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Régulièrement ?


Une arme, hélas, de destruction massive à venir [photo industrielle]L’amiante de Rochefort, près d’Andouillé en Mayenne, a sévi.

D’anciens agriculteurs qui vivaient à proximité de l’usine ont déclenché des cancers des poumons, constatent les médecins généralistes du secteur.

La maladie s’est manifesté 20 à 40 années plus tard, bien après qu’ils aient respiré l’air chargé de particules invisibles d’amiante en suspension.

Ils travaillaient dans leurs champs, sans se douter de rien, ni du danger potentiel. Pourtant même si l’activité d’exploitation de l’amiante sur le Site de Rochefort a été arrêtée sur place en 1970, ce n’est qu’en 1999 que le site à été déclaré « insalubre avec interdiction d’y habiter et d’y pénétrer ».

Laissé au 4 vents et soumis aux intempéries de toutes sortes, le site infesté est planté en hauteur, au dessus de la rivière Mayenne qui se situe en contre bas. Il a continué à exister.

Un simple panneau rajouter il y a quelques temps sur le portail d’accès. Un bête grillage, sans plus. Il prévient aujourd’hui le promeneur ou le curieux.

Un simple grillage et un écriteau [(c) photo leglob-journal.fr]

Commission de suivi

En 2011, au mois de mars débuteront des travaux dits de mise en sécurité du site de Rochefort à Andouillé. Désamiantage des bâtiments et décapage des sols, déconstruction sous confinement avec brumisation intense pour éviter tout éparpillement aérien des poussières d’amiante ; les berges de la rivière seront également traitées. 31 ans après l’arrêt de l’exploitation de l’amiante.

Mieux tard que jamais !

A Rochefort, à quelques centaines de mètres du centre d’Andouillé, le site à présent condamné était depuis le 19e siècle un centre industriel. En pleine campagne.

Une commission dite de suivi s’est déjà réunie à plusieurs reprises. Autour de représentants de l’Etat, des élus locaux, des membres d’associations de défense de l’environnement, et de la pêche et du milieu aquatique, mais aussi le propriétaire du site et Valeo (ex Ferodo-Valeo) qui a pourtant cessé ses activités à Rochefort en 1953.

Dénoncée déjà il y a 100 ans

Pour faire un peu d’histoire la Compagnie Française de l’Amiante du Cap y exploitait de 1895 à 1943 une activité de tissage de l’amiante, cette « fibre miracle » dont ont disait à l’époque le plus grand bien. Puis ce fut l’épisode Ferodo-Valeo et en 1958 l’usine qui passera dans les mains de la société Sacama. Elle y élaborait des tresses d’amiante pour la fabrication de chaudières. 1970, c’est l’arrêt du site de Rochefort.

36 ans plus tard, en Basse Normandie, deux dirigeants du groupe Ferodo-Valeo travaillant dans une usine de Condé-sur-Noireau ont été mis en examen en 2006 rappelle l’Association Nationale de Défense des Victimes de l’Amiante, l’ANDEVA qui écrit d’ailleurs sur son site internet que la vallée de la Veyre où se trouvait le site industriel avait été baptisée « la vallée de la mort ».

Un peu d’Histoire avec les Pionners de l’Amiante au Québec à visionner ci-dessous :

Il y a un siècle, un inspecteur du travail de Caen, sans doute courageux, rédigeait le premier rapport paru en France sur les maladies causées par l’amiante. Il fut publié en 1906 ! Il y faisait état de 50 décès imputés à l’amiante, en cinq ans, dans une filature qui avait fonctionné pendant 15 ans à Condé-sur-Noireau.

Le représentant local de l’ANDEVA témoigne sur ce qu’il faut bien qualifier à présent de « catastrophe sanitaire » :

«  Au début l’amiante arrivait sous forme de roches. Elle était broyée sur place et mise en sacs. On la manipulait à la fourche. Les ouvriers rentraient à la maison avec leurs bleus couverts de poussière.

Des épouses ont été contaminées en les lavant. Des gamins ont été contaminés en jouant sur les tas de déchets. C’était agréable ; ils étaient blancs comme de la neige... L’usine refourguait même les sacs d’amiante aux agriculteurs pour y mettre leurs patates.

Il s’agit d’une description de ce qui s’est passé pendant des années en Basse Normandie. Et à l’époque en tout cas, le principe de précaution n’était pas revendiqué. Et en Mayenne ? Cela fonctionnait-il de la même façon ?

Dérogations

Jusqu’en 1923, Valeo [qui signifie : je vais bien en latin…] s’appelait donc la Société Anonyme Française du Ferodo, et était présente aussi à Andouillé. Ses plaquettes de frein notamment utilisaient l’amiante pour éviter les échauffements incontrôlés.

« Valeo est à l’origine de nombreuses innovations technologiques qui, au cours des 80 dernières années, ont été adoptées par nos clients afin de répondre à l’évolution des besoins des consommateurs  », a déclaré Thierry Morin, le Président du Directoire de Valeo. Il s’agit d’une phrase extraite d’un discours prononcé à l’occasion de la « célébration des 80 ans de Valeo à la tête de l’industrie automobile mondiale  ».

En Avril 2009, un protocole d’accord a été signé entre l’administration et la société Valeo afin de définir les modalités de mise en conformité du site de Rochefort et d’autres sites en France « présentant une problématique liée à la présence d’amiante » relate pudiquement le communiqué préfectoral.

En Mayenne, pas de prescription trentenaire pour Valeo alors que la firme aurait pu s’en « prévaloir » juridiquement note encore les pouvoirs publiques qui saluent la volonté de la société de ne pas se mettre en retrait dans le dossier de Rochefort.

Valeo a décidé, souligne la représentation de l’Etat, de « s’engager dans une démarche proactive et constructive  » dans le département afin de participer à la mise en sécurité du site industriel. Même si le site ne lui appartient plus. Un accord a donc du être trouvé et signé en Décembre 2009 avec l’actuel propriétaire.

L’Institut Nationale de la Santé et de la Recherche Médicale associé à l’Iinstitut National Recherche et Santé a présenté en 1996 un rapport alarmant sur les risques de décès par l’amiante. A l’issu de ce rapport, le gouvernement français décidait que la fabrication, l’importation et la vente de produits contenant de l’amiante sont interdits à compter du 1er janvier 1997. Mais il existe encore à ce jour un certain nombre de dérogations.



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Publié le: 17 mars 2011
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