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Le 13 juillet 2018, le Conseil régional des Pays de la Loire a voté une subvention de 1,2 millions d’euros (564 000 euros pour la Région et 636 000 euros de fonds FEDER) au groupe Bel pour un investissement sur le site de l’usine d’Evron. Bel a décidé d’augmenter sa capacité de production de fromage de type mini-Babybel en investissant plus de 27,8 millions d’euros en vu d’agrandir le site mayennais. Objectif : le doublement des ventes de mini-Babybel en 2025. Le total des subventions demandées par Bel se monte à 1,2 millions d’euros Hors Taxes (Cf délibération ci-dessous). En janvier dernier, la fin des aides au maintien à l’agriculture biologique pour cause de contractions budgétaires était décidée. Deux « événements  » mis en parallèle par la Confédération Paysanne de la Mayenne qui estime que la Région Pays de la Loire a des « priorités surprenantes » .

Par Vincent Guillet *

Une subvention à un industriel et un retrait pour les autres. Peu importe, pourrait-on dire. Comme le marché se portait bien, les paysans n’avaient qu’à se débrouiller ! Je suis d’accord pour dire que la Région subit les décisions de la politique nationale mais d’autres régions, elles, ont pris le relais et financent cette aide au maintien de l’agriculture biologique. Manifestement, notre région n’a visiblement pas les mêmes priorités...

Aujourd’hui, je constate qu’elle fait le choix de soutenir une industrie laitière qui se porte bien, et fait des bénéfices. Les élus du Parti Socialiste par la voix de Christophe Clergeau ont dénoncé publiquement cette subvention. Je me réjouis de voir que leur position a évolué, puisqu’en 2012, l’équipe précédente au pouvoir à la Région Pays de la Loire faisait un choix similaire en subventionnant cette fois l’extension du site d’un autre industriel, Lactalis, à Craon, avec une promesse d’emplois qui n’a jamais été totalement honorée.

Ce qui me pose problème en tant que paysan de la Confédération Paysanne de la Mayenne, ce n’est pas tant le fait qu’une région subventionne un industriel prospère que le contraste avec l’arrêt des aides au maintien de l’agriculture biologique. Force est de constater que l’argent public semble plus facile à trouver pour les industriels que pour les agriculteurs. Questions : est-ce que Bel va devoir attendre aussi longtemps que les paysans engagés en M.A.E pour toucher son argent (les aides pour les Mesures Agro-Environnementales pour l’année 2016 n’ont toujours pas été soldées…) ?

Par ailleurs, quelles contributions collectives de la part des industriels ? Est-ce que ces subventions sont liées à des engagements précis de leur part de créer ou de maintenir des emplois ? Il semble que, dans le cas présent, 10 emplois doivent être créés d’ici 5 à 7 ans. Ce qui est peu. Avec 1,2 millions d’euros, à raison de 7.500 € par exploitation aidée, ce sont 160 fermes qui auraient pu accéder aux aides au maintien. Sans parler du fait que quand les paysans contractualisent pour ces aides, ils s’engagent sur 5 ans ! De plus je peux vous dire que nous sommes contrôlés et en cas d’anomalies nous sommes sanctionnés ; en sera -t-il de même ?

Il y a un mois, la Région annonçait soutenir la conversion en agriculture biologique pour les jeunes installés. Mais uniquement pour les installations avec les aides alors qu’une sur deux se fait sans... Soutenir l’agriculture, c’est faire le choix d’emplois non-délocalisables, avec un enjeu territorial fort, inhérent à notre beau métier.

*Vincent GUILLET est membre de la Confédération Paysanne et ancien Porte Parole de l’organisation syndicale agricole en Mayenne

Extrait de la délibération du Conseil régional des Pays de la Loire concernant la subvention

3 commentaires
  • La plaie du syndicalisme agricole c est de faire de la politique politicienne.... Ancien monde comme dirait l autre et total mélange des genres ! Les aides régionales à l industrie existent avec les mêmes règles depuis une décennie !!! Ce n est pas un choix politique contre les bios ( qui n’arrivent pas à satisfaire la demande française... Alors pourquoi réclamer des aides supérieures aux autres agris ?!?!?) mais une règle qui s applique à tout industriel dans l automobile ou l agroalimentaire !!!

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    • En Pays de Loire, Lydie Bernard qui se présente comme une élue FDSEA, est vice-présidente du Conseil Régional et présidente de la commission agriculture, agroalimentaire, forêt, pêche et mer. Florence Désillière, ancienne présidente de la FDSEA 53 et de la Chambre d’agriculture 53 est également vice-présidente de cette commission.

      Christiane Lambert, éleveuse de porc dans le Maine-et-Loire, présidente de la FNSEA, déclarait sur France 5 le 28/01/2016 : « On veut des fermes de 250 vaches qui sont plus rentables que des fermes de 80 vaches » et vante les usines de 4000 vaches en Roumanie ! Voir : https://www.youtube.com/watch?v=x6b...

      Voilà comment la FNSEA, le syndicat d’Etat agricole défend les agriculteurs ! On lui doit notamment d’avoir empêché l’interdiction du glyphosate suspecté cancérogène.

      N’est-il pas temps pour ceux et celles qui souhaitent une autre alternative, de réfléchir à l’utilité des Chambres d’agriculture qui servent à asseoir la mainmise de la FNSEA sur la profession et empêche celle-ci d’évoluer vers la demande sociétale : la bio, les AOP, les labels, les circuits courts qui ne sont pas en crise ? Sinon, vu la vitesse à laquelle l’élevage disparaît dans notre département, dans quelques années, la campagne mayennaise ressemblera à celle de la Beauce.

      C’est ça que les élus doivent continuer à subventionner ?

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    • C’est assez drôle de parler d’ancien monde et d’utiliser comme argument que ses règles existent depuis une décennie ! Et puis une mauvaise règle même et surtout si elle existe depuis 10 ans doit être changée pour plus de justice.

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Région : Paysans et agro-industriels, les « priorités surprenantes »

Publié le: 31 juillet 2018
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