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Dernièrement nous exhortions le Stade Lavallois à retrouver son âme afin de se construire un avenir radieux. Mais jamais, nous n’aurions pu imaginer que dès la deuxième journée de championnat cet espoir allait à ce point voler en éclat, au travers de la voix rugueuse de son entraîneur François Ciccolini. Nous ne reviendrons pas ici sur ses déclarations, proprement inacceptables, dans les couloirs du stade de Boulogne-sur-Mer, que nombre de médias locaux et nationaux ont relayé abondamment mais plutôt sur la gestion par le club de cette affaire. Une véritable tragi-comédie qui a transformé en moins d’une semaine, une faute personnelle, en un véritable naufrage collectif qui altérera durablement l’image du Stade Lavallois.

Par E. J. Folliard

Une gestion calamiteuse qui n’est pas sans rappeler dans sa forme l’affaire Lactalis ; affaire bien plus sérieuse qui aurait pu entraîner le décès de nourrissons.

Il est troublant de constater les mêmes erreurs de communication ou plutôt de non-communication qui touchent paradoxalement les mêmes acteurs du monde mayennais, imperméables semble-t-il à tout début de remise en question. C’est le 14 août, soit quatre jours après les faits, que la stratégie suicidaire de communication des dirigeants de la SASP (Société Anonyme Sportive Professionnelle) Stade Lavallois a réellement pris son envol.

Ce matin-là, Ouest-France rendait publique le dépôt de plainte pour « menace de violence  » de la part d’un journaliste de France Bleu Mayenne à l’encontre de l’entraîneur de l’équipe phare de notre département. Pour les dirigeants du Stade Lavallois, il était encore tant d’éteindre ce qui s’annonçait déjà comme le début d’une affaire médiatique pouvant entacher l’image du club et plus largement les partenaires de celui-ci.

Une communication de crise qui semblait largement, aux premiers abords, à la portée des décideurs du club habitués à gérer de grandes entreprises, abreuvés de séminaires de communication, et qui avaient certainement dans le coin de leur de la tête l’épisode de la gestion médiatique et catastrophique, par leur mentor Emmanuel Besnier, d’une crise autrement plus importante en début d’année. Selon les règles de bases, il fallait donc communiquer vite et bien.

Le logo du Stade Lavallois Mayenne Football Club créé il y a 116 ans - © leglob-journal

Il suffisait, par exemple, de condamner fermement cet incident grave et de le qualifier d’acte individuel d’un homme, ce soir-là, désespéré par la prestation de son équipe ; de s’excuser auprès du journaliste et de France Bleu Mayenne dont le rédacteur en chef est un « ami de 35 ans » du club ; d’insister sur l’une des valeurs fondatrices du Stade Lavallois, « club familial » habitué au respect ; de parler du passé de formateur de François Ciccolini et de lui rappeler en passant, fermement, ses obligations contractuelles. Et certainement d’annoncer une sanction, même symbolique, en prenant préalablement conseil auprès des nombreux DRH des entreprises composant le pôle d’actionnaires du club, dont l’une est justement « créateur de solutions pour l’Emploi et les Compétences ». Que le monde est bien fait !

Rien de bien compliqué, me direz-vous …et bien non. Ce fut le vide, les dirigeants du club ont semblé s’arc-bouter sur l’adage mayennais devenu célèbre dans la bouche de Jean Arthuis lors de l’affaire Lactalis, «  le bruit ne fait pas de bien et le bien pas de bruit » ; oubliant encore une fois qu’à l’heure d’internet, la communication n’est plus limitée aux seules frontières de la Mayenne...

Dès le début de l’après-midi, beaucoup de rédactions sportives nationales avaient repris l’affaire, en signifiant au passage que «  le club se refuse à tous commentaires » et les condamnations se multipliaient via les réseaux sociaux. L’Union des Journalistes de Sport en France (UJSF), en soutien à leur collègue agressé réagissait vivement par le biais d’un communiqué et appelait les instances du football français à se saisir rapidement de l’affaire. Aux environs de 16 H 00, conscients de la nécessité peut-être de communiquer sur le dérapage de leur entraîneur, les dirigeants lavallois semblaient trouver enfin ce qui pouvait apparaître comme une lueur de lucidité en publiant un communiqué.

C’est ce communiqué qualifié par certains de « lunaire » qui fit définitivement basculer cette affaire d’un acte personnel à un véritable naufrage collectif emportant dans la tourmente le club, les partenaires de celui-ci et plus largement l’image de la ville et du département. Dans un texte, dont on imagine aisément au regard de son importance, que chaque mot a du être pesé, analysé par les actionnaires du club et leurs conseillers, et qui rappelle étrangement, là aussi, les premiers errements de l’affaire Lactalis, les dirigeants du Stade Lavallois vont justifier le comportement de leur entraîneur. En quelques phrases, le club accuse le journaliste : primo de ne pas avoir respecté le « cadre protocolaire  » imposé par la Fédération Française de Football (FFF) et secundo d’avoir posé une question « (...) ressentie comme une agression directe et une défiance au professionnalisme de l’ensemble du staff, des joueurs présents au match mais également envers les joueurs non retenus et restés à Laval. (...) ». On ose tout !

Une des tribunes du stade Francis Le Basser à Laval - © leglob-journal

Le communiqué est conclu par cette phrase, qu’il serait vain de tenter de comprendre et que même un club de district n’aurait pas osée commettre : «  Le coach a donc très mal accueilli les questions posées, il est le garant des valeurs du groupe. Il l’a fait savoir laconiquement. » Nous vous laissons le soin de chercher dans le dictionnaire la définition de « laconiquement » qui semble peu appropriée à ce que fut la "conversation" de ce vendredi soir.

Bien évidement ce type de communication pyromane ne pouvait en aucune façon calmer les esprits... Et comme, inévitablement, les mêmes causes produisent les mêmes effets, la polémique s’en trouva mathématiquement amplifiée. Dès lors cette affaire, au départ strictement mayenno-mayennaise, quitta définitivement la sphère départementale, comme ce fut le cas de l’affaire Lactalis en son temps, victime elle aussi d’errements inexplicables. Elle devenait donc nationale. En réponse, l’UJSF enjoignait alors le conseil national de l’éthique à prendre position, en indiquant que « (...) cette réponse qui banalise des actes graves et rejette la faute sur notre confrère est indigne ». Ce qu’il fit à 19 H 50, en saisissant officiellement la commission de discipline de la FFF .

Mais malheureusement, l’histoire ne fut pas totalement terminée malgré la trêve de l’Assomption. Piqué au vif par le communiqué «  lunaire  » du club, France Bleu Mayenne mettait en ligne l’enregistrement de ce dialogue qualifié par le club de « laconique ». Face à la réalité crue des faits, l’affaire dépassait alors la sphère sportive pour être reprise par différents médias généralistes (Le Monde, Le Figaro, RTL, etc.), offrant inévitablement au Stade Lavallois une campagne de publicité, à moindre frais, dont il se serait bien passé.

Il s’agissait bien, là, soyons en conscient, de la crise morale la plus grave que le club lavallois ait connu au court de sa très longue histoire. Alors que les supporters du club ne savaient plus à quel saint se vouer face à une situation devenue incontrôlable, un miracle va avoir lieu. Le club va enfin publier un communiqué certes laconique (le terme pour une fois correspond à la triste réalité) mais qui pour la première fois contient le mot tant attendu depuis des jours sur la place lavalloise, le mot « excuses ».

Le tableau au stade Francis Le Basser des sponsors du Club devant lequel dirigeants et entraineur se doivent de prendre la parole - © leglob-journal

Attention, il convient de savourer ce grand moment de communication institutionnelle : «  Avant l’entretien prévu vendredi, François Ciccolini présente ses excuses au journaliste de France Bleu Mayenne, Martin Cotta. Ses paroles ont dépassé sa pensée. ». On regrettera, l’aspect impersonnel, l’absence de signature, l’absence d’excuses du club, de compassion envers les supporters, et la dernière phrase maladroite : « ses paroles ont dépassé sa pensée », pour ne retenir que la substantifique moelle de ce court texte.

Lire aussi : Le Stade Lavallois "se renouvelle" avec le retour de Philippe Jan - par D. Cosnut

Il est quasi certain, que les dirigeants dans une naïveté désarmante (il convient ici de faire preuve d’une extrême mansuétude) ont cru qu’avec ces deux malheureuses phrases, ils clôturaient magnifiquement cette triste affaire, puisque même Thierry Ruffat rédacteur en chef de la radio mayennaise avait déclaré : « Quand Ciccolini aura présenté ses excuses, l’incident sera pour moi officiellement clos. On n’est pas là pour envenimer les choses  ». Mais tous avaient oublié, en ce jour férié que l’affaire leur avait définitivement échappé.

Le coup de grâce fut donné le lendemain par une instance parisienne. Pas par un ministère ou une commission d’enquête parlementaire, car il ne s’agit rappelons-le que de sport, mais par la fédération et sa commission de discipline qui décide « de suspendre immédiatement à titre conservatoire M. François Ciccolini de toutes fonctions officielles. » et de mettre l’affaire à l’instruction.

Cette décision devenue inévitable, que les dirigeants du Stade Lavallois n’avaient pas su prendre pour calmer le jeu s’imposait dorénavant à eux, comme en son temps le retrait total des boites de lait infantile fut imposé par les pouvoirs publics au géant laitier. Ne pas prendre par soi-même les décisions qui s’imposent, même douloureuses, en temps et en heure, vous expose inévitablement à ce que quelqu’un les prenne un jour à votre place. Le Stade lavallois se voyait donc privé d’entraîneur dès la deuxième journée d’un championnat qui s’annonce décisif pour son avenir.

Face à cet ultime rebondissement, il fallait une fin à la hauteur de ce vaudeville ridicule. Et comme souvent en Mayenne, ces histoires de famille se réglant entre soi ou dans l’étude feutrée d’un notaire, une séance à huis clos fut organisée au siège du club entre les protagonistes de cette affaire, se concluant encore une fois par un court texte de trois petites phrases : « L’entretien programmé ce matin s’est déroulé dans le bureau du président. Le Club et M. François Ciccolini ont présenté leurs excuses à M. Martin Cotta et à France Bleu qui les ont acceptées. Le Stade Lavallois et France Bleu Mayenne vont continuer leur bonne collaboration dans l’apaisement, le respect et le professionnalisme qui les lient. ». Fermez le ban !

Ce communiqué était accompagné d’une magnifique photo de famille digne d’un mariage, où l’on peut sentir la gêne des différents acteurs, certainement comparables à celle que nous avons éprouvée collectivement face à cette ultime mascarade. La famille réconciliée, l’honneur sportif sauvé, le chef-lieu de la Mayenne peut dès lors retomber dans sa torpeur estivale et nos politiques locaux qui avaient pour la plupart, pendant quelques jours, détournés pudiquement leurs regards de ce funeste spectacle, reprendre leurs commentaires sur le futile et l’accessoire via Twitter, leur réseau social préféré.

Il est vrai qu’ils sont bien placés pour savoir que les scandales s’estompent dès lors que les victoires s’enchaînent. Et pourtant, il sera impératif au-delà du cas de l’entraîneur, de comprendre comment le Stade Lavallois a pu en quelques jours trahir à ce point son ADN, construit patiemment depuis plus de 100 ans, en reniant ses valeurs éducatives. Comme l’a si bien écrit France Football « En faisant ainsi l’autruche, le Stade lavallois a perdu plus qu’un match, un peu de sa crédibilité » et certainement ce qui lui restait d’âme.

Lire aussi : Football : le Stade Lavallois va-t-il retrouver une âme ?


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Stade Lavallois : « de la faute personnelle au naufrage collectif »

Publié le: 25 août 2018
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