| Retour à la Une
leglob-journal
Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne

L'école Yves Duteil, de Saint-Georges-Le-Fléchard où a été signée la Convention - (c) leglob-journal

Retoquée une première fois, après le refus de l’Association des Maires de la Mayenne de la signer, la Convention départementale « pour une stratégie territoriale d’évolution de l’offre scolaire publique en Mayenne au bénéfice de la réussite des élèves » a finalement été adoptée. Le Recteur d’Académie William Marois présent en Mayenne s’est réjouit : « C’est la première convention signée en Pays-de-la-Loire. » La Mayenne est donc en avance. Pour Olivier Richefou, le président du Département, au delà de ça, « on doit aller vers des cités scolaires comme cela se fait à Gorron. » Regrouper l’offre École-Collège dans un lieu unique comme dans le milieu médical. La signature officielle a eu lieu à Saint-Georges-le-Fléchard. Le choix de cette commune rurale administrée par la maire Arlette Leteulier n’est pas anodin.

Entretien

- Leglob-journal : Vous aviez été manifester en 2009 contre les fermetures décidées sans trop de concertation par l’administration. Une première là aussi, des maires défilant dans la rue, pour la défense de l’École en milieu rural. Cette convention qui définie les objectifs de chacun, est-ce pour vous un gage de sérénité ?

Arlette Leteulier : J’ai toujours peur, vous savez ! Cette convention...cela me fait toujours peur on ne sait pas comment ça va évoluer. Moi, mon cheval de bataille - c’est pour cela que je siège au Conseil Départemental de l’Éducation Nationale (CDEN) - c’est bien sûr de me battre pour ne pas qu’il y ait de fermeture. Et je comprend les maires qui subissent des fermetures draconiennes. Alors, si cela peut améliorer... Moi à Saint-Georges-le-Fléchard, mon école fonctionne très très bien ; il y a trois classes depuis 2009 ; mais bien sûr, j’ai quand même des craintes, pour l’avenir... Vous savez les enfants grandissent, on fait un lotissement, mais il y a aussi la baisse de natalité en Mayenne... Ce n’est pas forcément le cas dans notre commune...pour le moment.

C’est vrai que nous sommes pas beaucoup de commune en Mayenne comme la mienne à avoir trois classes et ne pas être en RPI (Regroupement Pédagogique Intercommunal)... mais je tends le dos quand même !

- Que faites-vous pour maintenir cette qualité de vie dans votre village, avec trois classes sans RPI ?

Ce qu’on fait ? Déjà, c’est qu’on rénove nos classes. Pour moi ça me parait important. On avait des classes qui dataient. Il faut qu’une école reste attractive. On a en plus des enseignants qui sont là, à Saint-Georges, on va dire de façon pérenne dans la commune, puisque la directrice est là depuis quinze ans, et notre instit’ depuis dix ans...Pour nous les élus de Saint-Georges-Le-Fléchard, notre priorité, c’est l’École !

- Vous avez craint un moment des mesures de restrictions pour votre école ?

Bien sûr...On s’est bagarré pour avoir une troisième classe. [Passé à deux classes, le risque de fermeture d’école est plus grand, NDLR]. En 2009, moi je suis descendue à la Préfecture à Laval avec mon écharpe tricolore en bandoulière pour aller dans la rue avec d’autres maires. Je me souviens, je venais juste d’être élue Maire, et on a réussi à avoir cette troisième classe que nous réclamions : ils sont venus compter les élèves le matin de la rentrée... et cette classe obtenue, croyez-moi, c’était un vraie bonheur !

On s’est dit ensuite combien de temps on va tenir ? Combien de temps, on va réussir à la garder cette troisième classe ?...Et ça fait bientôt 10 ans que ça dure...On a la chance aussi d’avoir une commune jeune !

Vous savez, quand il y a quatre enfants qui partent en sixième et quittent l’école, on va dire que ça va encore, mais tout d’un coup, comme c’est arrivé déjà, quand vous en avez une dizaine, je peux vous dire que vous êtes mal... Déménagement, familles recomposées, faut compter avec tout ça...

On va avoir deux logements locatifs dans le lotissement sur les huit parcelles qui sont programmées : c’est important, parce que cela fait un turn-over dans la commune pour permettre l’arrivée de famille, mais voilà, l’école c’est une éternelle angoisse pour nous...

- Pourquoi est-ce « une éternelle angoisse » comme vous dites ? Il n’y a tout de même pas que l’école dans le village ?

Je l’ai dit dans mon intervention tout à l’heure, et je me rappelle l’avoir dit aussi à Solange Deloustal, la Dasen qui est partie : je lui avais dit comme ça dans son bureau : " Mais Madame, moi demain si je n’ai plus d’école, mais mon village, il est mort !"... Je le pensais et je continue à le penser...Demain, c’est simple, il y a plus les enfants, il est plus rien mon village ! Il n’est pas classé Petite cité de caractère par exemple, il n’y a pas de plan d’eau, rien de tout ça, bon, voilà... Elle avait compris mon message... C’est vrai qu’elle n’avait pas aimé voir des maires dans la rue avec des écharpes tricolores... je la comprend, cela ne fait plaisir ; mais elle avait aussi des directives et elle n’était pas toute seule.

- Et là, ça a changé avec cette administration ?

Oui, je trouve Denis Waleckx, dans le dialogue. Le nouveau Dasen, le Directeur des Services de l’Éducation nationale en Mayenne, il écoute ! Il a réellement une qualité d’écoute que je lui reconnais et on a vraiment un bon Directeur Académique des Services de l’Éducation Nationale en Mayenne.

De gauche à droite, Denis Waleckx, Frédéric Veaux, le Préfet de la Mayenne, le Recteur d’Académie William Marois, et Olivier Richefou, le président du Département - © - leglob-journal

- Et si jamais cette Convention n’est pas à la hauteur de ce que vous avez imaginé, et que vos craintes se concrétisent, que faites-vous ?

Peut-être qu’on redescendra dans la rue, je ne sais pas ! (sourires) On essayera de se bagarrer à nouveau...Après quand vous n’avez pas les enfants, on n’a pas les enfants, et on ne peux pas les inventer. Bon, c’est vrai qu’on arrive à faire des classes à douze élèves, mais ce que je n’aime pas, c’est ce nombre drastique qui tombe à un ou deux élèves près et qu’on vous supprime une classe et qu’on ne tienne pas compte de ce que vous dites, par exemple que l’année prochaine il va y avoir plus d’enfants qui vont venir. Ça c’est dur !...

Prenez par exemple Vaiges, à coté... Vaiges a perdu une classe l’année dernière, c’est malheureux bien sûr, mais ça ne met pas quand même l’école de Vaisges en péril parce qu’elle est suffisamment importante. Par contre, dans les petits villages qui ont des écoles à deux ou trois classes, la fermeture d’une classe dans une toute petite structure avec peu d’élève, et bien ça, vous voyez, ça, cela peut mettre en péril en fait la pérennité de l’école.

Lire aussi : les articles de la rubrique Éducation ici

Entretien par Thomas H.


Réagir

Signature de la Convention pour l’École rurale : la Mayenne, bonne élève

Publié le: 25 juin 2018
- Lire aussi d'autres articles de la rubrique: leglob-mayenne
École Éducation Ruralité 53
Acteur et vecteur de la Pensée critique en Mayenne : leglob-journal
Vous aimerez lire aussi sur leglob-journal
leglob-journal, votre journal indépendant en ligne - Informations, Analyses, Opinions en Mayenne - Nous contacter : redaction@leglob-journal.fr
© leglob-journal 2018 - Mentions légales - Editorialisé avec SPIP - se connecter - RSS RSS