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Par André-Gwenaël Pors, directeur de l’hôpital de Laval - La santé et plus généralement le "care", c’est-à-dire littéralement "prendre soins" ne laisse pas indifférent, car c’est un sujet concernant. Mais vivre en bonne santé est paradoxalement de plus en plus une incertitude alors que l’espérance de vie dans notre pays à tendance à s’allonger. Plus généralement se faire soigner coûte de plus en plus cher même si nous avons un système d’assurance maladie qui, fort heureusement, nous protège. Une Sécu que certains dans l’hexagone décrient et d’autres, en dehors de nos frontières nous envient. En Mayenne, le directeur de l’hôpital de Laval se dit « fier de [s]on métier » et de son établissement qualifié selon lui à tord de « maillon faible ». André-Gwenaël Pors est sur leglob-journal et il a tout de suite accepté d’y écrire une Tribune Libre.

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Nous vivons une période paradoxale. Europe, Loi travail, Réfugiés, Aéroport. La population est dans la réaction, l’autoprotection, voire le recroquevillement sur soi. Le citoyen est déboussolé et recherche ses fondamentaux, ses racines. La Santé et la Vie Hospitalière se retrouvent dans la même agitation, entre inquiétudes provoquées et fatigues légitimes. Et pourtant…

Les hôpitaux publics vont plutôt bien et les français continuent de les plébisciter. Les professionnels hospitaliers portent tous un esprit de service public exemplaire. Les métiers de l’hôpital, connus ou méconnus, attirent par leur utilité et leur motivation.

Tribune Libre

Par André-Gwenaël Pors

Pourquoi ? Parce que le « prendre soins » qui est le cœur de métier des hospitaliers est un travail avec et pour l’humain, nous nous sentons tous atteints au plus profond dès que nous sommes mis en doute. On porte tous des convictions et des valeurs fortes dans un hôpital.

Avec les incertitudes qui germent dans la société civile et dans notre environnement social et économique, les hospitaliers eux-mêmes commencent à douter, à se dévaloriser par rapport à leurs valeurs premières : on n’a plus confiance, on se laisse aller, on ne comprend plus. Et parfois, c’est le « burn-out  ».

Face à une telle situation dépressive, il nous faut retrouver nos repères, reprendre confiance, montrer que nous sommes forts, savoir s’adapter à notre environnement qui bouge et aux besoins de la population qui changent.

Je suis fier d’être un hospitalier. Je suis fier de mon métier. Je suis fier de mon hôpital. Et comme directeur d’un centre hospitalier de grande taille, responsable d’une offre de soins de proximité et de recours pour tout un territoire, c’est mon rôle de redonner cette confiance, de redresser la situation financière et de redonner des perspectives d’avenir, stables et positives pour que l’offre de soins en Mayenne se développe avec tous les offreurs de soins et médico-sociaux, tant publics que privés...

L’hôpital, ce n’est pas une entreprise comme une autre. C’est une organisation complexe composée de plus de soixante-dix métiers et d’une centaine de services, fonctionnant sur la richesse humaine, aux compétences et aux pratiques multiples. Diriger un hôpital, c’est gérer les paradoxes, guider les volontés, faire face au quotidien et préparer l’avenir.

Les inquiétudes des hospitaliers lavallois et mayennais qui s’expriment depuis quelques semaines sont provoquées par le constat du manque de temps et d’empathie des soignants pour les malades, par les changements d’organisation insuffisamment préparés, par les procédures et protocoles toujours plus exigeants, par les moyens humains et financiers considérés comme trop faibles.

Pour moi, c’est un cri de secours pour mieux dialoguer et mieux comprendre : c’est vrai que les moyens financiers chaque année sont toujours plus restreints. C’est un choix national provenant du légitime objectif d’équilibre des comptes sociaux. Mais en France, on a la chance que malgré tout, les moyens continuent d’augmenter, même si c’est modéré.

C’est vrai que le nombre de lits d’hôpitaux baisse. Mais, ce n’est plus la capacité en lits qui est un indicateur d’activité. Les patients préfèrent être soignés plus rapidement, en soins externe, en hospitalisation de jour, en chirurgie ambulatoire. Et c’est ainsi que l’offre de soins se développe.

C’est vrai enfin qu’il n’y a plus d’augmentation d’effectifs. Il y a, et il existera toujours de nombreux recrutements du fait du turn-over des personnels et des besoins de compétences sans cesse renouvelés. Mais les organisations peuvent être « optimisées  » et la logique d’efficience est entrée désormais dans nos hôpitaux.

La gouvernance hospitalière, pour son directeur, c’est d’agir et de piloter au plus près du cœur de métier, des préoccupations des patients et des professionnels, toujours dans un savant équilibre entre l’amélioration des services offerts, tant en volume qu’en qualité, et la performance de la gestion des moyens qui sont des deniers publics. Je suis redevable auprès de la ministre de la santé comme du patient.

Mon métier, comme celui d’infirmière, de secrétaire ou d’agent de service hospitalier, est un beau métier. Il a de l’avenir parce que l’hôpital public a un bel avenir.

André-Gwenaël Pors est directeur de l’Hôpital de Laval depuis 3 ans. L’établissement emploie 2071 personnes dont 135 médecins.


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Tribune Libre - « Fier d’être un hospitalier, (...) je suis fier de mon hôpital »

Publié le: 30 juin 2016
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