pour que je prenne sa place, mais il fallait attendre le conseil suivant. Et ce n’est qu’en décembre que j’en ai été effectivement membre. La seule commission qui a eu lieu est tombée un jour où je donnais un cours à Paris, je l’ai donc ratée. Moyennement satisfaisant. Mais maintenant que j’ai les dates pour l’année, je pourrais me caler en fonction... Il est vrai qu’il n’est pas toujours évident de se libérer en pleine journée quand on un emploi.

À l’Agglo, c’est pire, puisqu’elle se réunit plus rarement. Après le jeu de chaises musicales, le groupe au complet s’est mis au clair sur les attributions de chacun. Je remplacerai donc Claude Gourvil à la Commission Aménagement (notamment, le transport) à partir de... février ! Là aussi, j’ai les dates à l’avance, et je tenterai donc de les caler professionnellement et d’aller assister à une séance (sans vote) avant d’y siéger effectivement, histoire d’être un peu courant.

Être opposant, pourquoi faire ?

Mais à quoi ça sert ? Globalement le rapport de force d’une opposition municipale est très faible. La majorité domine largement et les conseils sont d’abord des chambres d’enregistrement ; le mutisme quasi constant des conseillers de la majorité - c’est encore plus flagrant à l’Agglo - en témoigne. Certains adjoints délèguent mieux que d’autres. Le travail majeur a de fait lieu en amont, en commission, en réunion de bureau de la majorité, etc.

L’opposition a cependant un rôle, celui d’alerter et de faire des propositions. C’est ce qui a eu lieu sur l’opération immobilière de Saint-Julien, quand nous avons reçu des riverains inquiets pour le jardin. Ils avaient d’ailleurs des documents que la mairie ne nous avait pas transmis ! C’est ce qui a eu lieu aussi quand Claude Gourvil est monté au créneau sur le budget et les investissements, ou quand Georges Poirier a détaillé les baisses de subventions aux associations sur trois ans.

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Voir ma question orale du 18 Déc. 2017

Pour ma part, bien qu’ayant une activité partisane depuis longtemps, je me sens un peu comme Candide et profite de ce moment où je peux encore poser mes questions en naïveté sincère. Interrogation sur un marché, explication d’un vote sur l’Agglo (notre groupe était divisé, et s’en est expliqué en toute transparence, je me suis abstenu), ou question orale sur la possible application d’une alternative végétarienne dans les cantines lors du dernier conseil. Le maire François Zocchetto y a répondu dans un échange assez cordial, ce qui laisse des espoirs sur l’avenir, même si beaucoup est à faire.

À ce propos, il s’inquiète de l’équivalence entre protéines animales et végétales ; si ce débat est intéressant, il n’est pas vraiment en jeu dans l’alternative végétarienne qui n’exclut pas les produits animaux (dont les produits laitiers), mais seulement la consommation d’animaux. Monsieur le maire parle d’un repas végétarien bio et local dans les cantines en mars, pourquoi ne pas aller le déguster ensemble avec les conseillers volontaires pour mettre en avant cette excellente initiative ? L’invitation est lancée.

Prochainement, je ferai le détail des « avantages » liés à la fonction de conseiller municipal d’opposition. Soyons francs, il y en a peu ; mais qui sait, cela pourra permettre d’évacuer quelques fantasmes potentiels.

Le logo, en Une de cet article, a été dessiné par Jean Bourguignon, alias Jean BGG.


1 commentaire
  • Bonjour,

    Le dernier paragraphe sur les menus végétariens une fois par semaine dans les restaurants scolaires avec la question orale et la réponse de Mr Zocchetto auraient mérité d’être davantage mis en valeur ! Merci en tout cas à Maël Rannou de l’avoir suggéré au conseil !

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« Quatre mois d’opposition à Laval, et donc ? » - Par Maël Rannou

Publié le: 8 janvier 2018
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