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Deux Médailles de Justes parmi les Nations vont être décernées ce dimanche 13 mars au Buret, à titre posthume à deux anciens habitants du village, par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem. Ils s’appellent Marie-Louise Cordier et Auguste Cribier. Dans la salle de la marie du Buret*, ils seront représentés par leurs petits-fils. Un employé de l’Ambassade d’Israël en France remettra ces médailles, solennellement et en présence du maire du Buret, des familles, du délégué régional du Comité Yed Vashem. Elles distinguent « les personnes qui ont sauvé au péril de leur vie, des juifs sous l’occupation ». Dans cette petite commune, et plus généralement en Mayenne des hommes et des femmes ont joué un rôle dans cette belle histoire. Par leur dévouement et leur courage, tous auront permis en pleine guerre de sauver trois enfants et leur mère Cyna, voués à la déportation.

- Par Thomas H.

C'est là où se trouvait la bâtisse où la petite famille Jakubowicz a trouvé refuge

Ces quatre êtres humains sont pour l’heure hagard. Lorsqu’ils posent le pied sur le quai de gare à Laval, un jour de 1942, en provenance de Paris, ces juifs polonais - Cyna Jakubowicz et ses 3 mômes, Marcel, Romain et Rosette, âgée de 6 mois - sont effrayés. Ils sont sans papiers. Par la force des choses, la mère les aura fait disparaître en les avalant. Marcel aura été témoin de cet acte qui va tous les sauver. Cyna sera interrogée par des policiers zélés. Nous sommes à Laval sous le Régime de Vichy qui a décidé de collaborer avec les nazis. Au départ du long voyage Cyna avec sa petite famille avait décidé de rejoindre Brest pour fuir. Mais son périple va s’arrêter en Mayenne et finalement, c’est tant mieux.

Premier rôle crucial joué et sans qui peut-être rien n’aurait été possible, celui d’Édouard Bonnefoy. A l’époque, il est Préfet de la Mayenne depuis Novembre 1941 quand les Jakubowicz arrivent à Laval. C’est un résistant. Il a beau être fonctionnaire au service de l’État, il n’en ferme pas les yeux pour autant, et il agit. À Paris avant d’arriver en Mayenne, où il est nommé, ce directeur de cabinet du préfet de la Seine s’oppose à certains directives à ses risques et périls. Ce fonctionnaire est donc beaucoup moins « collaborant » que les autres, à l’exception de quelques très proches qui dans son travail et en qui il a confiance, ne supportent pas comme lui l’occupation nazie et s’inscrivent dans l’action de resister.

Deuxième protagoniste, un ancien brigadier de gendarmerie. lui habite Le Buret. C’est un dénommé Auguste Cribier, que le préfet Bonnefoy connait bien. Au téléphone le représentant de l’État est ferme avec l’ancien gendarme : « Auguste, tu m’entends, tu vas prendre ta carriole et tu vas venir tout de suite à Laval pour emmener avec toi cette famille et tu te démerdes pour la cacher ! C’est compris !  ».

Auguste Cribier a bien saisi le message. De retour au Buret il prendra attache avec Amélie Bruneau, une mayennaise d’origine bretonne qui n’a pas froid aux yeux et dont le fils raconte aujourd’hui à leglob-journal cette belle histoire. « J’étais tout jeune à l’époque mais en fait je comprenais tout ; à la maison je voyais bien ce qui se passait, Cyna je l’entendais parler ; la maman de Marcel qui a fini par devenir un bon copain, elle racontait tout ça à ma mère  ».

L'église du petit village du Buret où les 2 garçons juifs sont devenus enfants de coeur servant la messe

Alors la famille Zacubowicz s’installe à « La Laurière », une bâtisse en ruine, enfouie dans les broussailles et les ronces qui appartenait à Francis Morille. Il avait été élevé en pension par la Mère Bruneau en 1933. Amélie appelle donc le propriétaire de « La Laurière » qui ne peut pas lui refuser ce “service” : « Si je te donne un secret, est-ce que tu es capable de le tenir ?  ». Francis Morille dira sans doute que oui à Amélie Bruneau car il acceptera de loger les Zacubowicz. Cyna la mère et ses trois enfants parlent à peine le français.

Si les nazis évitent le petit village du Buret, raconte Roger Bruneau en empruntant souvent la départementale plus loin, il fallait tout de même sécuriser la famille Jacubowicz. Question de vie ou de mort. « Un jour le Père Cribier vient trouver ma mère et lui dit : “Ca ne peut pas durer comme ça, c’est dangereux ! Il faut que les deux garçons deviennent enfants de cœur...” ». La solution pour préserver les deux mômes sera retenue.

Des Justes parmi la Mayenne

Auguste Cribier qui est un républicain fondamental, un Radical socialiste doublé d’un athée ( il deviendra maire du Buret après la guerre) va donc devoir aller voir l’Abbé Henri Tourneux. C’est ce qu’il fait. Le curé du village, est aussi un républicain, explique Roger Bruneau mais qui en plus « n’aimait pas bien les juifs ». Que se sont-ils dit ? Comment le prêtre a-t-il été convaincu ? En tout cas entre le Peppone et le Don Camillo du Buret, le courant, s’il a toujours été explosif, finit tout de même par passer.

Les deux garçons juifs polonais deviendront - la belle couverture - enfants de cœur en fréquentant l’église. La vie peut donc, tant bien que mal, continuer à couler sous l’occupation au Buret et Cyna Jakubowicz reprendre son métier de couturière dans le petit village mayennais. Les enfants, dont les deux garçons “blanchis par le catholicisme” resteront en pension jusqu’en 1948 chez Marie-Louise Cordier qui sera décorée de la Médaille des Justes parmi les Nations, ce dimanche à titre posthume. Tout comme Auguste Cribier.

Ainsi les « petits juifs polonais et catholiques » n’eurent pas de problème avec les allemands comme le dit Roger Bruneau, ce Mayennais qui est resté en relation très étroite avec Marcel Jacubowicz. Ce dernier deviendra, avant de mourir, Directeur commercial dans un grand groupe français de fabrication de poids-lourds. Quand aux deux autres enfants Romain et Rosette, ils seront bien sûr présents au Buret pour la cérémonie solennelle. Un retour au village, théâtre de leur enfance préservée.

*Dernière minute : La cérémonie aura eu lieu finalement dans l’église du Buret, la salle des fêtes de la mairie ayant été jugée trop petite pour accueillir tous les participants à la remise de médailles.


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Publié le: 12 mars 2016
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