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Battue dans la première circonscription de la Mayenne et de belle manière par un Guillaume Garot (PS) qui a fait mieux encore qu’en 2012, la candidate estampillée LREM n’a obtenu que 38,76% des voix. Béatrice Mottier, successivement UMP, puis UDI et finalement En Marche ! s’est retrouvée assez loin derrière l’ancien ministre de l’Agroalimentaire qui a raflé 61,24% des suffrages. « La faute à l’abstention » a-t-elle notamment analysé au soir du second tour. Une défaite qui aurait dû - fort de la dynamique du parti du Président Macron - se transformer en une victoire pour Béatrice Mottier.

- Par Georges D.

« Toujours y croire, ne rien lâcher », cela semble être la devise de Béatrice Mottier. Ne pas abandonner, toujours croire à son destin, voilà le leitmotiv de l’adjointe au maire de Laval.

Tel un phénix, elle a su malgré tout déjouer les plus pessimistes, esquiver les railleries et les quolibets de certains marcheurs mayennais des premières heures, qui ont déserté le mouvement à l’issue de son investiture. Elle finira par être qualifiée au second tour, malgré des mots entendus comme « arriviste », ou « incompétente » et des phrases de ce style : « elle n’avait pas fait une véritable campagne au premier tour ».

Contrairement à beaucoup de candidats de la République en Marche !, l’étiquette Macron ne lui a pas permis de remporter une victoire sur le député sortant, qui a réussi à sauver plutôt brillamment son siège grâce son activité, à son bilan quinquennal et sa popularité, réussissant à endiguer « l’ouragan Macron ».

Pourtant, on ne peut pas dire que Béatrice Mottier n’a pas tout tenté pour arracher la victoire après une année 2016 difficile. Humiliée par son parti l’UDI qui lui retire son investiture au profit de Samia Soultani-Vigneron, Béatrice Mottier rejoint En Marche ! avec l’idée de briguer l’investiture Macron aux élections législatives.

Des facultés d’adaptation hors du commun

L’histoire de Béatrice Mottier pourrait se résumer à du culot, de l’audace, et de l’opportunisme. Sa légende commence en 1995, quatre ans après avoir obtenu son diplôme à l’École Française d’Attaché de Presse. C’est avec toupet déjà que Béatrice propose alors ses talents de communicante au candidat François d’Aubert, qui brigue le poste de Maire de Laval. Elle intègre l’équipe de campagne et va devenir logiquement Responsable de la communication officielle.

Après de nombreuses controverses, elle quitte le navire et travaille pour le Medef, mais aussi la Française des Jeux, chez Havas, ou Vivarte. Puis vient le cabinet de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture de 2009 à 2012. Enfin elle tente de poursuivre, en indépendante, en montant une entreprise de com’ intitulée ThePlacetoB Conseil ; « j’accompagne les entreprises dans leur communication » affirme-t-elle à l’époque.

Après sa défaite aux cantonales de 2011 sous l’étiquette de l’UMP, elle va suivre Yannick Favennec et Pierre Méhaignerie et rejoindre en 2012 l’UDI. Elle justifie cette décision à l’époque par le rejet « d’une droitisation sans cesse croissante ». Cette nouvelle étiquette politique va être de nouveau déterminante pour sa carrière ; ainsi avec la victoire en 2014 de François Zocchetto à la mairie de Laval, elle deviendra son adjointe en charge de l’Attractivité.

Toute sa carrière professionnelle, Béatrice Mottier a ainsi montré des facultés d’adaptation hors du commun. Des compétences qui n’ auront malheureusement pas suffit cette fois pour conquérir un siège de députée. Ce fut « une campagne électorale difficile » raconte un proche. Défier l’implanté Guillaume Garot au deuxième tour avec une équipe de campagne réduite et inexpérimentée.

La crainte de la mauvaise image

Experte en communication, Beatrice Mottier ne cesse pour autant d’affirmer sa confiance à qui veux l’entendre : aux militants d’en Marche !, à la presse, à ses soutiens publics. Mais tout ceci n’était en fait que du paraitre. Elle a souvent vécu dans une peur et une appréhension de la faute de communication.

Cela s’est traduit dans ses déplacements de campagne par exemple où elle a tout fait pour éviter la confrontation avec les électeurs de Guillaume Garot. Elle a misé sur les "coins" de sa circonscription où elle avait des soutiens forts ( le nord de la circonscription par exemple comme Pré-en-pail ), loin des cantons pro-Garot comme Saint-Nicolas ou le Pavement à Laval. Elle adopte alors une stratégie de campagne assez prudente, dans le seul but, de «  ne pas faire de vague » et d’«  utiliser à fond l’ouragan macroniste », afin d’éviter une erreur.

« La mauvaise image, l’article de presse négatif à son égard, c’était sa crainte majeure durant ces trois semaines » raconte un proche. Toujours sur le qui vive, elle aurait essayé de mettre tout son talent de professionnelle de la communication dans cette campagne en tentant dès sa nomination de combler le vide, de sprinter dans le but de rattraper le retard conséquent sur ses adversaires.

Un positionnement loin de l’audace et de l’aplomb qui semblaient avoir fait sa marque de fabrique. Avait-elle peur de gagner ou n’avait-elle pas assez confiance en elle ? Il semble qu’« elle ait préféré miser sur la communication à défaut des idées ou des propositions car elle semblait espérer que comme dans beaucoup de circonscriptions françaises, les électeurs-citoyens lui accordent sa confiance grâce à son étiquette candidate officielle de la République en Marche !  ».

Ainsi à défaut de faire des propositions concrètes qui engagent, Béatrice Mottier, quand elle rencontrait des électeurs, axait son discours sur la moralisation de la vie politique. Elle disait qu’elle n’aura qu’un seul mandat, n’utilisera pas sa réserve parlementaire, et fera participer les citoyens à la chose publique, etc. Une positive attitude adoptée sur les conseils de son équipe de campagne. Pour elle, la potion magique, c’était l’étiquette En Marche ! Toujours s’y référer en mettant en avant les débuts réussis du Président Macron.

Les barons de la droite locale

Après la défaite de Samia Soultani-Vigneron, la majorité des barons de la droite locale lui ont apporté un soutien personnel, mais resté discret. À part le message du Premier ministre Édouard Philippe, la « doctoresse en réseaux sociaux », décida de ne pas diffuser ces soutiens, peut-être pour ne pas que son combat politique contre Garot ne soit instrumentalisé et ne soit réduit en un combat droite contre gauche. En vielle routière de la scène politique Mayennaise, elle se doutait que ses soutiens de dernières minutes n’étaient que de façade.

Béatrice Mottier a fait par la force des choses une campagne à minima, il faut bien le dire. L’investissement minimum pour une candidate pourtant aguerrie, en évitant Guillaume Garot sur le terrain, en allant là où les électeurs ne l’attendent pas forcément, en partant du principe finalement que les absents n’ont pas forcément tort. Une manœuvre simple sans risque mais qui ne fut pas gagnante au soir du second tour. À vouloir vaincre sans péril, on arrive à perdre sans gloire.

La défaite semble difficile à digérer si on se réfère à ses tweets, même si dès dimanche soir elle a essayé de relativiser et de trouver des justifications à sa défaite. Le taux d’abstention, les moyens gigantesques de Garot, le « Mottier-Bashing » qui aurait eu lieu au sein de la presse locale, dans les cercles de la droite mayennaise qui aurait préféré plutôt une défaite de Béatrice Mottier, car sa victoire aurait été perçue comme une nouvelle humiliation après l’élimination de Samia Soultani au premier tour.

Une OPA sur En Marche 53 ?

Avec les prises de positions publiques de certains barons locaux comme Yannick Borde, François Zocchetto, ou Olivier Richefou qui reprochent publiquement à Béatrice Mottier de s’être présentée et d’être responsable de la réélection de Guillaume Garot, on n’imagine qu’elle n’a pas d’autre choix. Se pose à présent, pour elle, au lendemain de sa défaite, la question de son maintien au sein de la majorité municipale et départementale.

À En Marche 53, sa non-victoire ne semble pas avoir ému ; beaucoup avaient déjà déserté sa campagne, raconte un marcheur, ne se reconnaissant pas en la candidate. Ils auraient préféré voter Guillaume Garot qu’ils trouvaient « plus sincère ». Pour certains, elle incarnait même «  la personnification de la prise en main du mouvement par l’UDI  ». Ainsi et malgré des ambitions claires sur le mouvement En Marche ! en Mayenne, il n’est pas certain que Béatrice Mottier soit sur le point de rebondir et de se voir décerner le blanc-seing nécessaire de la part des militants les plus actifs. Il faut dire que l’épisode Bannier, où le MoDem a imposé la maire de Courbeveille dans la seconde circonscription de la Mayenne, leur est resté, pour beaucoup, en travers de la gorge.


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Toujours y croire, et ne rien lâcher, leitmotiv en politique de Béatrice Mottier

Publié le: 20 juin 2017
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