Recherches minières en Mayenne : un projet dépassé et du passé – Par Pierre Messager

tribunelibrenew-17.jpgEn Mayenne, nous savons que 25 communes sont concernées par un projet de recherches de mines qui va de Montjean à Vautorte selon ce qu’on appelle « le permis d’Olivet » déposé par SGZ France, une filiale française d’une multinationale australienne. Dans l’Ouest, douze demandes de permis de ce type ont également été déposées, en Bretagne et dans Pays de la Loire. La plupart acceptée, mais le permis de recherches de Dompierre-du-chemin en Ile-et-Vilaine a été retiré par la société SGZ France ; celui de Tennie en Sarthe est mort-né grâce à la mobilisation citoyenne. 


Par Pierre Messager*

L’air, l’eau, le sous-sol, etc., sont des biens communs. Les conséquences d’un tel projet ne peuvent être mesurées pour le moment et, pourtant, elles auront un impact sur les générations à venir, et sont irréversibles.

Il s’agit dans tous les cas de projets privés de recherches minières faisant l’objet d’aucune enquête publique. Seul le ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie doit donner, ou non, son accord. Les mairies ont bien reçu un dossier, mais pour avis seulement, tout comme le Département concerné. La plupart n’ont pas ouvert le dossier au regard de la complexité de la chose et n’ont donc pas émis d’avis ; ce qui en fait, revient à en donner un favorable.

Les minerais recherchés par ceux qui ont déposé un permis de recherches sont l’or, l’argent, l’antimoine, le zinc, le plomb, le germanium, l’indium, ainsi que d’autres substances. Ils servent essentiellement à la fabrication des objets connectés (portables, ordinateurs, tablettes, diverses appareils ménagers, etc.).

Ces recherches se font d’abord par avions ou par hélicoptères à très basse altitude, à environ 40 mètres, avec un envoi d’ondes magnétiques. Ces ondes peuvent aller jusqu’à 500 mètres de profondeur. Puis, les recherches continuent par prélèvement en carottage sur le terrain. Ensuite, il s’agit d’effectuer des tranchées à la pelle mécanique (20 km au total). Pour terminer, des forages peuvent aller jusqu’à 1,5 km de profondeur…

D’abord, il faut dire que les ondes ne sont pas sans risques pour la santé humaine ; elle peuvent générer tumeurs, ou problèmes cardiaques, et nous découvrons chaque jour les conséquences que peuvent avoir la proximité répétée avec des portables, wifi, antennes de téléphonie et autres… Pas sans risque non plus sur la santé des animaux, dans les prairies comme d’ailleurs dans les bâtiments d’élevage qui sont aussi en danger.

mayenneminescitation.jpgCes recherches minières ont également un impact sur les ressources en eaux. Avec les forages nous sommes confrontés à des assèchements des nappes phréatiques. De plus, il y a des menaces de contaminations des eaux, non pas de surface, mais des eaux situées en profondeur avec l’utilisation de mercure, d’arsenic, de plomb, d’uranium et autres métaux lourds. Le sous-sol du secteur est déjà plein de galeries faisant suite à l’exploitation minière des siècles passés. Il n’est pas rare de voir d’ailleurs des effondrements de terrains entraînant par la même la disparition d’animaux.

Plutôt que de chercher dans le sous-sol mayennais, il serait plus judicieux de faire les égouts des grandes villes où l’or et d’autres métaux se retrouvent en quantité importante.

Autrement dit, avant de rechercher dans le sous-sol, il serait souhaitable que l’on dépollue les sites existants et en particulier celui de la Lucette, situé au Genest-Saint-Isle en Mayenne. Ce sont 100 000 tonnes de résidus miniers qui y reposent à l’air libre, contenant du sulfate de fer et de l’antimoine entre autres. Il faut savoir que sur le site un ruisseau est pollué au mercure et à l’arsenic, et qu’il est affluant de la rivière le Vicoin, située un peu plus loin.

Question : qui est responsable de la dépollution alors que la concession à été rendue à la mairie ? Et si les maires sont responsables aujourd’hui de ces sites, ils devraient donc s’inquiéter du projet de recherches minières.

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barreintertitre.jpgActuellement le seul moyen de s’opposer à ce projet est de signer des bons de refus de pénétrer sur les parcelles. Ils sont disponibles sur le site de Pays de Loiron Environnement. Les agriculteurs sont en première ligne évidemment et doivent prendre conscience des enjeux pour leurs terres. Le département de la Mayenne a déjà beaucoup donné en terme de casse de paysage et d’environnement avec l’autoroute, la THT puis la LGV ; sans compter le grignotage presque quotidien de terres pour la création de zones industrielles et l’urbanisation.

Les élus doivent aussi se poser la question de signer des bons de refus concernant cette fois les terres acquises pour la construction urbaine, les zones artisanales ou industrielles.

De plus, nous devons tous nous sentir collectivement responsable dans nos pratiques de consommation, dans la gestion de nos déchets ; nous devons tous recycler le maximum de nos appareils qui contiennent des métaux qui aujourd’hui sont très précieux pour l’environnement. De plus, et ce n’est pas négligeable, le recyclage est créateur d’emploi. Quant aux recherches de mines, elles ne le sont pas, car tout est robotisé.

C’est pourquoi, j’appelle les agriculteurs, les élus à signer les bons de refus mais aussi les consommateurs, les citoyens à se mobiliser et s’opposer à tous projets de recherches minières. Ni ici, ni ailleurs. À l’aube du XXIème siècle, il faut accélérer la transition écologique voulue par le président de la République. Cela doit commencer maintenant, car demain il sera trop tard pour les générations futures.


*Pierre Messager est secrétaire général de la Confédération Paysanne des Pays de la Loire

1 thought on “Recherches minières en Mayenne : un projet dépassé et du passé – Par Pierre Messager”

  1. Recherches minières en Mayenne : un projet dépassé et du passé
    Oui cet article de Pierre est formidable, car il appelle les élus et les citoyens à se positionner.
    Déjà, une première commune a, en conseil municipal, décidé de signer un bon de refus.
    Une deuxième distribue des bons de refus lors des réunions PLUI.
    Aujourd’hui nous en sommes à 10% du territoire PERM en bon de refus (plus de 200 signataires) et les bons affluent tous les jours.
    Sur 20 des 25 communes concernées des bons de refus sont signés.
    Le PERM d’Olivet n’a plus bonne mine.

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