| Retour à la Une
leglob-journal
Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne

À l’heure où le fossé se creuse entre la classe politique et les citoyens, les réseaux sociaux permettent pourtant d’interpeller très facilement les élus. Cette série sera donc consacrée à comprendre comment les élus fonctionnent avec ces nouveaux outils pour communiquer, dialoguer avec les citoyens. Pour ce deuxième épisode, Samia Soultani-Vigneron, présidente Les Républicains en Mayenne, première adjointe à la ville de Laval et vice-présidente du conseil régional des Pays de la Loire, explique comment elle se sert des réseaux sociaux pour créer le débat, nourrir sa réflexion, tout en gardant sa spontanéité.

- Par Julie Vandard

« Mes comptes Twitter et Facebook sont mes profils perso que je n’ai jamais modifié. Je n’avais pas envie d’avoir un compte perso et un autre institutionnel. Le compte c’est moi, même si j’ai réduit tout ce qui est photo de famille, mais je n’ai rien supprimé, je n’avais pas envie. »

Samia Soultani-Vigneron utilise ses comptes plus pour la politique désormais, mais elle tient à garder ses comptes d’origine, qu’elle gère elle-même. « Cela prend énormément de temps mais je ne vais pas sous-traiter mes opinions. Je n’ai pas envie que quelqu’un d’autre s’exprime à ma place. C’est mon vocabulaire, ma façon de parler.  »

Et sa spontanéité. Notamment quand elle partage des articles sur des sujets qui lui tiennent à cœur : « La femme et la liberté de la femme me touchent personnellement. C’est un combat que je menais bien avant d’arriver en France et quand je vois certaines choses qui se passent ici, ça me révolte encore plus car ce sont des combats que j’aurais pu mener dans mon pays d’origine. C’est très personnel, j’aurais les mêmes réactions si je ne faisais pas de politique. »

A tel point que sur ces sujets, « je ne pèse pas mes mots, je ne me dis pas ’Samia, tu fais de la politique, fais attention de ne pas dire ça comme ça, dis-le autrement’. Je ne me prive pas de m’exprimer de manière libre sur ces sujets qui me semblent importants.  »

a conseillère régionale lavalloise utilise évidemment les réseaux sociaux pour son activité politique. Matin et soir elle regarde l’actualité, « surtout sur twitter, c’est ma veille  ». Le reste de la journée, tout dépend de son emploi du temps, « c’est assez aléatoire. »

Outre l’actualité, elle est aussi interpellée par des citoyens. « Je réagis car je trouve que ce n’est pas poli de ne pas répondre. »

« Même quand on m’agresse parfois, je réponds quand même »

Certains sujets reviennent plus souvent que d’autres : « La propreté, la voirie, etc., des sujets qui touchent au quotidien des Lavallois. Mais ce sont les mêmes personnes, c’est un cercle très, très, limité. On reçoit plus de doléances par lettres ou quand les citoyens se déplacent en mairie pour demander à rencontrer le maire ou l’adjoint en charge de la médiation. Ceux qui interpellent par les réseaux sociaux ont l’habitude de s’en servir. Si les réseaux sociaux étaient accessibles à tous, nous serions beaucoup plus sollicités.  »

Dans ses réponses à ces interpellations, Samia Soultani-Vigneron a à cœur d’expliquer, même si « on se retrouve vite avec vingt messages de 140 caractères  » sourie-t-elle. Car c’est l’explication, l’argumentation qui lui plaisent. « Sur le droit des femmes, l’égalité, les discriminations, j’ai des convictions profondes, personne ne va me secouer sur ces sujets-là. Mais quand je partage et que je ne commente pas, c’est qu’il y a des choses qui m’interpellent dans l’article, mais qui correspondent en partie à ce que je pense. C’est une manière de lancer le débat pour alimenter ma réflexion. »

Parfois aussi, elle relaie un article pour voir la réaction des internautes, même si certains arguments ne l’ont pas convaincue. « C’est intéressant de débattre avec des gens qui ne sont pas d’accord avec moi. »

Qu’elle partage ses lectures ou qu’elle lance le débat, elle fait évidemment face à des réactions. Quand quelqu’un l’agresse ou l’interpelle pour la première fois, elle regarde par exemple si le compte de la personne est récent ou non, s’il est actif sur twitter. « Quand ce sont des gens qui arrivent de nulle part, généralement je ne réponds pas.  » Elle ne répond pas non plus au Front National.

Au début, les réactions agressives l’affectaient. « J’ai appris à garder mon sang froid. Je suis très spontanée, la politique m’a appris à relativiser et à prioriser mes réactions. C’est aussi un apprentissage en fonction des personnes que j’ai en face. Il y en a ceux qui argumentent pour alimenter leur réflexion, et d’autres qui sont bornés avec lesquels on arrive à rien.

C’est comme dans la vie. Les réseaux sociaux sont un coup de projecteur de la société telle qu’elle est aujourd’hui. Il y a un effet loupe : les gens ont plus de facilité à insulter, à s’exprimer parce qu’ils ne sont pas exposés.  » Même si elle trouve cet apprentissage « difficile  », cela reste enrichissant. « Certaines fois on me demande comment j’ai osé partager un article. Il faut tout oser, c’est l’avantage des réseaux sociaux ! C’est intéressant d’échanger avec des personnes qu’on ne connaît pas. »

« J’ai beaucoup appris de Guillaume Garot »

Si elle échange beaucoup, Samia Soultani-Vigneron communique aussi par l’image. Mais elle essaie de « faire la part des choses, pour ne pas faire de la politique à deux balles » lâche-t-elle franchement. « Je ne veux pas me mettre sur toutes les photos. Une fois qu’on a vu ma tête une fois, dix fois, les gens savent qui je suis. Si je ne suis pas sur la photo, ce n’est pas bien grave. »

Quand elle pose sur la photo, ce n’est pas « par narcissisme mais parce que j’ai porté le projet et qu’il a été mené à bien, j’en suis fière. » Elle évoque alors la difficulté « d’exister » quand on est élu, d’autant plus quand on fait partie d’une équipe. « Par exemple pour le fitpark au Pavement, j’étais émue quand on l’a inauguré. Le projet a demandé deux ans, et les habitants du quartier se sont bougés. La plupart des gens m’avaient dit que ça ne marcherait pas quand j’ai lancé les ateliers de la cité. La photo a donc beaucoup de sens, c’était une revanche, ce n’est pas qu’une photo sur laquelle je pose. »

Elle pose aussi pour les photos plus officielles, si elle représente la Région. Et pour les autres découpages de rubans, « il y a déjà le maire, et c’est normal, je ne vais pas m’incruster derrière, on n’a pas besoin d’être 10 000.  » Elle cite alors Guillaume Garot, présent « systématiquement  » sur les photos, même pour les projets où « il n’y est pour rien ». Mais « Yannick Favennec fait la même chose  », dit-elle en souriant. Une attitude selon elle liée à la fonction de député.

«  Contrairement à nous, élus locaux, les députés ont peu d’occasion d’être mis en avant. C’est aussi leur façon de montrer qu’ils sont présents sur le terrain.  » Car en politique, se montrer, c’est aussi exister. « C’est un des mauvais côtés des réseaux sociaux mais quand on ne vous voit pas, c’est comme si on ne faisait rien. ça, je l’ai appris de Guillaume Garot, c’est un pro. » Elle s’empresse de préciser que cet apprentissage a été « positif ». Elle a beaucoup observé le député PS quand elle était dans l’opposition municipale. « Je débarquais dans le monde de la politique, j’ai appris sur le tas. Lui, c’est quelqu’un qui va toujours se mettre au bon — elle traine légèrement sur le mot pour insister — endroit, à côté de la bonne personne, pour être sûr d’être sur la photo.  »

« On réfléchit à sa pique, on la prépare et on balance »

Alors, les réseaux sociaux sont-ils devenus indispensables en politique ? « On peut toujours s’en passer car la plupart des gens ne sont pas connectés. Mais cela reste utile car on touche une population qui ne se déplace jamais en mairie par exemple, comme les jeunes.  » Notamment pendant les campagnes électorales. « Ils s’intéressent ponctuellement à l’élection.

Pendant les régionales, certains m’ont demandé ce qu’on proposait pour eux. J’ai échangé avec des gens avec qui je n’avais jamais discuté jusque-là. Les réseaux sociaux sont complémentaires par rapport au reste, il faut savoir s’adapter si on veut toucher une grande frange de la société qui ne fonctionne pas autrement.  »

Samia Soultani-Vigneron regrette cependant le manque de « de spontanéité. En direct à la télé, on a intérêt à être spontané. Avec les réseaux sociaux on réfléchit à sa pique, on la prépare, des fois un conseiller fait changer un mot et on balance  ». Pour elle, les réseaux sociaux devraient être le contraire. « J’essaie de rester dans cette spontanéité, même s’il m’arrive aussi de lancer des piques parce que quelque chose m’agace. L’intérêt c’est de montrer qui on est réellement et ce n’est pas forcément le comportement de tous les politiques. Il y en a énormément qui les utilisent comme un outil de propagande, pour tacler l’adversaire et les phrases sont préparées bien en amont.  »

Ce qui l’amène à s’interroger : « Les politiques ont-ils toujours été comme ça ? On parle souvent du comportement des politiques mais le comportement des journalistes aussi a évolué, et pas en bien. Cela participe à la mise en doute de la parole politique. » Notamment quand le moindre message posté sur twitter se transforme en une information qui peut prendre des proportions énormes.

Cependant, elle fait toujours confiance aux journalistes à qui elle réserve la primeur de certaines informations. L’investiture pour les législatives par exemple. « Le jour où j’en parlerai, je le ferai devant les journalistes. Je dois expliquer un certain nombre de choses et ça ne s’explique pas sur les réseaux sociaux. Ils vont poser des questions, je pourrais répondre. Ensuite je relaierai les articles. »

Elle considère que certaines informations sont réservées à la presse car elles touchent plus de monde. «  Je préfère les présenter de manière plus institutionnelle via la presse locale, c’est à eux de relayer l’information selon ce qu’ils veulent en faire derrière. Je peux annoncer des évènements sur les réseaux sociaux, mais pas des scoops. »

« L’intérêt de ces outils est différent, selon ce qu’on veut en faire.  »

Outre ses comptes Twitter et Facebook, Samia Soultani-Vigneron a également un blog. Depuis les municipales de 2014, elle l’alimente moins par manque de temps. Mais là où les tweets lui permettent une réponse rapide, où son compte Facebook lui permet d’argumenter et de commenter les articles qu’elle partage, le blog lui permet de « détailler un peu plus » son opinion sur des sujets d’actualité.

« L’intérêt de ces outils est différent, selon ce qu’on veut en faire.  » Pour les législatives, elle aura aussi un site internet. Mais uniquement dédié à la campagne électorale. Elle est en train de constituer son équipe. Et là encore, elle ne changera rien sur ses comptes Twitter et Facebook. «  C’est la suite de mon parcours. » S’il y a des nouveautés, ce sera sur le site internet. « Mes comptes Twitter et Facebook, c’est moi. Le site c’est moi, mais en campagne, c’est ponctuel. » Et si la campagne de 2012 était « artisanale  », celle de 2017 sera « authentique ». Et toujours avec la même spontanéité.

NDLR : Voici le cliché que Samia Soultani-Vigneron a choisi de prendre après que Julie Vandard lui ait demandé de réaliser une illustration-photo pour l’article.

« C’est ma conviction » - (Photo Samia Soultani)

« C’est ma conviction. Cette union n’était pas naturelle. Quand je suis arrivée en 2008 je ne connaissais pas François Zocchetto. Il y avait le bloc de droite et celui du centre. On a appris à se connaître, à se faire confiance, c’est ce qui a mené à cette union et qui nous a permis de gagner la ville de Laval, par la suite les cantons et les régionales.

C’est très important, ce n’est pas une union de façade. Avec François et l’équipe, nous sommes complémentaires sur les parcours, les personnalités, les compétences. J’en suis fière, c’est le début de quelque chose qu’on construit ensemble, contrairement à ce qu’on faisait avant. Les relations humaines comptent énormément, au delà de la politique et de l’engagement politique. »

À lire dans la série : Guillaume Garot : avec les réseaux sociaux : « tout est question d’usage »


Réagir

Samia Soultani : « Sur les réseaux sociaux (...) montrer réellement qui on est »

Publié le: 30 août 2016
- Lire aussi d'autres articles de la rubrique: leglob-mayenne
Actuel Technologies Politique LR
Acteur et vecteur de la Pensée critique en Mayenne : leglob-journal
A lire également sur votre Journal en ligne
leglob-journal, votre journal indépendant en ligne - Informations, Analyses, Opinions en Mayenne - Nous contacter : redaction@leglob-journal.fr
© leglob-journal 2017 - Mentions légales - Editorialisé avec SPIP - se connecter - RSS RSS