Retraites agricoles : l’occasion manquée

 

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Les agriculteurs attendront encore un peu. La proposition de loi dite Chassaigne, votée à l’unanimité à l’Assemblée Nationale par les députés en février 2017 prévoyait de porter les retraites agricoles de 75 à 85% du Smic pour une carrière complète de chef d’exploitation, au 1er janvier 2018. Le texte devait être adopté le mercredi 7 mars par le Sénat mais le gouvernement en a, au dernier moment, décidé autrement. Réactions en Mayenne.


Par leglob-journal


Géraldine Bannier (LERM 53)

lettreguiillemetsfrancaisouverture-6.jpgLe montant des retraites agricoles est un sujet bien connu et qui revient à juste titre régulièrement sur le devant de la scène ; de fait, ce montant est sensiblement moins élevé que la pension moyenne des autres retraités, de l’ordre de 40 %, avec une pension nette de 730 euros. Or, cette population, très laborieuse, [10 300 agriculteurs actifs en Mayenne, NDLR] dont les heures hebdomadaires de travail ne sont par nature ni encadrées ni comptabilisées, et les congés annuels pas davantage, a pourtant participé à donner à La France son autonomie alimentaire et a nourri un secteur agroalimentaire très puissant à l’exportation.

Je m’exprime donc – une fois n’est pas coutume – en parfait désaccord avec le recours à «la procédure du vote bloqué» qui repousse à 2020 la revalorisation des retraites agricoles ; de fait, ce texte, qui visait à porter à 85% du Smic les pensions de retraite des non-salariés agricoles ayant une retraite complète, et aurait pu bénéficier à 236 000 retraités de métropole et 30 000 des Outre-mer, est une mesure de justice sociale, urgente.

La loi Chassaigne a été entérinée par un vote unanime à l’assemblée, puis en commission au Sénat. Le monde agricole attendait un soutien du gouvernement…

Bien sûr – et on peut comprendre – le gouvernement argue qu’il faut attendre pour remettre à plat, ensemble, tous les régimes de retraite à l’horizon 2019 ou 2020 ; mais le vote de la loi Chassaigne n’empêcherait pas de réajuster le financement dans le cadre de la future réforme. C’est une loi qui dépasse les clivages et aurait constitué un beau symbole en direction de la ruralité et d’un monde agricole qui souffre.

Il faudra que ce gouvernement revienne au plus vite sur le sujet…Comme le vote de la loi au Sénat est reporté au 16 mai, il y a possibilité de le faire.

Guillaume Garot (PS) 

Le gouvernement a utilisé une manœuvre de procédure, un coup de force qui empêche une revalorisation prévue et attendue des retraites agricoles.

Pour l’actuel Gouvernement, porter le minimum des retraites agricoles de 75% à 85% du smic, pour un coût 350 millions d’euros, c’est trop… alors qu’il a supprimé, sans hésiter, l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF), pour un coût de 3,5 milliards d’euros, faisant bénéficier aux 100 contribuables les plus riches d’un gain de 582 000 € par an. Deux poids, deux mesures.

Ce coup de force du gouvernement est injustifiable. Ce sont les agriculteurs les plus modestes qui sont pénalisés.

Yannick Favennec (UDI) 

Je dénonce le récent double coup de force du gouvernement, d’une part contre le monde agricole et, d’autre part contre le fonctionnement du Parlement.

En imposant au Sénat, la procédure du vote bloqué contre un texte qui visait à augmenter les retraites agricoles portant le minimum garanti pour les anciens chefs d’exploitation de 75% à 85% du SMIC, adopté à l’unanimité en commission, approuvé en 2017 par l’Assemblée nationale et qui avait donc toutes les chances d’être voté et appliqué, le gouvernement a pris la lourde responsabilité de rejeter une mesure très attendue par nos agriculteurs et de renier une promesse de campagne du Président de la République.

lettreguiillemetsfrancaisfermeture-7.jpgÀ quelques semaines de l’examen du futur texte de loi sur l’agriculture, le gouvernement envoie là un bien mauvais signal à nos agriculteurs et à quelques mois de la réforme constitutionnelle voulue par monsieur Macron, donne une conception très inquiétante du respect des droits du Parlement et de l’équilibre des pouvoirs dans notre démocratie.

 

Leglob-journal publie ces réactions politiques qui nous sont parvenues à l’adresse du journal :  redaction@leglob-journal.fr

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