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Des photos du centre historique de la ville de Valparaiso, et des pélicans sur le port Le lavallois Rémy Simon est au Chili et nous câble son papier depuis Valparaiso où il réside « pour un séjour solitaire de 6 semaines » comme il l’écrit pour leglob-journal. Le Chili où des élections ont eu lieu le 19 novembre 2017, présidentielles, législatives, et régionales. Un pays dont la destinée a été "contrariée" par une ingérence extérieure inamicale fomentant un coup d’état le 11 septembre 1973, de funeste mémoire dans l’Histoire mondiale. Voici le premier récit de Rémy Simon, ce militant des comités Chili de 1973 à 1977 à Rennes ; 1977, année qui le voit s’installer à Laval où il continuera de militer - Reportage.

- Par Rémy Simon

VALPARAISO - En ce Dimanche 19 novembre, c’est le “Dia de Ley Seca” (jour de Loi Sèche). L’alcool est interdit à la vente, du désert d Atacama jusqu’à la Terre de feu. Une telle mesure de prévention est habituelle en Amérique Latine.

Pour prévenir le phénomène de “Sauveur Suprême”, l’arrivée d’un cacique ou d’un dictateur s’accrochant au Pouvoir, la constitution chilienne interdit au Président sortant de se représenter. Il faut attendre un autre mandat, une autre occasion. C’est ce que doit faire Michèle Bachelet. D’autres pays ont contourné cette récente tradition en se faisant remplacer par le conjoint ; c’est le cas en Argentine notamment.

Le bâtiment de l'Armée à Valparaiso Si ma passion pour l’Amérique Latine est générale, mon rapport au Chili est particulier. Je suis déjà allé au Chili en 2000 : du désert d’ Atacama au nord à la terre de feu en passant par Santiago et l’ile de Pâques. Mais je ne suis pas ici à cette date par hasard non plus. Envie de vivre de près le basculement électoral qui s’annonce.

Le 11 Septembre 1973

Je suis en effet, comme tant de militants de gauche de ma génération un “ancien” des Comités Chili qui en Europe et dans le monde qui ont essayé de soutenir la Résistance chilienne après le coup d’État fasciste de Pinochet.

Ce sanglant “Golpe” du 11 septembre 1973 mit fin à l’extraordinaire expérience d’Allende et à l’Unité Populaire.

Cette première tentative d’édification du socialisme de façon pacifique avait duré 3 ans. Une expérience bien plus radicale que ce qui fut mis en œuvre en France, quelques années plus tard en 1981.

En déroute, et par ce que j’ai pu lire dans la presse, je sollicite l’aide des militants et sympathisants de gauche dans ce port mythique qu’est Valparaiso. D’ailleurs, c’est une ville où la droite vient d’être chassée par un jeune avocat, en gros, sur la ligne de “Podemos”.

Premier constat : la droite est unie autour de l’ancien Président Pinera et la Gauche est divisée. Les gens respectent la personne de Michèle Bachelet et son passé de résistante. Mais des scandales ont éclaboussé son entourage et le Parti Socialiste. C’était il y a un an et demi et le ménage n’a pas vraiment été fait. Malgré le souvenir des années terribles de la période du fascisme militaire, le retour de la démocratie, les gens sont écœurés par la classe politique… ici aussi.

La veuve de Pinochet

Un artiste photographe me faisait remarquer : « Tu sais Rémy, la Constitution élaborée avec l’accord de Pinochet est toujours en vigueur ! ».

J’ai pu lire ça dans la presse - et on l’explique calmement - que la veuve de Pinochet va sans doute pouvoir garder la fortune accumulée pendant ces années sombres. Un autre élément provoque aussi l’effondrement du moral de la gauche et sa division. L’absence de rupture avec les politiques économiques libérales. Ici aussi ! Mais ici, il faut rappeler un fait méconnu mais fondamental.

Une peinture murale pour le service public "Pour une éducation gratuite"La première expérimentation du libéralisme économique n’a pas eu lieu en Angleterre avec Margaret Thatcher (grande amie de Pinochet), mais au Chili avec Pinochet et les Chicago Boys. Ce groupe d’économistes américains avaient avancé ces théories sans pouvoir les mettre en application. Appuyé et pensé par les USA, la CIA et Kissinger (à la fois Prix Nobel de la Paix et cité dans plusieurs affaires de crimes de guerre), le coup d’État du 11 septembre leur donna l’occasion d’expérimenter leurs thèses à l’échelle de tout le Chili. Sans rencontrer d’opposition, et pour cause : l’opposition était suppliciée dans les camps de concentration. Je me souviens avoir traduit à l’époque des exemplaires du “Rebelde”, le journal de la Résistance du Mouvement de la Gauche Révolutionnaire (le MIR) : le récit des tortures était terrible !

« Sorti du fascisme »

Pour en revenir aux conséquences directes du coup d’État, les privatisations furent immédiates et gigantesques, et le service public mis en pièces.

Il faut savoir que le Chili est sorti du fascisme et a reconstruit sa démocratie avec prudence. Ce qui veut dire avec une culture du compromis, tant la peur du retour d’une dictature était forte. Cela signifie aussi que la rupture avec les dégâts de ces politiques libérales n’a pas eu lieu. Tôt ou tard, les clivages devaient apparaitre à gauche. Ici comme ailleurs.

Et ne parlons des sujets sociétaux. La très récente loi légalisant l’avortement est extrêmement limitée, mais provoque des débats virulent qui divisent les partis. Les catholiques hurlent. Le candidat des évangélistes encore plus.

Pour toutes ces raisons, tous les partis politiques sont en crise, et même au bord de l’éclatement. On médisait, mais au Chili, lors du retour à la démocratie, les partis ont continué à se comporter comme avant la dictature. Le personnel politique n’a pas été renouvelé. Un vent de "dégagisme" souffle. Cela ne vous rappelle rien ?…

Un copain chilien me disait ce matin que tout cela expliquait la multiplicité des candidatures et le désarroi des électeurs. Sans oublier de m’interpeler : « Et toi pour qui voterais-tu ? »

À quelques heures de la clôture des scrutins, il nous faut évoquer que les principaux candidats souhaitant investir le Palais de la Moneda, les plus significatifs. Le gouvernement actuel s’appelle “Nueva Mayoria” (nouvelle majorité). C’est en fait la gauche traditionnelle, mais composée d une large coalition comme expliqué plus haut : le PS de Bachelet, le Parti Radical, le PPD, le PC et la Démocratie Chrétienne. Historiquement, ce parti avait joué un rôle majeur pour déstabiliser le régime de Salvador Allende !

« Et toi pour qui voterais tu »

Le principal candidat de droite est Pinera, ancien Président. C’est le grand favori. Carolina Goic, pour la DC (démocratie Chrétienne). Majoritairement étiquetée centre-gauche. En France, elle serait plutôt classée à droite. La gauche classique du gouvernement sortant a pour candidat Guillier Beatriz Sanchez qui représente “El Frente Amplio” (Le Front Élargi), un nouveau parti. C’est une nouvelle gauche qui n a pas participe au gouvernement. Le résultat final devrait tourner autour de ces deux favoris.

Sans parler des autres candidats, signalons qu il y a un candidat de l’Opus Dei soutenu par les évangélistes : Kast. Le Sens commun chilien ; mais il faudrait parler plus longuement du rôle croissant de ces réactionnaires évangélistes en Amérique Latine, qui viennent par exemple, au Brésil, de conquérir la ville de Rio de Janeiro… rien que ça...

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(c) Photos leglob-journal


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Récit de voyage, au Chili qui vote - Par Rémy Simon

Publié le: 22 novembre 2017
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