Services au public : les maires mayennais unis contre les propositions de La Poste

tribunelibrenew-19.jpgComment concilier gestion d’un groupe comme La Poste et maintien de l’accueil au public en milieu rural ? À cette question les dirigeants de La Poste semblent avoir fait comme réponse le choix stratégique de réduire l’activité au détriment du service au public. Cette fois, ce sont des communes de plus de 1500 habitants qui sont touchées. Aussi les 12 maires concernés en Mayenne rappellent aux décideurs de La Poste que la concertation est pour le moins un outil de gestion. Leglob-journal publie cette tribune signée par le Président de l’AMF 53


Par Alain Dilis*


Les annonces de diminution des horaires d’ouverture des Bureaux de Poste pleuvent en Mayenne, avec la particularité pour cette année, de viser des communes plus importantes, entre 1800 et 4000 habitants. Comme Louverné, L’Huisserie, Andouillé, Ambrières-les-Vallées, Pré-en-Pail-Saint-Samson, Montsûrs-Saint-Cénéré, Lassay-les-Châteaux, Port-Brillet, Saint-Pierre-la-Cour et Renazé. La fermeture de ces bureaux se situant dans des zones d’habitations denses serait un recul majeur de la présence du service public postal contraire au projet de territoire, garant des équilibres et des solidarités.

La Poste justifie ses décisions par une baisse des fréquentations des Bureaux de Poste et par un besoin de rentabilité dans un environnement concurrentiel marqué par une dématérialisation accrue du courrier. Avec un modèle économique ravagé par l’e-mail, La Poste cherche sa voie. En dix ans, elle a supprimé des dizaines de milliers de postes au fil des départs à la retraite non remplacés, créé une filiale bancaire en pleine croissance, et abandonné son statut d’entreprise publique. La mue semble pourtant loin d’être terminée, eu égard aux décisions évoquées ici.
La Mayenne a pourtant déjà fait des efforts en atteignant un taux de transformation de 71% contre une moyenne nationale de 50% !

Face à ces menaces, en tant que Président de l’Association des Maires de la Mayenne, je considère qu’il devient urgent de stopper l’hémorragie qui met en péril nos territoires ruraux. C’est sous mon couvert que se sont réunis les douze maires, Présidents d’intercommunalités et les parlementaires à la Maison des Collectivités à Changé, le 16 puis le 20 février 2018. Des réunions qui ont été décidées en réaction à des annonces faites sans réelle concertation.

À l’occasion de la deuxième réunion, celle du 20 février qui a été comme ont dit familièrement « musclée » et à laquelle s’étaient joints les responsables régionaux du groupe La Poste, les élus ont pu exprimer leur opposition : il a été possible d’entendre une certaine désapprobation sur la manière dont à été conduite la stratégie du groupe La Poste.

amf53lapostecitation-2.jpgCe qui n’a pas plu, c’est la méthode appliquée jusque-là. Dans des communes de cette taille, supérieure à 1800 habitants et de cette importance, il n’est pas possible que de telles décisions soient prises sans concertation : « inacceptables », « irrespectueuses », … tels sont qualificatifs repris par les maires pour décrire leurs relations avec La Poste. Pour exemple, une commune a été invitée à passer de 30 heures de présence postale à 20 heures, sans aucune concertation… Les horaires d’ouverture des bureaux de poste seront ainsi réduits, et l’heure limite de dépôt du courrier avancée. Une fermeture à 16 heures n’est donc en aucun cas adaptée aux besoins d’une commune de 3000 habitants. C’est ignorer l’activité économique et les besoins des usagers.

Lors des échanges, un maire a demandé à ce que La Poste suive les logiques de territoire et cessent de faire de l’intimidation aux maires. « Malheureusement, les élus n’arriveront à se faire entendre que dans le cadre d’un rapport de force», a rétorqué un autre élu.

La réunion a toutefois porté ses fruits. Le dialogue – même un peu vigoureux – est toujours mieux que l’absence d’échange. Le groupe La Poste s’est engagé à aller revoir rapidement chacun des douze maires, afin de leur faire des propositions adaptées à leurs territoires et aux besoins des populations. Il faut savoir que La Poste ne peut transformer un Bureau de Poste en Agence postale communale ou en un Point relais Poste sans l’accord préalable des maires, conformément au Contrat national de présence postale signé en 2017 entre l’État, La Poste et l’Association des maires de France (AMF) qui conventionne la mise en place de mesures prises par le groupe La poste avec l’accord des élus concernés.

Je partage beaucoup des critiques de ceux qui considèrent que La Poste ne fait pas toujours son devoir, sur le terrain, pour préserver le service public. En même temps, si nous n’avions plus d’accord, nous n’aurions plus de fonds de péréquation, et plus d’obligation pour La Poste de consulter les maires. Je rappelle que l’actuel contrat s’arrêtait au 31 décembre ! L’Association des Maires de France a donc voulu aller au bout du processus de négociations, même si, nous aurions voulu obtenir davantage.

Exiger concertation et dialogue est donc légitime. Les élus exigent de la proximité ; ils exigent du service public local. Dire oui à La Poste, c’est contribuer à un recul considérable en matière d’aménagement du territoire. Or, notre rôle de maires, c’est au contraire de nous battre pour la proximité et la défense du service public local.

Satisfait de cette rencontre, le Président de l’AMF53 que je suis, reste néanmoins vigilant en ce que les responsables régionaux de La Poste qui se sont engagés à retourner voir chacun des 12 maires d’ici la prochaine Commission départementale de présence postale et à revoir leurs propositions à la hausse, tiennent leurs promesses. Par ailleurs, La Poste a semble-t-il également entendu la colère des maires quant à la méthode d’intimidation jusque-là employée.

*Alain Dilis est président de l’AMF53, l’Association des maires, adjoints et présidents de communautés, en Mayenne.

2 thoughts on “Services au public : les maires mayennais unis contre les propositions de La Poste”

  1. Services au public : les maires mayennais unis contre les propositions de La Poste
    N’en déplaise à l’auteur anonyme de ce commentaire, les maires ruraux n’ont pas besoin de se référer à des directives européennes pour constater et déplorer dans leurs communes l’abandon par la Poste de sa mission de service public.
    Il y a suffisamment de dérives libérales dans la politique économique de la France (qui résistent sous tous les régimes) pour expliquer cette évolution inspirée d’abord par le dogme d’une économie de marché,qui ne prend pas ses ordres à Bruxelles et dont les usagers font les frais.
    L’exigence de rentabilité, appuyée sur l’évolution technologique et culturelle des modes de courrier, suffit à justifier la suppression des bureaux de poste dans les petites communes, au mépris de la fonction de lien social qu’ils peuvent continuer à représenter dans des territoires défavorisés
    Par conséquent, pour la Poste comme pour la SNCF, il ne sert à rien (et l’auteur du commentaire « doit le savoir », lui aussi) de faire, comme toujours, de l’Europe le bouc-émissaire de nos propres dysfonctionnements.
    Ce qui n’exonère en rien l’UE de sa responsabilité dans la mise en place d’un socle commun minimal, garantissant l’exercice des diverses missions de service public.
    Son incapacité dans ce domaine est d’abord le reflet des désaccords entre les pays membres.
    Michel FERRON, Président de la Maison de l’Europe en Mayenne

  2. Services au public : les maires mayennais unis contre les propositions de La Poste
    Les Maires ruraux doivent savoir que la directive européenne du 15 décembre 1997 impose une ouverture du secteur postal à la concurrence, dont l’ouverture totale du marché pour 2009. Cette directive européenne a imposée en droit français la transformation du statut de La Poste d’Etablissement Public en Société Anonyme depuis le 1er mars 2010, ce qui a eu pour conséquence l’abandon de l’obligation du service universel au profit de la rentabilité.

    Du fait de la disparition du monopole du service postal, les nouveaux entrants sur le marché se sont emparés des activités les plus rentables tout en négligeant le service universel, ce qui a fait perdre aux opérateurs historiques comme La Poste les ressources nécessaires pour garantir ce dernier.

    A chaque fois que des services publics sont privatisés, comme la SNCF aujourd’hui, c’est l’abandon de l’obligation de service universel au profit de la rentabilité. Les zones rurales sont donc désavantagées. Les élus ruraux doivent le savoir.

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