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Une ligne à Très Haute Tension et ci-contre des fûts de déchets radioactifs d'une centrale nucléaire avec lesquels il faut bien cohabiter... Avis favorable à l’utilité publique. Le Préfet de la Manche, coordinateur et donc « chargé de faire passer le courant » entre ses homologues des autres départements également concernés par ce projet baptisé Cotentin-Maine, vient de prendre une décision en ce sens.

Prévue à l’horizon 2012, cette ligne pourra acheminer l’électricité produite par le réacteur nucléaire de Flamanville, en construction sur la pointe nord-ouest de la Manche.

Mobilisation

Ce faisant, Monsieur le Préfet s’en est remis au ministre, à Paris, pour une éventuelle étude épidémiologique indépendante réclamée depuis longtemps par les opposants au projet.

La THT, c’est un dossier polémique car par exemple une partie de la Mayenne traversée (16 communes sont concernées) rechigne à voir cette ligne de 400 000 Volts fleurir et « défigurer le paysage ».

Des mayennais qui ont toujours su se mobiliser quand leurs intérêts étaient en jeu. Le dernier exemple en date ce fut le projet d’étude de laboratoire d’enfouissement de déchets nucléaires radioactifs dans le massif d’Izé.

Il y a presque 10 ans déjà , 2300 personnes avaient formé un Non humain à Saint Pierre sur Orthe pour protester contre ce qui n’était que des études en vue d’un éventuel projet. Rien n’était décidé. Pourtant la « mission granite », composée de 3 experts chargés de recueillir les avis sur place et venue spécialement de Paris était éconduite par des mayennais surexcités.

Étude "sauvage"

Comme « le nucléaire n’a pas d’avenir et qu’il y a d’autres alternatives en commençant par privilégier les économies d’énergie » Mayenne SurVOLTée un collectif d’associations mayennaises de défense contre la THT, œuvre pour tenter de faire la lumière sur ce dossier qui « paraît relativement ficelé d’avance » explique cet opposant.

En France le nombre de personnes vivant aujourd’hui à proximité de lignes électriques THT est estimé au minimum à

360 000 selon les promoteurs d’une enquête sur les risques épidémiologiques rendue publique en Février 2009.

« Vivre avec une ligne THT » avait pour objectif de déterminer la qualité des conditions de vie des personnes à proximité des lignes à Très Haute Tension. Plus de 2 800 personnes avaient répondu. Ce n’est pas rien !

Réparties dans une zone de 300 m de part et d’autre de plus de 250 km de ligne THT. Les réponses ont été analysées comparativement à celles de près de 900 autres personnes qui, elles, sont qualifiées de « non-exposées ».

Et les résultats sont éloquents selon les commanditaires de cette enquête qui arrivent à la conclusion que les conditions de vie des riverains des lignes THT sont significativement détériorées.

La fréquence de 12 symptômes et pathologies est supérieure chez les riverains de ligne THT : état dépressif, vertiges, nausées, problèmes cutanés, perturbations auditives, irritabilité, sommeil perturbé, maux de tête, troubles digestifs, difficultés de concentration.

Mais aussi gênes (visuelle et sonore), perturbations radioélectriques et décharges électriques sont très ressenties chez les personnes vivant à proximité d’une ligne, ce qui s’accompagne de pertes de mémoire et de perturbations visuelles.

Pour ce qui est des réponses émanant des exploitations agricoles, la fréquence de 7 manifestations pathologiques sur les animaux d’élevages augmente fortement avec la proximité et la puissance de la ligne à haute tension.

Experts et justice

Fin mars, une étude cette fois de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) a notamment recommandé de ne pas installer ou aménager de nouveaux établissements accueillant des enfants (écoles, crèches...) à proximité immédiate des lignes à très haute tension et de ne pas implanter de nouvelles lignes au-dessus de tels établissements.

Voilà qui apporte du crédit à la précédente étude « Vivre avec une ligne THT ».

Il faut dire aussi que la justice fin 2008 a apporté de l’eau au moulin de ceux qui s’interrogent. Des juges ont établi pour la première fois un lien de causalité entre la présence d’une ligne à haute tension et des troubles sanitaires sur des animaux.

Le Tribunal de grande instance de Tulle a d’ailleurs condamné RTE Réseau de Transport d’Electricité pour le préjudice "certain" subi par une exploitation implantée le long d’une ligne THT en Corrèze.

Aussi en Décembre 2008, Guillaume Garot, le Député-maire de Laval avait décidé d’écrire à la secrétaire d’Etat à l’écologie pour dire qu’il était selon lui " incompréhensible, que 12 millions d’euros viennent d’être accordés au titre du plan d’accompagnement du projet Cotentin-Maine pour le financement de projets des communes situées sur le tracé de la ligne THT, alors qu’aucun crédit n’est attribué à des fins d’études et de recherche permettant de mieux connaître les conséquences sanitaires d’une exposition prolongée à une ligne électrique à très haute tension. "

Prospectives et réalités

Depuis on l’a vu, la décision de cette étude épidémiologique indépendante est entre les mains du ministre selon le Préfet de la Manche.

En attendant à Saint-Cyr-le-Gravelais, en Mayenne, le projet de ligne THT est une réalité. Sa construction prévoit par exemple qu’elle traverse la commune sur une longueur de plus de 7 kilomètres, sur une partie de zone agricole et une autre classée N, c’est à dire étiquetée zone naturelle de protection du paysage.

Un espace boisé classé (EBC), La Chauvellière se trouve sur cette zone. Toutes modifications y sont strictement interdites et notamment le défrichement. Mais qu’à cela ne tienne ! La surface en question de plus de 2700 mètres carrés aura été simplement déclassée ce qui lèvera toutes restrictions et incompatibilités avec le projet de RTE, Réseau de Transport d’Electricité.

Ainsi la ligne pourra déployer ses pylônes avec une emprise au sol de 100 mètres carrés pour chacun d’entre-eux sur des terres agricoles en partie expropriées.

La THT déclarée d’Utilité Publique peut donc poursuivre son petit bonhomme de chemin sans trop de difficulté malgré les dazibaos qui continuent de surgir le long de certaines routes en Mayenne. Un dazibao est en Chine un journal écrit à la main en grands caractères, collé sur les murs dans les endroits publics pour susciter l’adhésion populaire.

Les dazibaos revêtent souvent une fonction politique !


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THT : chemin tout tracé

Publié le: 21 avril 2010
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