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Trois ans de prison dont vingt-deux mois avec sursis et mise à l’épreuve pendant trois ans, le tout assorti de plusieurs obligations, un ancien médecin anesthésiste-réanimateur en poste à l’hôpital de Chateau-Gontier a été condamné le jeudi 14 septembre 2017 en correctionnel à Laval pour « agression sexuelle par personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction ». Jean Ginter, 62 ans, a été inscrit au fichier des délinquants sexuels.

- Par Thomas H.

a plaidoirie de l’avocat de la défense n’y a rien fait. La peine prononcée accentue celle qui avait été demandée par le Procureur de la République. Quatre mois de sursis mise à l’épreuve de plus lui ont été infligés. L’idée maitresse avancée par l’avocat de la défense que « la nudité ne peut pas à elle-seule caractériser l’agression sexuelle » n’a pas fonctionné. C’était oublier les passages appuyés sur le coté des seins, les mains du praticien sur les hanches des patientes à qui il demandait de « rouler les fesses ». Des femmes qui porteront finalement plainte pour des faits commis en 2009, 2011, 2013.

Pourtant, l’ancien anesthésiste-réanimateur, suspendu puis radié en appel par le Conseil de l’Ordre des médecins en Février 2014, a réponse à tout. Quand on l’interroge, Jean Ginter qui s’est spécialisé en 2006 avec l’obtention d’un diplôme universitaire de mésothérapie, sait dire des choses qui cherchent à le disculper ; il s’exprime bien, mais avec une façon de voir qui est en décalage avec les déclarations des parties civiles fait remarquer un avocat. En revanche, il ne sait pas franchement expliqué pourquoi six de ses patientes ont porté plainte contre lui. Même s’il « reconnaît qu’elles peuvent être dans la souffrance ».

« La nudité complète permet d’examiner les muscles dans leur ensemble » avait-il déclaré au juge d’instruction. Pour se disculper Jean Ginter développe à la barre qu’il n’a « pas pris assez en compte la pudeur de ces femmes (...) » Venues pour consulter le médecin à l’hôpital de Château-Gontier, pour des séances de mésothérapie - c’est-à-dire l’utilisation de petites piqûres localisées de médicaments pour réduire la douleur - elles se sont retrouvées à subir des « caresses » et des massages appuyés sur le dos, les seins et le haut des fesses.

Et puis il y a l’absence de culotte qu’il retire de sa propre autorité. « Retirer la culotte de votre patiente alors qu’elle consulte par exemple pour un mal de dos... » remarque le président. Froidement. « Je réfute ces termes de massages, ce sont des palpations préalables à l’examen de mésothérapie » avance l’ancien médecin qui se défend sous le feu croisé des questions du président du Tribunal, du Procureur et des avocats des parties civiles.

Une enquête de l’Agence Régionale de Santé conclura dans un rapport « à de fortes pratiques médicales déviantes  ». Mais beaucoup de zones d’ombres dans cette affaire. « J’ai utilisé mon pouvoir de médecin pour soulager et la nudité complète entre dans le cadre d’une bonne pratique médicale, pour observer le corps sans en oublier une partie ». Le président le questionne sur son attitude et lui rappelle qu’il a dégrafé à chaque fois le soutien-gorge des patientes et enlever les culottes. Des patientes qui resteront longtemps nues, et puis ces absences répétées pendant les séances...

Calmement Jean Ginter qui regrette estime qu’il s’est agit de sa part d’un défaut de pédagogie, il aurait dû mieux expliquer ce qu’il faisait.

Il répond en s’adressant au Tribunal : « bien-sur il y a un déséquilibre de sujétion de part ma fonction ; il y a l’autorité que j’exerce. Mais le regard que j’ai porté sur elles n’est pas un regard pervers, j’ai voulu être au plus prêt (…) Depuis 1979, je soigne et j’ai l’amour du patient...Comme anesthésiste, je vois que des corps nus tout le temps, totalement désexualisé et j’avais une vision asexuée du patient. Je ne suis pas un pervers sexuel. »

Le centre hospitalier de Château-Gontier où a exercé Jean Ginter

Une patiente est revenue trois fois. La quatrième, c’est la colère qui l’aurait poussé et elle aurait voulu se venger. Elle lui demandera de l’argent. Jusqu’à 25 000 euros. Il lui en donnera 5000. Sans sourciller, il ne portera pas plainte. Étrange souligne le président du tribunal.

Les victimes ne parlent pas à l’audience sauf au début lorsqu’elles ont réclamé des dommages financiers au titre du préjudice morale. Une se ravise à l’audience et demande 8000 euros alors qu’elle avait fait savoir dans sa lettre adressée à la justice qu’elle estimait son préjudice à 5000. Elle a parlé avant le début de l’audience avec les autres parties civiles. Le jugement leur accordera finalement 4000 euros sauf à une des patientes à qui Jean Ginter devra verser 2000 euros. Le Président qui a lu leurs dépositions explique qu’elles « ressentent un effet d’humiliation, d’où le stress post-traumatique avec pour certaines des pensées négatives constantes qui peuvent aller jusqu’au suicide, selon les experts psychiatriques. (...) Prise au piège ; sentiment de honte ; actes dégradants pour la féminité (...) »

Inscrit au Fichier des délinquants sexuels pendant 20 ans, Jean Ginter qui selon l’expertise psychiatrique effectuée en 2015 « ne présente pas de troubles patents, et n’était pas atteint de troubles au moment des faits  » devra justifier tous les ans de son domicile auprès de la gendarmerie. Et, ajoute le Président du tribunal, « en cas de déménagement, il vous faudra communiquer votre nouvelle adresse, sinon ce sera considéré comme un délit... »


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Suspendu, puis radié et condamné, le voilà inscrit au Fichier des délinquants sexuels

Publié le: 15 septembre 2017
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