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Par Julien Bestin, président de La Gom’53 - Orlando, 50 morts et autant de blessés parmi la communauté gay. Résultat de la tuerie perpétrée aux États-Unis par un individu isolé qui a ouvert le feu sur des homosexuels, essentiellement des latinos et des noirs qui se trouvaient dans un discothèque de cette ville de Floride. A Laval, un rassemblement de soutien est organisé par l’association La Gom’53 pour faire plus que de dire sa compassion, pour témoigner de la nécessaire prise en compte du droit à la différence. Pour La Gom’53, il faut pouvoir « parler de ses orientations sexuelles, de sa transidentité pour mieux vivre ensemble » nous dit son président, Julien Bestin qui signe sur leglob-journal une Tribune Libre.

- leglob-journal

Je suis homosexuel. J’aimerai un jour ne plus ressentir le besoin de le dire. Ce besoin de le dire pour sortir des clichés, pour rendre réelle la thématique, rendre réelles les difficultés de beaucoup de femmes et d’hommes de tout âges.

Ces femmes et ces hommes nous les recevons au local de l’association que nous avons créé il y a maintenant près de 4 ans à Laval. Nous recevons parfois aussi leur femme ou leur mari rencontré dans leur "ancienne vie", nous ouvrons la porte à leurs parents, perdus avec l’impression d’être seuls face à tout ça. Parfois des proches, des amis mais pourquoi recevons nous si peu de personnes en rien concernées ? 

Je suis homosexuel, et tant d’autres choses ; je suis gaucher, myope, taquin, spontané... avec, vous savez, toutes ces petites choses dans le parcours de chacun qui nous font vivre des étapes de vie d’une manière différente. Alors j’ai peut-être regardé différemment l’annonce de la tuerie de ce dimanche à Orlando.

Tribune Libre

Par Julien Bestin

Dimanche au réveil, j’ai appris le drame qui a eu lieu aux États-Unis, à Orlando, dans un club. Ce n’est au bout que de quelques reportages, en changeant de chaine, en m’informant davantage que j’ai appris que cet attentat avait eu lieu dans un lieux emblématique de la communauté LGBTI (Lesbienne, gay, biE, Trans et Intersexe).

Un homme - quelques semaines après avoir été choqué d’avoir vu un couple d’hommes s’embrasser dans la rue - est entré dans la nuit de samedi à dimanche dans un club gay d’Orlando et il y a tué près d’une cinquantaine de personnes. 50 personnes dont au delà de leur propre orientation sexuelle, le seul crime était d’être là, dans un lieu étiqueté "gay".

Cette attaque ne vise pas un club comme un autre, pas un lieu comme un autre, au hasard. Cet attentat vise des personnes fréquentant un établissement emblématique de la communauté LGBTI, et il porte une nouvelle fois atteinte aux libertés. Celles d’être, de s’exprimer, d’aimer.

Là où l’attaque de Charlie hebdo était clairement une attaque contre la liberté d’expression de la presse ; là ou l’attaque de l’hyper-cacher visait la communauté juive, je n’entendais pour ce drame que trop peu les mots "homophobie", "homosexualité" (il était encore moins question des autres orientations sexuelles).

Là où en janvier nous lisions partout notamment sur les réseaux sociaux « Je suis Charlie » à ne plus savoir qui nous parlait sur Facebook tellement nous avions tous la même photo de profil, pourquoi ne voyons-nous aucun "Je suis gay" ?

Cet attentat me renvoit à une question que je me pose souvent. Pourquoi est-ce que si peu de personnes non concernées par nos thématiques s’impliquent contre les discriminations liées à celles-ci ? N’y a t’il que des femmes dans les mouvements féministes à réagir contre le sexisme ? Que des personnes concernées par le racisme à réagir contre le racisme ? Pourquoi est-ce encore si dur d’aller dans une discothèque étiquetée gay, un bar étiqueté gay, une association étiquetée gay ? 

Face à cet attentat, il nous vient l’envie de rassembler, de faire se réunir du monde, pour voir que nous ne sommes pas seul à avoir été choqué ; pour voir que nous ne sommes pas seul à vouloir que les choses changent face à nos thématiques. Ce mardi 14 juin, nous nous rassemblerons en centre ville de Laval, place du 11 novembre pour la liberté d’être, de s’exprimer, d’aimer.

Julien Bestin est Lavallois ; homosexuel, président de @lagom53, féministe et investi dans l’effacement des différences

Laval - facebook.com/lagom53


1 commentaire
  • Monsieur, je rebondirai sur votre argument pertinent pour démonter malheureusement votre argumentaire. Vous l’avez très bien dit vous même, cet attentat porte une nouvelle fois atteinte aux libertés. Celles d’être, de s’exprimer, d’aimer. Cet attentat nous touche tous, il indique qu’il est au delà d’un acte homophobe, car oui vous avez raison cela en est un, un acte contre la liberté.

    Le créateur du « Je suis Charlie » avait évoqué la création spontanée de ce slogan. Il évoquait certes une colère et une compassion mais il était utilisé dans le cadre de la liberté d’expression et non pas tant dans le cadre des libertés de manière générale. http://huff.to/1JqPRWU Certes, il a été repris de manière automatique suite aux autres attentas effectués dans le monde et plus particulièrement en Europe permettant d’évoquer une compassion remplaçant parfois les mots que nous ne trouvons pas. Cela peut se comprendre. « Je suis Paris » ou « Je suis Bruxelles » renvoyait à une autre forme d’identité, plus neutre dirons nous.

    Mais cette formule ne doit pas être générique. Je n’écrirai pas « Je suis gay » ou « Nous sommes tous gay » chez moi, sur ma photo de profil ou ailleurs car j’aurais le sentiment de le faire automatiquement pour me sentir au côté des victimes. Mais surtout parce que cela n’aurait pas de sens car je ne suis pas gay tout simplement. Je comprends la colère des LGBT face à ce drame et la volonté d’affirmer leur identité et leur orientation sexuelle et même si je condamne ce drame je n’écrirai pas « je suis gay »…De la même manière que je n’aurais pas écrit « Je suis juif » après l’attentat de l’hyperKacher, ou après celui d’hier soir « Je suis Gendarme » et si un acte malveillant envers les populations d’origine africaine surviendrait je n’écrirai pas « je suis noir » car cela n’aurait pas de sens. On ne peut pas tout exprimer avec ce slogan. Le fait de ne pas voir un « je suis gay » n’est en rien un détachement des personnes face à ce drame. De plus, la floraison de « Je suis … » a souvent lieu quand il touche notre territoire ou un pays occidental, sans être normal, cela reste humain. Il est fort à parier que si une communauté LGBT avait été touché dans un pays en voie de développement on en aurait moins parlé, à l’inverse, s’il avait eu lieu en France, on en aurait encore davantage parlé.

    Alors non désolé, pour répondre à votre question : « pourquoi est-ce que si peu de personnes non concernées par nos thématiques s’impliquent contre les discriminations liées à celles-ci ? » n’est qu’une impression de votre part. C’est avoir la mémoire courte quant aux débats autour du « Mariage pour tous » qui mobilisa la population française en 2013. Pourquoi est-ce encore si dur d’aller dans une discothèque étiquetée gay, un bar étiqueté gay, une association étiquetée gay ? Mais parce que sans être homophobe ou même hétérosexiste pourquoi irions-nous dans un bar estampillé « gay » en tant qu’hétéro si ce n’est pour rencontrer des personnes LGBT ? Je n’ai aucun problème à aller dans un bar tenu par une personne homosexuelle et côtoyer des personnes LGBT car pour moi ce sont des personnes comme les autres. Mais {a priori}, oui, je ne suis pas spécialement intéressé pour aller dans ces bars dit « gays » et ce n’est pas un problème. Car ce n’est pas un refus, ça ne m’intéresse tout simplement pas pas. Je n’aurai aucun problème à y aller si on m’y proposait et si je n’y reste pas longtemps ce ne sera pas par dégout mais simplement, peut-être, parce que l’ambiance globale de l’établissement ne me conviendrait pas. (une bière sans gout, une mauvaise musique). Oui, c’est sur ces critères discriminatoire que je juge un bar : la qualité de la bière. Je n’ai pas envie d’aller dans un bar parce qu’il représente une orientation sexuelle ou une identité sexuelle. Je vais dans un bar pour m’amuser, boire ou écouter de la musique.

    Sinon, dois-je reprocher à quelqu’un de ne jamais faire preuve d’ouverture d’esprit envers les Juifs et les musulmans parce qu’ils n’ont un pied dans une synagogue ou une Mosquée ? Alors l’un n’empêche pas l’autre, je ne me sens pas plus proche de la communauté LGBT que la communauté juive ou des journalistes depuis les divers attentats, en commençant par celui de Mohamed Merah, car vous l’avez dit si bien, c’est un attentat homophobe, mais surtout un attentat contre la liberté. Donc si je devais mettre une étiquette je mettrai « Je suis » tout simplement. Alors Je comprends votre colère et on peut certes se laisser atteindre par votre message de paix sur lequel j’adhère sur le dernier point. Mais s’il vous plait, ne vous servez pas de cet attentat pour nous reprocher de ne pas défendre (assez) la cause LGBT car c’est ce que vous faites et c’est agaçant. Par ailleurs, pas besoin de dire non plus que vous êtes homosexuel pour être entendu. S’exprimer en tant président de votre association était suffisant pour être entendu. Non en fait, vous exprimer tout court était suffisant pour être écouté. Comme vous l’avez dit vous même, pas besoin d’être directement concerné par une cause pour être investie dans celle-ci.

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Tribune Libre - « Se rassembler pour la liberté d’être, de s’exprimer, d’aimer »

Publié le: 14 juin 2016
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