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Le parking et le jardin Saint-Julien, à Laval Coup de tonnerre dans le ciel lavallois ! Le jardin de Saint-Julien devient le véritable enjeu du déclassement du parking de la rue Sainte-Anne à Laval. La municipalité dispose d’un acquéreur pour le complexe immobilier de Saint-Julien en centre-ville, mais face à cette grosse opération, financière, pour la municipalité, et immobilière, pour les promoteurs - il est prévu d’installer des logements, une résidence sénior, un internat pour garçons et une maison de santé - riverains et parents d’élèves des écoles voisines sont vent debout. Une action près du tribunal administratif est sérieusement envisagée d’ici deux mois, puisque des recours tant auprès du Maire que du Préfet de la Mayenne sont déjà initiés par des parents d’élèves et l’APAJ (Association Patrimoine Architectural et Jardins à Laval).

- Par Marrie de Laval

Le simple déclassement d’un parking appartenant au domaine public municipal cache en réalité la forêt d’immeubles à réhabiliter ou à construire sur l’ilot de Saint-Julien.

Car ce projet pharaonique, tout séduisant qu’il puisse être, présente un énorme inconvénient : il menace l’intégrité et l’usage du jardin jusqu’alors accessible au public, inclus dans une zone protégée par une Aire de mise en Valeur de l’Architecture et du Patrimoine (AVAP) et il voit la réduction de moitié d’une aire de stationnement à proximité de deux écoles, dont l’une située dans la rue même.

De réelles crispations

Deux points concentrent de profonds agacements pour les administrés. La disparition de 14 places de stationnement jugées fort utiles pour la desserte des écoles est un premier point d’achoppement pour les riverains et les parents d’élèves. Le commissaire enquêteur, quant à lui, minimise la saturation de l’actuel parking, comme anecdotique. Elle n’existe véritablement que le mercredi midi à la pause méridienne quant il s’agit de venir chercher les enfants. Les autres jours, seule la dépose du matin et la fin de la journée scolaire anime la circulation sans pour autant saturer l’espace.

Pourtant, dans ses recommandations, le commissaire enquêteur revient malgré tout sur la nécessité de maintenir une offre comparable à l’existant, à savoir 28 places, ce qui oblige le promoteur immobilier à doubler la surface de stationnement, comme à l’origine. En effet, les conclusions de l’enquête soulignent [qu’]«  Il conviendra d’optimiser le nombre de places de parking (14) offertes en compensation de la capacité d’accueil dont dispose l’actuel parc Sainte-Anne (28 emplacements). »

Saint-Julien, à l’angle de la rue Sainte-Anne et du quai Paul Boudet

D’autre part, le commissaire enquêteur souligne que : « La pérennité du terrain en nature de jardin d’agrément, inclus dans un Site Patrimonial Remarquable, devra être assurée. » Cette formulation n’avalise nullement l’exigence d’un accès pour un usage public du jardin protégé, comme le réclame les habitants du quartier. Seule la protection comme jardin d’agrément est à retenir.

Si les élus insistent à diverses reprises sur l’obligation de maintenir en accès public l’usage du jardin, les promoteurs ou leurs représentants se montrent moins affirmatifs. D’ailleurs, au cours d’une réunion tri-partite (ville - SCI Saint-Julien - parents d’élèves des écoles Alain et Michelet) tenue le 13 décembre 2017, « l’avocat Benoît Gruau, qui représentait la SCI Saint-Julien, a clairement exposé que l’internat et l’accueil périscolaire prévus dans le projet posaient des problèmes en matière de responsabilité, vis-à-vis de la sécurité des jeunes usagers qui ne bénéficient pas du contrôle de leurs parents. Aussi les conditions d’accès au public sont-elles en cours de réflexion et ne pourront pas être aussi simples que ce qu’on a voulu donner à croire jusqu’à présent. » rapporte le compte-rendu qui a été rédigé par les parents d’élèves et que leglob-journal a pu se procurer.

Rapport de forces

Ceci est donc le premier épisode d’un véritable rapport de force qui s’établit entre les populations, d’une part, et la mairie et le promoteur, d’autre part. Lorsqu’il s’agira d’aborder l’avenir du jardin proprement dit, de nombreuses questions devront être tranchées, tant lors de l’examen de la demande de permis de construire qu’au cours du contrôle des services des Bâtiments de France eu égard aux bâtiments historiques et au classement du parc en « jardin protégé ».

Il faudra ensuite se pencher sur la nature privée ou publique du jardin vendu par le centre hospitalier de Laval pour légitimer, ou non, son accès au public. Et en cas de qualification publique des lieux, vérifier sa déclassification, préalable obligatoire à toute cession à une structure privée.

Ensuite, l’emprise de la construction, à cheval sur l’ancienne aire de stationnement et le parc, obligera à vérifier si des arbres de plus de 30 ans ne sont pas menacés d’abattage, conformément à la législation.

Tout comme il faudra envisager la hauteur de l’immeuble et la nature de son empiètement sur le parc pour demeurer conforme aux recommandations du document de protection AVAP (Aire de mise en Valeur de l’Architecture et du Patrimoine).

Il est certain que la réhabilitation des bâtiments existants est une bonne chose tant pour leur conservation que pour la densification et la revitalisation du quartier. Néanmoins, il ne faut pas négliger les exigences de verdissement et de protection du cadre de vie de ce quartier au bénéfice de ses habitants, selon les critères définis par la ville elle-même dans son Plan Local d’Urbanisme (PLU) et selon la protection mise en place par l’établissement d’une AVAP.


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Saint-Julien à Laval, le jardin de la discorde - Épisode #1

Publié le: 22 décembre 2017
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