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Lactalis au sommaire de l’entretien avec Samuel Tual. Lactalis qui serait victime d’un « bashing » insupportable venu de toute part ; Lactalis qui serait au cœur d’une tourmente médiatique - digne de la théorie du complot - et ourdie par des médias qui « ne font pas suffisamment d’investigations » sur les invités qui fréquentent les plateaux télé d’info en continu ; Lactalis et ses dirigeants « responsables  » ; Lactalis et Emmanuel Besnier, le PDG ami. Dans l’entretien qu’a bien voulu nous accorder le président du Médef de la Mayenne et PDG d’Actual, il y a tous ces aspects qui gravitent autour du « scandale alimentaire » comme la Presse a pu le titrer ces dernières semaines. Samuel Tual est sur leglob-journal.

L’entretien

- Leglob-journal : Samuel Tual, comment en êtes-vous venu à faire cette tribune diffusée à toute la presse et qui dénonce ce que vous appelez le Lactalis Bashing ?

Samuel Tual : Vous savez le ministre de l’Économie et des finances a eu une attitude assez incroyable parce que plutôt que d’aider l’entreprise à surmonter la difficulté, Bruno Le Maire a surjoué le principe de précaution ! Et là on est arrivé à 30 millions de boites laits infantiles de retiré dans le monde entier ; 12 millions en France ! Après qu’il y ait eu quelques boites qui soient passées entre les mailles lors de ce retrait massif et sans précédent, ça paraît une évidence, et on ne peut que le regretter...

Mais au final on a 30 millions de boites retirées, une campagne qui dure depuis deux mois et 37 cas de nourrissons victimes de diarrhées aiguës, et là je trouve qu’il y a un décalage énorme. Alors que Lactalis est la première entreprise mayennaise et un fleuron industriel français, dont les dirigeants sont responsables […] et qui contribue à faire de la France la première nation en matière de sécurité alimentaire. [...] Monter les uns contre les autres, c’est dangereux […]

- Leglob-journal : Vous vous en prenez à la presse aussi...

Oui, je reproche à la presse de ne pas faire d’investigation et notamment aux chaînes d’information en continu de faire une surexposition de ce Quentin Guillemain ce qui m’a paru incroyable. Mis en avant, on l’a vu de partout. Certes, il est président d’une association de victimes du lait contaminé à la salmonelle, mais quand on se renseigne un peu sur le personnage on voit que c’est un vrai politique de métier, qu’il est proche de Cambadélis, l’ancien patron du PS et donc on peu se poser la question de la motivation : joue-t-il une carte perso d’exposition ? Est-ce un sujet d’égo, parce qu’il a perdu son poste d’attaché parlementaire aux dernières élections ou bien, est-ce une campagne organisée ? Il n’est pas neutre, son passé, son parcours - il a été à l’Unef - , cela mérite d’être mis en avant...

J’en ai parlé à Jean-Jacques Bourdin, je lui ai dit « tu ne peux pas interviewer ce gars-là sans évoquer son parcours et ce qui le motive ». Sa réponse, en somme ça été de dire que "nous sommes dans immédiateté... Il faut faire vite ! alors..." Et cette immédiateté avec les réseaux sociaux, ça pousse aussi les politiques à aller de plus en plus vite...

- Leglob-journal : Comme la sénatrice Élisabeth Doineau qui a été la première à réagir en Mayenne avec les conséquences qu’on connaît ; ou bien Olivier Richefou le président du Département, objet d’une campagne sur les réseaux sociaux après être intervenu pour défendre lui aussi la multinationale où son fils François Richefou travaillerait...

Oui, et ce qui est désolant dans le cas présent, c’est que le président du conseil départemental puisse prendre une posture politique pour des intérêts privés... Ce n’est pas imaginable un seul instant connaissant le personnage et son engagement pour le territoire […] il n’y a pas de doute.

C’est comme si on imaginait que j’ai pu intervenir dans le dossier Lactalis parce que Emmanuel est un ami. L’un n’empêche pas l’autre, me direz-vous, mais ce n’est pas la raison première. C’est une entreprise qui a été attaquée, donc je la défend, et je suis dans mon rôle […] il n’y a pas forcément conflit d’intérêt [...] Donc et à la suite d’une réunion de conseil d’administration du Medef et d’un bureau, et avec leur accord, c’est tout ça qui mis bout à bout m’a fait dire stop, le Lactalis Bashing, ça suffit !

- Leglob-journal : Vous avez pensé également aussi j’imagine à l’emploi, car c’est votre job premier non ?

Oui, parce que dans cette affaire n’oublions pas qu’il y a 250 familles qui sont privées de travail ; 3000 salariés en Mayenne qui sont affectés. Les services de l’État ont fait le job et on ne peut pas les incriminer ; quant aux producteurs, ils sont tous préoccupés dans une filière laitière qui est en train de se repenser.

- Leglob-journal : Vous l’avez envoyer, votre Tribune, à Emmanuel Besnier ?

Oui, je lui ai adressé, c’est un ami...Et j’ai été très touché parce que j’ai eu beaucoup de retour de collaborateurs de Lactalis - parce que ma Tribune a été diffusée en interne - qui m’ont dit "vous ne pouvez pas savoir le bien que cela nous fait" […] Car en faisant ce genre de campagne médiatique sur Lactalis, on assimile le groupe à des crises sanitaires du passé complètement différentes...

- Leglob-journal : le lait mouillé ?

Oui mais je pense surtout à la viande de cheval utilisée à la place de la viande bovine dans les raviolis en boites ; malhonnête, et en plus avec la volonté de tricher et donc condamnable. Alors que là dans l’affaire Lactalis, il s’agit d’un accident...

- Leglob-journal : Vous l’avez vu Emmanuel Besnier au téléphone depuis que les projecteurs sont braqués sur lui, on dit qu’il est très affecté par ce qui se passe ?

Oui... Écoutez, il est discret, et responsable […] et on ne peut qu’être affecté par cette crise sans précédent. [...] Il se trouve qu’on se voit en dehors des affaires, c’est un ami [...] Il ne se plaint pas ; il assume et il n’est pas du tout dans le registre de la plainte, ce n’est pas son style […] nous avons échanger de façon naturel assez longuement sur le fond de l’histoire, comment cela était perçu en interne, etc. Des échanges très naturels […] c’était début Janvier.

- Leglob-journal : Et vous lui avez dit qu’il fallait qu’il sorte de son silence et apparaisse au grand jour ?

Non, moi vous savez, je n’ai pas de conseils à donner à Emmanuel Besnier. Il est responsable encore une fois […] il est assez grand.

- Leglob-journal : Comment voyez vous la suite de cette affaire qui fragilise grandement l’image de Lactalis, en France et à l’international ?

Je pense que Lactalis va tirer profit de cet évènement pour évoluer positivement...

- Leglob-journal : Pour devenir mature ?

Oui, évoluer sur un certain nombre de domaines : par exemple sur son rôle dans la société, sur son rapport aux producteurs, sur sa façon de communiquer etc. assurément. Bien sûr, je ne peux pas dire que c’est une bonne nouvelle parce que chaque échec est forcément douloureux, mais cela doit servir à Lactalis pour préparer la suite, et continuer de grandir. Et puis vous savez une enquête est en cours.

- Leglob-journal : Quand vous l’avez vu en janvier Emmnuel Besnier était-il inquiet ou le montrait-il ?

Non, vous savez les ennuis et les problèmes de toutes sortes quand on est un chef d’entreprise, c’est quotidien et à fortiori quand on est le PDG de Lactalis. Je pense pouvoir dire que c’est un garçon qui a le cuir solide. Et il n’y a aucun problème là-dessus, et c’est tant mieux pour Lactalis.

Propos recueillis par Thomas H.

Photos (c) leglob-journal

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3 commentaires
  • Merci ,Mr TUAL pour l’article du bashing Lactalis ;étant salarié de l’entreprise lavalloise et travaillant au laboratoire depuis 1979,celà nous réconforte dans vos propos cordialement Mr RICHARD

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  • Samuel Tual aurait du faire partie de l’équipe Trump ! le drapeau américain en fond de photo. 35 cas de diarrhée. c’est comme le réchauffement climatique, c’est pas grave ! on peut mourir d’une attaque de salmonelles, mais c’est pas grave, on vous dit. le lactalis bashing = les fake news des journaux US. la prise de position du pdt du département avec intérêt privé : "ce n’est imaginable ! " comme les interventions de Poutine dans les élections américaines. je vous laisse chercher les autres similitudes

    Répondre

  • Les médias dominants appartiennent à de grands groupes économiques. Ils dépendent donc d’intérêts industriels ou financiers. Ils ne produisent plus d’information mais du tapage médiatique et la majorité des citoyens ne leur fait plus confiance.

    Et pourquoi l’Agence France Presse a-t-elle été informée la veille de la perquisition chez Lactalis, comme si l’efficacité de l’enquête dépendait de la présence des caméras ?

    Voir : Médias français, qui possède quoi ? : http://www.acrimed.org/Medias-franc...

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Samuel Tual : « Lactalis va tirer profit de cette crise pour évoluer »

Publié le: 19 janvier 2018
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