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La Maison du Lait à Paris, ce sera le lieux de la prochaine rencontre entre des représentants de Lactalis et la FNSEA. Pendant que quelques centaines de manifestants avaient pris position sur le grand rond-point devant l’usine lavalloise de Lactalis à l’entrée de la ville, une première entrevue qui a duré 2 heures s’est déroulée en Préfecture à Laval au deuxième jour de la manifestation. La FNSEA reproche au numéro un mondial, avec ses marques Lactel, Bridel ou Président, d’être le plus mauvais rémunérateur en France quand il achète le lait aux éleveurs ; 257 euros les 1 000 litres ; soit 10 à 30 euros de moins que ses principaux concurrents. Tribune Libre proposée par Jean-Bernard Briere.

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Depuis le 21 août 2016, et bien avant on nous a annoncé une grande manifestation des producteurs de lait de tout l’Ouest de la France qui doivent converger pour se retrouver à Laval devant le siège de Lactalis, la multinationale, leader mondial de la transformation laitière. Mais n’est-il pas utile de faire ce petit rappel ?

Tribune Libre

Par Jean-Bernard Briere

La suppression des quotas laitiers on en parle depuis 2010 ; leur suppression est intervenue en 2015. Il a donc été possible de négocier pendant 5 ans ; ils ont été remplacés par des contrats entre les producteurs de lait, les coopératives et les transformateurs de produits laitiers ce qu’on a appelé la contractualisation, ce qui devait apporter du plus, du mieux dans les exploitations. Le tout avec l’accord de Xavier Beulin, le président de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire et voté par la droite française au sein du Parlement Européen.

Voilà, la mondialisation laitière était en route. Et il faut dire qu’à l’époque, la Chine qui avait un besoin de lait en poudre ainsi que les pays émergents. Il y avait donc des marchés à conquérir.

Mais quand même ! N’est-il pas surprenant que des hommes aussi aguerris comme Xavier Beulin, grand entrepreneur à la tête d’un puissant groupe dans l’agro-business et fervent défenseur du libéralisme et ses relayeurs de la parole syndicale dans tous les départements de France (comme en Mayenne avec le président de la FDSEA Philippe Jehan) n’aient pas su correctement expliquer à leur base les risques que faisaient encourir la liberté totale des prix au niveau mondial et principalement en Europe.

Sur place au pied du zoom, quand on leur parle de cela, des manifestants pris au hasard disent ne pas avoir compris ce que cela voulait dire. Étonnant non, que les leaders syndicaux n’aient pas su aussi comment mener une restructuration et une reconversion de la filière productiviste !

Alors à quoi peut-on s’attendre pendant plusieurs jours à Laval ? Aux alentours du Zoom, aussi appelé le camembert, près de l’usine mayennaise du groupe Lactalis ? À des feux de pneus ? Des dégradations en tous genres ? (fonte de la chaussée, labour du rond-point), à de la circulation bloquée et difficile dans le secteur ? à des gènes pour l’usager de la route qui n’est pas directement concerné par la revendication agricole ?

De ce point de vue là, peut-être que le président du conseil départemental réclamera-t-il qu’il soit construit un tunnel sous le Zoom, comme il a demandé que soit construite par le conseil départemental qu’il préside une route pour éviter les bouchons du Pont de Pritz qui gène quotidiennement la desserte de sa commune Changé.

Côté sécurité, des cars de compagnies de CRS sont garés pas très loin du rond-point pour éviter les débordements ; aussi je demande à Monsieur le Préfet de la Mayenne, nouvellement arrivé dans la département, que toute voie de fait soit sanctionnée et que l’endroit investi par les intéressés soit restitué en bon état après leur départ pour que mes impôts ne servent pas à ceux qui cassent et détériorent.

Quant aux hommes et aux femmes politiques mayennais de droite, qui dans les foires et les fêtes agricoles se contentent de se montrer tout sourire en serrant des mains et en parlant du désespoir du monde agricole, il y a quelque chose de dérisoire et de pathétique. Car ce sont vos amis députés européens qui ont voté ces lois et ces directives. Finalement n’êtes-vous pas là, présents auprès des agriculteurs uniquement dans un but électoraliste ?

En fait votre obsession, c’est de contrer la montée du Front National qui continue - même en Mayenne - à surfer sur la vague d’un mécontentement et en plus sans apporter de réelles solutions.

Enfin, les consommateurs. Ils ont aussi leur part de responsabilité : pour aider à l’amélioration des conditions de vie des agriculteurs, ils doivent de plus en plus, à mon avis, affirmer leur demande de produits de qualité. Ce qui contribuera à nourrir la planète. Il faut que nous consommateurs, nous changions nos habitudes, et que nous abandonnions l’idée de manger par exemple des ananas du Costa Rica, ou des fraises du Chili quand ce n’est pas la saison.

Le consommateur doit manger ce dont il dispose, éviter autant que possible les produits avec des pesticides et privilégier le bio, et les producteurs bio de produits locaux de proximité. Il en existe en Mayenne. Le bio, c’est l’avenir et il passe par le circuit local de proximité.

Qu’on arrête de nous parler de circuit court ! Ce n’est pas l’unique solution ; un seul transporteur égal du circuit court, mais par exemple une grande enseigne de distribution alimentaire en Mayenne pourrait très bien faire atterrir à Entrammes un avion dont le ventre serait chargé de bananes - certes ce serait du circuit court parce qu’il n’y aurait qu’un seul transporteur - mais sans forcément de garantie sur les produits qui viennent de très loin, et qui en plus contribuent à détruire la couche d’ozone.

Remarquez bien que l’agriculture productiviste commence sa mutation vers le bio, petit à petit. Elle en a bien compris les profits possibles, sauf que cela va entraîner la destruction des petits producteurs, des précurseurs du bio, par le biais des regroupements d’exploitations.

Pour en revenir au lait, ceux qui crèvent, ce sont les petits éleveurs ; Fils d’agriculteurs, moi-même, je les côtoie pas mal en Mayenne et je dois dire qu’une fois la solidarité de façade affichée dans les mouvements sociaux, une fois rentrés à la ferme, ils se dénigrent les uns les autres. L’agriculture en Mayenne, c’est devenu le règne du chacun pour soi, et c’est bien dommage !

Jean-Bernard Briere est fils d’agriculteurs, citoyen, syndicaliste-militant et retraité.


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Publié le: 23 août 2016
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