Technologie : la LGV, une ligne à grande vitesse et à grand bruit

lettremnew-9.jpgMaintenant que les Trains à Grande Vitesse circulent, la question que de nombreux riverains se posent, c’est comment inventer un système qui pourrait permettre de masquer légalement le bruit induit par le passage de trains sur la LGV ? L’interrogation n’a pas été forcément posée en ces termes, le 13 juin 2018 à la préfecture de la Mayenne. Mais c’est un peu ce qui semble avoir été au cœur de cette deuxième « réunion au sommet  » où le volume sonore des trains qui fait « grand bruit » a été au centre de toutes les discussions.

Par Thomas H.

 

La LGV aurait-elle été trop rapidement conçue ? Pas forcément disent certains défenseurs de l’environnement. Alors la ligne a-t-elle été installée trop haute de 2,50 à 3 mètres par rapport au schéma initial ? Là, il semble qu’on ne soit pas très loin de la réalité.

Il est vrai que « posée sur des rails à trois mètres en contrebas de celles actuelles, avec des remblais de terre équivalents, le bruit aurait été moins diffusé » souligne un participant. De fait, les riverains auraient été moins gênés par les décibels de la LGV. Car ceux qui sont pas très loin de la voie férrée se plaignent depuis plusieurs mois. La LGV a été mise en service en Juillet 2017.

Ils disent ne plus vouloir « subir au quotidien des nuisances sonores inacceptables qui perturbent le sommeil et dévalorisant le patrimoine immobilier  » avait rapporté officiellement en Février 2018 à l’Assemblée Nationale le député de la Mayenne Yannick Favennec (UDI) en interpellant la secrétaire d’État aux Transports et l’invitant même à passer une nuit chez des riverains.

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La nouvelle LGV, silencieuse, quand ne circule pas de train – © leglob-journal

En Sarthe, par exemple, le quotidien Ouest-France relatait le cas d’« Alain et Sylvie, à Chantenay-Villedieu » qui subissent « à 300 mètres » de leur logement, le passage des TGV sur la LGV de « 5H 30 du matin à minuit ». Un vrai calvaire disaient-ils en substance. Pour dire l’importance du phénomène, « une maison fissurée a été indemnisée par Eiffage, rapporte-t-on au Glob-journal, dans cette affaire, il y a aussi le courant électrique qui utilise des failles dans le sol jusqu’à 15 kms alentours, aussi pourquoi ne pas faire appel à un géobiologue? [il est capable de recenser les effets néfastes de la technologie, tels que les ondes ou tous types de rayonnements sur l’état de santé, NDLR]». Quant au président (LR) du Conseil départemental sarthois, Dominique Le Mèner, il a écrit à Bruno Le Maire pour demander solennellement au ministre de l’Économie et des Finances qu’il prête attention à la fabrication des nouvelles rames de TGV pour que celles-ci soit moins bruyantes.

La Ministre des Transports, qui depuis a reconnu qu’il y a un problème n’a que l’embarras du choix pour aller à la rencontre des riverains « impactés par la LGV  » comme lui a proposé le député de la Mayenne dans l’hémycicle, puisque des mesures de bruit ont été réalisées sur « 138 points » dispersés « sur 180 kms entre Connerré-En-Sarthe et Cesson-Sévigné en Ille-Et-Villaine. » 57 communes sont en effet traversées par la LGV.
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Si les « désagréments » ne semblent plus faire polémique, il n’en va pas de même pour ce qui est du constat physique du bruit et de sa mesure. Alors comment fait-on pour mesurer le bruit ? Et bien la loi dit qu’on doit utiliser « un système virtuel basé sur des logarithmes, appelé le Laeq, valeur moyenne de l’énergie acoustique, c’est à dire « dose de bruit » mesurée sur un temps donné.».

 

Le système de mesure du bruit est celui qui est déjà utilisé sur les autoroutes. « De 6 h à 22 h « la dose » ne doit pas dépasser 60 décibel (dB) et la nuit, pas plus de 40 dB.  » De son coté, Gérard Lesage, le président de Préaux Environnent présent lui aussi raconte qu’il a brandi un document d’Eiffage de 2004 sur lequel on pouvait lire : « Lutter contre le bruit, une priorité pour Eiffage ». Bon.

Selon Cerema-Ouest, l’entreprise qui a présenté l’étude, « le bruit doit être mesuré à partir de la façade de la maison, et à au moins deux mètres de hauteur ».

Mais attention, « les fenêtres doivent être fermées. La vitesse du vent ne doit pas dépasser cinq mètres par seconde, soit dix-huit km/h  ». L’étude s’intéresse surtout à une moyenne des mesures et dans ce contexte ne seraient pas pris en compte les pics de bruit générés par les trains qui passent, se plaignent les associations.
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lgvremblaissmall.jpgPour FE-53, Association de défense de l’environnement qui a siégé avec Mayenne Nature Environnement (MNE) lors de cette réunion, résultats des courses : « tous les résultats étaient conformes ; un seul point sur les 138 dépassait un peu les seuils. Il se situe d’après ce qu’on nous a communiqué à Val-de-Maine sur la commune de Ballée, où 61 trains sont passés en 24 heures.» L’explication? «Ce serait liée à la configuration de la Vallée de l’Erve…En tous cas, ces mesures démontrent bien que le système de calcul sur lequel elles reposent n’est pas fiable puisqu’il ne fait pas apparaître les problèmes, alors que ceux-ci sont pourtant avérés. On peut donc dire qu’il ignore le principe de réalité. »

Principe de précaution, et maintenant « de réalité  ». En Mayenne, « 66, c’est le nombre de dossiers déposés depuis un an, auprès de Préaux Environnement qui centralise. Nous sommes la seule association qui reste en place depuis l’enquête publique de 2004 ; alors c’est nous qui centralisons. D’ailleurs, il faudra changer nos statuts parce que nous intervenons plus seulement sur Préaux mais sur toute la Mayenne. On va le faire le 29 juin au cours d’une AG extraordinaire […]»

lgvbruitcitation2.jpgSelon Gérard Lesage «les fiches de réclamations ont été envoyées à SNCF-Réseaux, Eiffage Rail Express (ERE), la Préfecture et le Département de la Mayenne» précise le Président qui ajoute qu’en réalité « il faut multiplier par deux ou par trois les personnes qui sont impactées et qui ne font pas la démarche, pour plein de raisons. »

A la question de savoir si il est possible de récupérer les données enregistrées par Cerema-Ouest, l’organisme qui a fait les mesures, ce qui serait un moyen de compréhension, il a été obtenu une réponse négative de la part du Préfet de la Mayenne qui « ne le souhaite pas».

En fait, «les relevés ne seront communiqués qu’à chaque riverain, de façon individuelle» donc, sans qu’ils ne puissent comme cela être groupés, et analysés. Ce qui fait dire à FE-53 qu’ « aucun argument pertinent ne justifie ce refus. Quand il y a une enquête publique quelque part, rappelle l’association de défense de l’environnement, on affiche les résultats. » Alors faut-il craindre qu’une association puisse se servir de ces résultats pour démontrer l’absence de fiabilité du système de mesure du bruit ?

Un maire présent à la réunion a posé cette question : « Serait-il possible de faire une comparaison entre le projet présenté en enquête publique et le profil final retenu ? Peut-être qu’on y trouverait certaines pistes ?  » Un questionnement «malicieux» car « on sait très bien qu’en de nombreux endroits, il y a eu des modifications  » explique FE-53 et que «le profil final de la ligne a été remonté de plusieurs mètres pour une question d’économies » raconte Gérard Lesage de Préaux Environnement.

Plus tard, le Préfet a lu solennellement une lettre de la Ministre des Transports Élisabeth Borne qui reconnaît en substance qu’«il y a un problème». Devant la gravité des faits, le ministère a fait appel à une commission du Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable (CGEDD) qui sera chargée de faire un état des lieux et aussi des propositions pour y remédier, en lien avec les riverains et les élus. Le CGEDD a pour mission de « contrôler, de conseiller, d’évaluer et d’accompagner » peut-on lire sur son site internet. Mais « cela reste flou » commente Gérard Lesage qui ajoute, pragmatique, « un rapport, cela va permettre de gagner cinq mois  ! » Question entendue lors de cette fameuse réunion : comment pour les élus, faire « le tampon entre les riverains qui se plaignent et les services de l’Etat » quand il n’ont pas d’information a fait remarquer une représentante des maires venue de la Sarthe.

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C’est au début de l’été que le travail devrait commencer avec une synthèse qui devrait paraître, en effet, à la fin de l’année. Cela veut dire en fait qu’il n’y aura donc rien de proposé de réellement concret, d’ici là, pour atténuer ce que connaissent les riverains de la LGV. Il faudra donc attendre de connaître les conclusions de cette commission.

Alors comment remédier physiquement au bruit, maintenant que la ligne est construite ? Pas simple, car manifestement, il y aurait aussi, un problème de place pour un équipement anti-bruit le long de la LGV.

Utiliser la rétrocession des emprises de terrains ? Selon le représentant de SNCF-réseaux, il est un peu tard puisqu’on arrive à la fin du processus. Et puis raconte le président de Préaux Environnement « comme la voie a été relevée de plusieurs mètres, il a manqué de terre pour les merlons, ces buttes de protections dans les endroits les plus exposés.»

Gérard Lesage peste : « C’est une injustice flagrante que les riverains aient été laissé tombé depuis tout ce temps-là». Il précise que « les agriculteurs sont absents, même si certains sont impactés par le bruit, mais c’est normal! Ils ont été très bien indemnisés au début. Quant aux communes, la plupart la mettent en veilleuse car pour celles qui sont traversées par la LGV, elles ont reçu en contrepartie, 70 000 euros du kilomètre par le Fond de Solidarité Territoriale, quand il était question que la LGV traverse la commune. Alors bien sûr, il n’y a que des plaintes de particuliers ! ». Rappelons que cette LGV a été déclaré d’intérêt public et qu’elle est un outil de communication au service de tous.

« L’état est désormais responsable. Eiffage ne l’est plus, fait-on remarquer au Glob-journal, et l’État ne se retournera pas contre ce dernier. C’est pas possible…» Quoiqu’il en soit, et avant de clore la réunion, le représentant de l’État en Mayenne, conscient de la situation a demandé à ce qu’on avertisse ses services au cas où des riverains se retrouveraient, en raison du bruit et des vibrations, avec des problèmes de santé.

 

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