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ÉTERNEL - Un lieu presque aussi vieux que la Comédie Française dont il fut longtemps le sociétaire, c’est là que Robert Hirsch va être inhumé. Dans le petit cimetière de Bouère en Mayenne dont la création remonte à 1778, alors que le Théâtre Français lui date de 1680. L’acteur, qui avait voué sa vie à la scène théâtrale, s’est éteint après une chute à son domicile, à l’âge de 92 ans. Il sera enterré dans le caveau tout à coté de celui de son compagnon qui repose à Bouère depuis 1990.

- Par Thomas H.

Robert Hirsch restera dans la mémoire des Français un immense acteur, « virtuose d’un jeu engagé et corporel ». Le cimetière de Bouère, inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques le 27 décembre 2005, est à la mesure de cet homme de théâtre qui débuta par la danse classique.

Un jardin-théâtre

Comme au temps de Molière et de la splendeur du Roi Soleil, le cimetière de Bouère est en effet « organisé en quatre carrés, de grandeur égale et délimités de buis et d’ifs taillés en formes de cônes. » peut-on lire sur le panneau qui se trouve à l’entrée, juste avant la grande grille qui s’ouvre sur une longue allée inclinée qui pousse le regard vers une immense croix : une perspective d’ailleurs et d’inconnu, un jardin-théâtre. Un repos perpétuel près de la Forêt de Bellebranche pour tous ceux qui sont enterrés là et pour le commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres et sociétaire de la Maison de Molière. Il la quittera en 1973 et deviendra un an plus tard sociétaire honoraire.

À Bouère, l’un des trois agents municipaux qui entretient depuis près de 30 ans le cimetière, coupe la pelouse, taille les arbres et ratisse les allées pour la Toussaint et les Rameaux, est presque silencieux. Il descend de son tracteur qu’il a positionné dans une allée du cimetière paysagé qui a connu la Révolution Française et l’Histoire de France. « C’est physique, avant à l’aide d’une l’échelle, on en taillait sept par jour avec un collègue, et puis il y a eu l’échafaudage et maintenant on utilise une nacelle...Ce cimetière, c’est un bel endroit... »

Une majesté théâtrale

Le cimetière est d’un calme de majesté, avec ses 26 arbres taillés au cordeau, ses carrés rectilignes, bordés de buis érigés en séparation des tombes et ses petites allées de gravier fin. On y perçoit toute l’inspiration du Jardin à la française d’André le Nôtre : « l’expression du classicisme dans l’art des jardins, la recherche de la perfection formelle, d’une majesté théâtrale et d’un goût du spectacle ».

Comme le fut Robert Hirsch, tour à tour. Scapin dans Les Fourberies, Néron dans Britannicus, Arlequin chez Marivaux ou encore Oronte dans le Misanthrope ; du théâtre de boulevard, aussi, avec ce rôle de Bouzin où il était hilarant dans cette pièce de Feydeau. Comme l’écrivait le journaliste-critique dramatique Jean-Jacques Gautier au sujet du comédien : « Impossible de résister à ses fureurs bouffonnes, non plus qu’à ses gesticulations frénétiques. Il se dégage des personnages de M. Hirsch une stupéfiante, une énorme drôlerie. »

Du rire aux larmes

Robert Hirsch passera du rire du boulevard aux scènes classiques avec une alternance audacieuse et a partagé sa passion viscérale pour le théâtre et ses trois coups avec Bernard Durand. Sa tombe sur laquelle avait été gravée sa date de naissance se trouve juste à coté de celle où repose son ami, né à Bouère. « Autant Robert Hirsch se donnait sur scène sans compter, écrit Jacques Nerson dans l’Obs, autant il se protégeait dans le privé. Après la mort de Bernard Durand, le compagnon qu’il retrouvait chaque soir après la représentation, pour dîner toujours à la même table dans le même restaurant, il s’était barricadé. ».

C’est dans cet espace où la nature est domptée par la science rigoureuse et le travail de l’homme que l’acteur amoureux de la perfection théâtrale et scénique reposera. Dans ce cimetière mayennais où l’on a recouvert le sol de tapis de pelouse et où les arbres sont taillés en rideau, avec des festons disposés le long des allées brodées de buis.


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Robert Hirsch, coté cour et coté jardin

Publié le: 19 novembre 2017
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