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Cancer du bitume : la condamnation le 10 mai dernier pour « faute inexcusable" de l’un des grands noms de l’industrie routière, la société Eurovia, filiale du groupe Vinci. Une condamnation sans précédent en France. Cette décision de justice devrait faire date. Elle pourrait faire jurisprudence. L’un des ouvriers d’Eurovia est décédé d’un cancer de la peau après avoir pendant des années été en contact avec des fumées de bitume.

- Par Thomas H.

Selon le Tribunal des Affaires des Sécurités Sociales de Bourg-en-Bresse dans le département de l’Ain près de Lyon , "la conjonction de projections voire d’inhalation du bitume avec les UV favoriserait soit le risque né des UV soit le risque né du bitume". Voilà qui est clair !

9,86 millions d'euros pour l'aménagement d'une partie d'une route départementale !

Pour Eurovia en revanche, qui cite des études pilotées par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), "ni le bitume, ni ses fumées ne sont classés comme cancérogènes" et "aucune étude ne vient confirmer un lien quelconque entre l’exposition combinée des UV solaires, au bitume et le cancer".

Il n’empêche, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) va évaluer les risques pour la santé des travailleurs liés à l’usage des bitumes. Décision prise à la suite de la condamnation et à la demande de la CGT.

Pouvait-on savoir que des hommes risquaient leurs peaux ? Sur les routes et face à des tonnes et des tonnes de bitume épandues sur le long ruban entrelacé qui nous permet de rouler si facilement ? Peut-être ! Ou peut-être pas ! Comme nous pensions très fort en son temps à dénoncer l’amiante sans être entendu par les pouvoirs publics et les entreprises de la filière, il y a « suspicion ». Cynisme et Irresponsabilité ont conduit, c’est avéré, à faire se multiplier les cancers dus à l’amiante en raison d’une exposition prolongée aux poussières volatiles. Et cela ne fait, hélas, que commencer !

Dans le cas du bitume, c’étaient les fumées vaporeuses et lancinantes qui s’échappaient de la couche rendue compacte par les rouleaux mécaniques. Ces énormes engins, ces mastodontes déployés sur les kilomètres de voie crées.

"Quelque 3 millions de tonnes de bitume chaud sont répandues chaque année sur les routes de France [...] Ces bitumes, qui sont des résidus de distillation du pétrole, contiennent des substances toxiques, en particulier des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), dont certains sont cancérogènes", selon une étude faite en 2003 par l’Institut National de Recherche et de Sécurité (Inrs).

En France, 4.200 salariés sont directement exposés, sur une durée évaluée à 1.000 heures par an, aux fumées de bitume, notait l’Inrs.

Les fumées de bitume peuvent provoquer des irritations des yeux et de la gorge, des nausées. Des atteintes respiratoires (bronchite, emphysème, asthme) sont également mentionnées.

Gâchis ? - Finalement que de sommes engagées pour les routes qui pourraient servir ailleurs et par voie de conséquence, que d’argent dépensé pour réparer la santé !Comme ces giratoires dispendieux qui fleurissent de plus en plus dans notre environnement. Pour couper des tronçons de routes.

Plus que des « ronds-points », des monuments érigés à l’Automobile et même des monuments publics. De fait, des objets concrets et visibles qui surgissent devant notre pare-brise provenant de sommes « astronomiques » mises en œuvre simplement pour canaliser des flots de voitures. Sur les rubans noirs du bitume.

Par exemple les travaux de déviation de la Baconnière, c’est un village en Mayenne, ont duré 2 ans. 5,5 kilomètres de 2 fois 2 voies réalisées. A peine 6 kilomètres qui ont nécessité le terrassement de 400 000 m3 de terrain. Un sacré impact écologique !

En Mayenne encore, c’est ce giratoire qui se trouve sur la route, à la hauteur de la Gravelle, en direction de l’autoroute qui mène à Rennes. En fait un double rond-point qui dessert des routes secondaires. Deviendront-elles un jour principales ?

Il aura coûté à la collectivité la bagatelle de 1,9 millions d’euros. Les « cercles » centraux sont certes rendus au végétal et paysagers, mais la note n’en demeure pas moins salée ! Somme faramineuse là aussi ! Des giratoires et des routes aux bordures bien délimitées. Bien cadrées. Il faut que tout soit propre ! De véritables objets de la mondialisation. Car certaines routes sont bordées de granit en provenance de Chine.

Un granit qui serait 20 % moins cher que celui fourni jusque là par la Bretagne, même s’il fait des milliers de kilomètres par la mer pour arriver en Europe, dans les cales des bateaux dont il sert justement à stabiliser les embarcations.

Une tentation cynique, disent les détracteurs de "la route à tous crins" ! Une irrésistible envie de faire agréablement baisser les frais de production. Sans qu’ils ne soient en revanche revus à la baisse lors de l’élaboration de la facture globale. Mais du granit chinois extrait dans quelles conditions ? Et par qui ?

Nos routes se rendent parfois complices de maltraitance et ne se demandent pas si ce sont des enfants par exemple qui travaillent dans les carrières à extraire ce granit à bas coût. Les routes ferment les yeux !

Mais pas forcément les responsables des collectivités. Le Conseil général de la Mayenne par exemple ne souhaite pas l’utilisation de cette pierre venant de Chine. Un granit, qui plus est, qui vieillirait moins bien et présenterait des traces de rouille disgracieuses à la longue.

Cela dit la Région pays de la Loire va consacrer « 47,3 millions d’euros entre 2008 et 2013 au désenclavement routier de la Mayenne  » pouvait-on lire sur le journal de la collectivité avant les élections régionales. La Région va ainsi « accompagner le Conseil général et l’État dans la modernisation de la RN 162 (17,6 millions d’euros)  » un axe majeur en partant d’Angers pour rejoindre Caen en passant par Laval et Mayenne. Elle va aussi contribuer à l’accompagnement « du réseau départemental soit 29 millions d’euros  ».

Un sacré soutien indirect aux entreprises du BTP et par la même, un bel effort de participation à la modernisation d’un département ! Mais question : le « désenclavement » passe-t-il uniquement par le tout-route ?


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Tout route ?

Publié le: 15 mai 2010
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