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Alors qu’Eric Pilloton, Préfet de la Mayenne était encore en poste, voilà que par le jeu des chaises musicales, il a été nommé Préfet hors cadre pour rejoindre le Conseil Supérieur de l’Administration Territoriale. Il a été remplacé en Conseil des ministres par Corinne Orzechowski. Elle était jusque-là sous-préfète et vient d’être promue Préfète. La nouvelle représentante de l’Etat en Mayenne, (c’est la troisième femme à ce poste en Mayenne) arrive de Draguignan dans le Var.

Elle a commencé sa carrière en tant qu’Attaché d’administration centrale à la caisse des dépôts et consignations, comme chargée d’études en organisation à la direction des activités bancaires et financières. A l’heure où leglob-journal.fr écrit ses lignes, elle ne sait pas quand elle posera ses valises dans le département. Comme les autres, elle restera au mieux 3 ans, c’est le maximum et elle ne fera que passer par la Mayenne. Justement que deviennent les préfets qui ne font que passer ? Leglob-journal.fr s’intéresse à deux de ces « serviteurs de l’État ».

- Par Thomas H.

Hotel de préfecture à LavalPierre de Bousquet de Florian a été préfet du Pas-de-Calais, il a été promu le 25 janvier 2012 préfet de la région Haute-Normandie à Rouen. Dans le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme Sarko m’a tuer (Éd. Stock), Pierre de Bousquet de Florian se confie discrètement et de façon réservée.

Il fut en exercice en Mayenne de 1999 à 2002 avant de devenir le patron de la DST. Le big-boss du contre espionnage français. Dans le département, cette nomination avait étonné car passer de la Mayenne à la capitale, pour un retour, ce n’était pas n’importe lequel ! L’homme à la double particule, une fois à Laval, avait prévenu les journalistes : « je vous demande de m’appeler Pierre de Bousquet  ». Plus simple et sans doute plus « peuple » dans un département à dominance agricole.

Avec des allures d’aristocrate, et sa façon un peu « vieille France  », Pierre de Bousquet de Florian est énarque. Il a longtemps été dans le sérail de Jacques Chirac. Il fut désigné pour représenter un des co-princes d’Andorre, et aura été donc l’envoyé spécial du Président dans la Principauté. L’émissaire, « l’éminence grise ». Ceci devant sans doute expliquer cela !

Pierre de Bousquet de Florian avec ses petites lunettes rondes façon très Troisième République a plutôt bien été perçu par les élus dans le département de la Mayenne.

Pas grand chose à redire non plus de la part de la société civile. En tout cas rien de vraiment saillant. Mais on ne peut sans doute pas en dire autant à lire son témoignage dans Sarko m’a tuer lors de son bref passage de 18 mois à Nanterre dans le département des Hauts de Seine où se trouve Neuilly.

Être proche de Jacques Chirac, sur fond d’Affaire Clearstream au plus fort de la tourmente, cela ne pardonne pas, surtout quand l’ennemi principal de son mentor est aux manettes à l’Élysée. Direction le Pas de Calais, pour qui, à plusieurs reprises, a côtoyé les n° 1 !

Quand le sort s’acharne, il semble bien faire les choses ! L’homme en poste dans ce département presque, en lisière de la Grande Bretagne a été affublé du « Prix P.A.P.O.N » (Prix Attribué Pour Obéissance Notoire) décerné aux préfets les plus méritants.

Une distinction dont il se serait bien passée, lui qui « est type très bien, très intègre, et rigoureux  » selon les propos de Patrick Devedjian cités dans le livre Sarko m’a tuer.

Elle est « décernée » à ceux qui ont « procédé au plus grand nombre d’expulsions de sans papiers ». Une récompense accordée par des associations de défense des droits des l’homme.

L’Association pour l’art et l’expression libres (AAEL), avec le soutien d’un collectif réunissant entre autres la Cimade ou le Réseau Éducation sans frontières 31, est à l’origine de ce prix évoquant la personne de Maurice Papon. L’ex-secrétaire général de la préfecture de Gironde sous l’Occupation a été condamné pour complicité de crimes contre l’humanité en 1998.

Oups !

Dans le département du Pas de Calais qui se trouve sur la façade maritime, et tourné vers la promesse d’un eldorado où se pressent de nombreux sans papiers candidats à l’immigration en Grande-Bretagne, le représentant de l’État est récompensé si on peut dire pour avoir « mis en œuvre des tactiques combinées qui devraient faire école : l’exercice de la violence directe, le harcèlement journalier, la destruction des moyens de survie » selon ceux qui accordent le prix.

La presse nationale avait rapporté que dans la jungle de Calais évacuée devant le Préfet « les forces de l’ordre ont interpellé 276 migrants, dont 135 mineurs, ainsi qu’une dizaine de passeurs présumés. »

Les “distributeurs” du prix avancent que « le gouvernement a, ces dernières années, engagé une chasse sans merci contre des hommes, femmes et enfants  », l’AAEL veut ainsi « rendre l’hommage qu’ils méritent  » aux « fonctionnaires de la République (qui), n’écoutant que les ordres de la voix de leur maître, contribuent, par leur servilité et leur zèle, à cette politique inqualifiable  ».

Re-oups !

Souillée par des projections lors de manifestations du monde agricole, la façade a été nettoyée avec un jet d'eau à forte pressionSourire de circonstance devant les forces vives, et soupe à la grimace en off et en petit comité, c’est souvent le lot des hauts fonctionnaires de la Préfectorale. Garantir la continuité de l’État en région et dans les départements, quitte à avaler des couleuvres ! Il faut donner l’impression d’agir sans avoir d’état d’âme et surtout faire bonne figure.

Il en faut de la distanciation quand on embrasse cette carrière, car le but c’est justement de faire carrière. En avoir conscience ne suffit pas, il faut effectivement prendre sur soi. Arriver dans une ville de chef lieu provincial loin du tumulte enivrant du microcosme mondain de la capitale après avoir connu les ors et les fastes de l’Elysée par exemple, en étant presque parachuté, et poser valises (et ce qui va avec) du jour au lendemain dans une demeure de la République avec appartement et parc de fonction en centre ville, « c’est un peu la galère ». Soit !

Fabienne Buccio et Pierre de Bousquet de Florian, comme d’autres bien avant eux, en ont fait l’expérience ! Arrivée à Laval en 2007, elle venait du centre de décisions français où elle avait été chargée de mission et Conseillère technique à Élysée. Pour elle, c’est sans doute le passage de l’ombre à la lumière par le biais d’une nomination comme préfète de plein exercice. Exposée et sous les feux de la rampe. Elle fut aux commandes comme en Mayenne jusqu’en 2009.

Souriante, avouant ses origines transalpines, titulaire d’un DUT de gestion des entreprises et des administrations, elle n’a pas fait l’Ena. Elle a démarré comme Attachée à la préfecture de Gap en 1983 comme responsable du Bureau d’accueil des entreprises. Moins réservée que Pierre de Bousquet de Florian, elle a le contact plus facile. Elle se veut résolument proche et notamment des agriculteurs auprès desquels elle fera passer accepter la préservation de la qualité de l’eau et rompt avec l’image empesée du « haut fonctionnaire  ». Deux conceptions d’apparence.

Le patron du département, elle réussira à le convaincre de prendre des mesures pour tenter d’empêcher la désertification médicale. Non sans mal et non sans persévérance. Ce qui ne l’empêche pas de prendre des décisions concernant les sans-papiers qui laissent parfois les associations avec lesquelles elle négocie sur leur défense.

Depuis quelques temps Marianne se plaint de maux de tête. ( Image RSF)Quand elle était en poste dans le département de l’Eure, séparée de la Mayenne simplement par le département de l’Orne, avant d’être nommé Préfète de la Loire en septembre 2011, elle a du s’occuper de la fermeture médiatisée d’une usine. L’entreprise elle connait et pour cause : son parcours l’y a préparé. Comme Préfète, elle donne donc dans la médiation sociale concernant un établissement qui employait à l’époque 330 salariés. Mais dont on entendra pas parler au niveau national.

Dans un communiqué, la feuille de route de Fabienne Buccio stipule que « la préfète de l’Eure va prendre dans les heures qui viennent une initiative de médiation avec les repreneurs et la société […] », devait indiquer le ministre de tutelle. Quelquefois cela devient difficile quand il s’agit d’entreprises qui polluent et on y laisse des plumes.

Parfois, des dispositions touchent des individualités. Car un préfet peut être amené à s’occuper aussi des cas particuliers. Ainsi dans une lettre, une mère famille demandait au président de la République de trouver une place dans un établissement spécialisé pour son fils devenu tétraplégique à la suite d’un accident de cyclomoteur. Elle y ajoutait à son adresse qu’il lui fallait « relancer » le débat sur l’euthanasie.

Cette mère s’était engagée pour ce qu’elle considérait comme une cause. Elle avait abandonné son travail pour s’occuper de son fils. Dans son courrier, elle réclamait une loi pour permettre à des personnes comme son fils de « mourir dignement  ». L’Élysée avait indiqué que le président avait bien reçu le courrier et avait saisi la préfète de l’Eure pour qu’elle prenne en charge le dossier.

La grandeur de vue du « serviteur public au service de l’intérêt général  » lui permettrait de se conformer aux décisions de ceux qui se trouvent au dessus de lui. Principe premier : exécuter. Règle numéro deux : incarner la délégation de pouvoir, et se comporter en courroie de transmissions de décisions politiques.

Mais toute politique n’est pas absolument pas acceptable et ne sont pas forcément assumées, même si l’apparence peut laisser croire le contraire. Se muer donc en chargés de missions en tout genre, faire les commissions de ceux qui vous l’ordonnent, entendre, comprendre, et relater, n’est-ce pas finalement le commun du quotidien de ces grands commis de l’État ?


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1 commentaire
  • Trois petits tours et puis s’en vont ! 7 octobre 2015 16:47, par Kanis

    Au ministère en charge de l’outre mer ou il n’a fait qu’un court passage ( 3 petits tours et puis s’en vont la aussi !) en 2007/2008 (d’abord en tant que "préfigurateur de la "réforme (RGPP)" puis en tant que délégué général à l’outre mer, E.Pilloton était surnommé Pilloton d’exécution ou encore Pilotton à vue.

    La réforme a constitué à virer une partie des effectifs - pourtant modestes :136 personnes - (fonctionnaires pour la plupart ceux ci ont été redéployés ailleurs ce qui n’a donc en rien contribué à baisser les supposés ou réels sureffectifs de fonctionnaires) déplacer la majorité des agents d’un poste à un autre après un simulacre de sélection et procéder à un déménagement général des bureaux (les agents du 1er étage passant au 2e, ceux de l’aile gauche du bâtiment passant à l’aile droite etc. générant une énorme pagaille, des couts de déménagement inutiles et au passage une perte d’archives considérables. Un nombre assez important de contractuels ont été recrutés, la prise de décision a été précédée d’un "audit" réalisé à grands frais par un cabinet de consultants extérieur. Une dizaine d’agents, la plupart relativement âgés le plus souvent et certains très compétents dans leur domaine ont été laissé sur place sans réaffectation ni ré-emploi ailleurs pendant 2 ans ! Economie, bonne gestion, rationalité, bon sens, sont ils réellement enseignés à l’ENA ou sc. po. ? De l’art de s’agiter pour faire du surplace au frais du contribuable.

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Publié le: 13 janvier 2012
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