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Par Julie Vandard, journaliste - Cette Tribune Libre est sa première apparition dans les colonnes du glob-journal. Notre contributrice va collaborer à votre Journal en ligne en s’intéressant aux rapports qu’entretiennent dans notre département les hommes et les femmes politiques avec les réseaux sociaux. Pour l’heure, Julie Vandard a souhaité porter son regard de journaliste et de citoyenne qui « se pose beaucoup de questions  », sur l’après attentat de Nice et sa "gestion" par les politiques qui s’agitent, avec en ligne de mire les élections majeures qui se dessinent en 2017.

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Depuis l’attentat de Nice, les réseaux sociaux s’agitent encore plus que d’habitude. C’est normal après un tel évènement. Tout le monde a besoin d’exprimer sa colère, sa tristesse, sa compassion, etc.

Les élus, eux, cherchent un coupable. Un coupable politique, évidemment. Il ne s’agit pas ici de défendre untel ou untel mais pour moi le vrai coupable, c’est le fou qui conduisait le camion. Il n’y a pas besoin d’avoir fait l’ENA pour comprendre qu’il n’était guère préoccupé de savoir qui est président ou ministre. Son seul but était de faire un massacre. 

Cette recherche ininterrompue du coupable politique idéal depuis vendredi découle sur un tas de polémiques stériles. Des déclarations en veux tu en voilà ; des réponses aux déclarations, et des réponses aux réponses.

Tribune Libre

Par Julie Vandard

La classe politique ne prend pas de recul. Elle réagit à chaud, comme souvent. Que les élus expriment leur tristesse ou leur compassion sur le moment, c’est normal. Mais l’opposition, puisque dans ces cas-là c’est toujours elle qui pose les premières questions - quel que soit le parti au pouvoir -, n’a même pas attendu la fin du deuil national pour lancer les hostilités.

Par respect pour les victimes et leurs familles, il fallait attendre. Ne serait-ce aussi que pour avoir de nouveaux éléments avec l’enquête en cours. Vérifier ses informations, c’est toujours utile. Depuis quelques jours, ma timeline twitter est très agitée. Il y a l’opposition qui veut absolument démontrer que le gouvernement est incompétent et qu’avec eux, ce ne serait pas arrivé. Il y a les délires au lance-roquette ou la surenchère de propositions (des candidats à la primaire tous plus créatifs les uns que les autres). 

Il y a ceux qui fouillent dans les archives numériques et qui exhument les déclarations passées et si vite oubliées par leurs auteurs. Il y a ceux qui critiquent le camp d’en face sans se souvenir qu’ils ont eu la même attitude quelque temps avant. Il y a aussi des élus locaux, ou des militants qui demandant « aux politiques » - même de leur propre camp - d’être meilleurs que ça et de rester dignes. 

Il y a aussi le maire de Nice que l’on n’entend pas. Et que l’on ne connaît pas, puisque c’est son premier adjoint, Christian Estrosi qui gère la chose. Frappé par le cumul des mandats, l’ancien maire de Nice a dû devenir premier adjoint. Mais on comprend tout de suite qui est - toujours - le patron. 

Que Christian Estrosi fasse entendre sa voix plus rapidement que les autres ne me choque pas. Les faits se sont déroulés dans sa ville. Mais qu’il se répande dans Paris-Match en se plaignant qu’on le traite comme un subalterne, nous contant sa vie amoureuse et son coup de fil du Pape… c’en est trop ! La devise de Match, « le poids des mots  » en prend un coup. Les mots, ici, ne pèsent pas lourds face à ce drame.

Devant ce ramdam médiatique, j’observe et je fais une pause. L’overdose de messages, non merci. 

D’autant que, outre ce décalage entre l’attitude des élus et ce que veulent et pensent les citoyens, il y a aussi l’attitude de mes confrères. Je suis journaliste. Et je ne comprends pas pourquoi nous, médias, alimentons sans cesse la machine à petites phrases, pour ensuite venir se plaindre de l’attitude désastreuse des politiques dans les éditos. Je m’informe de plus en plus via des sites d’informations de fact checking (comme Les Décodeurs), qui offrent un traitement différencié de l’actu (comme leglob-journal ), ou des sites comme 8e étage qui « différencie l’information de l’actualité ».

Les médias doivent se poser la question : doit-on forcément tout relayer dans ce genre de situation. Sur l’enquête, le profil du tueur, les hommages aux victimes, oui. Mais chaque communiqué de presse politique n’apporte pas grand-chose… à part des clics. Et une surdose de com’ (qui entretient l’égo des élus). 

Dans une situation inédite comme celle que nous vivons aujourd’hui, plutôt que des petites phrases, j’attends des élus qu’ils élèvent le niveau et qu’ils se rassemblent pour travailler. Mais c’est à priori utopiste. Alors que pour tous les rassemblements en mémoire des victimes, ils posent ensemble, sur les mêmes photos (protocole oblige). Est-ce vraiment si compliqué de s’accorder sur un thème comme la lutte contre le terrorisme ? Visiblement oui, surtout en période pré-électorale, ou chaque candidat potentiel - et ils sont nombreux- y va de sa solution.

Car toute cette surenchère médiatico-politique alimente ce qui sera le sujet de préoccupation numéro 1 des politiques — et des médias, les Français eux s’y intéresseront début 2017— dès la rentrée : l’élection présidentielle. Si la pause estivale nous laisse un peu de répit, les primaires vont revenir sur le devant de la scène dès septembre. Avec sa cohorte de « qui soutient qui », de « qui sera le plus dans le costume du fameux homme/femme providentiel(le) », de candidats qui, pensant être des sauveurs, se sentent obligés de se présenter. Ensuite l’interminable campagne électorale (qui a démarré depuis un an) continuera pour désigner ceux qui se présenteront à notre suffrage. Une fois l’élection passée, il faudra aussi compter avec les législatives. On en a jusqu’à l’été prochain. 

Plus le temps passe, plus mes questions sont nombreuses pour les élus. Et moins je comprends leur attitude. Notamment quand ils sont si prompt à dénoncer les dysfonctionnements dans le camp d’en face, sans même s’apercevoir que ces mêmes dysfonctionnements existent dans leur propre camp. 

Peut-être aussi que je ne maîtrise pas tous les codes. Mais j’aimerais comprendre pourquoi ce fameux décalage existe - et se creuse - entre eux et nous, les citoyens. Je refuse cependant de penser qu’ils sont « tous pourris », la situation est bien plus complexe ! Car nous, électeurs, nous avons aussi notre part de responsabilité. Voter c’est faire des choix, et on a la classe politique… pour laquelle on vote.

Mais, désormais, je comprends les citoyens qui ne se déplacent plus pour aller voter.


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Tribune Libre - Attentat, opposition, élections : et le recul dans tout ça ?

Publié le: 19 juillet 2016
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