| Retour à la Une
leglob-journal
Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne

La femme du boulanger. Sandrine Ribot devient la première présidente de la Fédération des boulangers de la Mayenne. Bien présente sur les réseaux sociaux, elle a été non pas élue, mais choisie au sein du bureau pour prendre les commandes de la « Fédé en sommeil depuis quelques années ». Forte pour le moment d’une douzaine d’adhérents sur les 192 boulangeries artisanales que compte la Mayenne, Sandrine Ribot qui veut absolument travailler en équipe, a plein de projets en tête.

Par Thomas H.

« Cette place m’a été donnée, mais en fait je la voulais... et j’ai très longtemps discuté avec le président sortant je me souviens, et je sentais bien que mon prédécesseur en poste depuis 10 ans n’en voulait plus, bref ! Mais je n’ai pas accepté pour être la première femme en Mayenne...non ! Ce n’est pas ça le but ! » La Présidente recadre.

Il n’empêche, d’habitude on parle peu de la « femme du boulanger », et aussi de la femme au foyer qui tricote à quand elle a un moment de libre. La femme du boulanger dans la profession, on la cantonne le plus souvent dans la tâche de vendeuse. Sourire et rendu de la monnaie. Mais Sandrine Ribot l’avoue, elle serait bien dans le pétrin, si il fallait faire du pain. Alors, elle laisse ça à son mari, le boulanger. «  Je ne sais pas faire ! ».

Et pourtant, depuis 20 ans qu’elle fait dans le pain, elle a l’amour de la farine - même si c’est pas franchement réciproque – celle qu’on assemble à l’eau, à la levure et au sel et qui donne une belle croûte et une mie bien aérée ; la farine elle l’a dans la peau. « Mais je ne veux pas me donner en spectacle ; je suis présidente de la Fédération mais pas en tant que femme. Vous comprenez ? Ce qu’il faut, c’est qu’on remonte la Fédération. Je suis sur le devant de la scène parce qu’il faut qu’on parle de notre métier de boulanger. Il en a besoin. »

Les pains exposés comme des livres de vie

« Les bûches surgelées en plein mois de décembre ; les 80 %, - reportage vu à la télé -, à propos des artisans qui ne fabriquent plus leurs galettes, au mois de janvier... » Sandrine Ribot égrainent les fausses informations, - en 3.0, on dirait les fake-news - véhiculées par « les journalistes ». « Il va falloir dire que nous les artisans, on a un savoir-faire. Les journalistes nous font du mal ». Encore eux, toujours eux ; et éternel refrain.

« "Si c’est à la télé, alors ! c’est que c’est vrai obligatoirement", voilà ce que m’a dit une cliente, qui me posait la question de savoir si nous fabriquions nos galettes ! » Là, on sent Sandrine Ribot un peu vénère. « On doit se remettre en avant et arrêter avec ces chaînes de boulangerie industrielles  ». Les usines qui fabriquent de la viennoiserie ou du pain à la chaîne. Comme par exemple Bridor, installé à Louverné près de Laval « ce n’est pas grave : eux, ils fabriquent pour l’exportation, pas pour la Mayenne !  » dit-elle simplement.

« Nous, ce qui nous manque en Mayenne, c’est de la visibilité. Mais on va pas bouleverser. Mais les boulangers, il faut qu’on soit sur les réseaux sociaux, c’est ça être la boulangère 3.0 ; vivre avec son temps. Montrer ce que fait mon mari boulanger, la déco du magasin...Je fais vivre ! » Bientôt, un groupe sur Facebook qui va s’ouvrir à d’autres, elle l’espère ; et puis une page par la suite pour la Fédération. Des projets numériques donc sur les réseaux sociaux.

« Ce que que je ne veux pas, c’est qu’on fasse la Fédération contre quelque chose  » sous entendu les entreprises de boulangeries. D’ailleurs « on ne leur demandera pas de venir avec nous, on ne peut pas tout mélanger ! », Sandrine Ribot est ferme et définitive. « Maintenant, on a compris ce que fait la chaîne, il faut montrer ce qu’on sait faire, nous les artisans et qu’on ne fait pas comme eux ». Le « 3 plus une gratuite », par exemple, c’est pas possible, « On paye la farine, monsieur ! » a-t-elle envoyé une fois à un client.

Sandrine Ribot, la boulangère au grand cœur, dans sa petite boutique de la rue Échelle Marteau à Laval, distribue en revanche ce qu’elle appelle des « baguettes en attente ». Elle fait ça depuis 2013 ; des baguettes de pain données à ceux qui n’en ont pas les moyens. « Les mecs qui font la manche, des madames aux fins de mois difficiles, etc.  » Le principe ? Elle explique. « Vous achetez par exemple deux baguettes en attente, vous payez deux euros », et Sandrine note deux bâtons sur une ardoise située juste au dessus de la caisse ; « et hop, quand quelqu’un entre dans la boutique et dit je voudrais une baguette en attente, je lui donne gratuitement, mais c’est toi qui l’a payée. » Malin.

Avantages : tout le monde est gagnant, celui qui est solidaire en payant et celui qui reçoit sans avoir à quémander. Et la boulange aussi. Depuis 2013, ça marche, «  les gens savent » dit-elle. « Ça c’est mon coté saint-bernard ».

Miches et nichons

« Les petits nichons », elle les a lancé après le décès en raison d’un cancer du sein de Myriam Lepert qui fut chargée de mission départementale aux droits des femmes et à l’égalité en Mayenne ; l’opération se déroule tous les ans au mois d’octobre, et « ça, c’est aussi une action de solidarité et de sensibilisation ». Elle en a vendu « 155 la première année. L’an dernier près de dix fois plus, 1250 et c’est l’année des 505 que j’ai galéré et que j’en ai plein dans la figure, dit-elle, avec des attaques très dures sur les réseaux sociaux  »

À présent, elle se veut prudente et attentive à ce qu’on dit d’elle. La bronca a laissé des traces. « Quand on se met en avant, c’est le risque. On a dû se dire encore elle, c’est toujours la même qu’on voit. C’est sûrement ça, c’est possible ! Mais je ne fais pas ça pour le business, c’est une bonne action, contrairement à ce qu’ils ont écrit sur internet et voulu laisser croire. » Ces mêmes réseaux sociaux sur lesquels elle veux appuyer sa présidence pour communiquer.

Sandrine Ribot la nouvelle présidente ne veut pas se prendre la tête

Plus classiquement, Sandrine Ribot va aussi surfer sur l’existant. « Facile, il n’y avait plus grand chose de fait depuis quelques années. » explique-t-elle. Et ce n’est pas uniquement le cas en Mayenne «  La Sarthe était dans la même panade » analyse la nouvelle présidente derrière sa caisse.

D’abord, le concours de la baguette tradition, un rendez-vous classique qui s’est toujours fait, « de toute façon, il n’y avait plus que ça » lance-t-elle ; mais aussi la fête du pain, « ce sera une surprise ! » du 14 au 20 mai ; et puis le concours départemental du meilleur boulanger en Juin et la même chose au régional. Et elle ajoute « Et si les nouveaux adhérents ont des idées, on fera boule de neige ! ». En souhaitant que le fait de mettre la main à la pâte de la Fédération ait des effets, positifs, elle l’espère. Et que « la Fédé » monte en puissance grâce au tout nouveau levain insufflé par la présidente, Sandrine Ribot.

(c) Photos leglob-journal


Réagir

Un quinquennat pour la présidente 3.0 des boulangers en Mayenne

Publié le: 8 février 2018
- Lire aussi d'autres articles de la rubrique: leglob-mayenne
Laval 53 Consommation
Acteur et vecteur de la Pensée critique en Mayenne : leglob-journal
Vous aimerez lire aussi sur leglob-journal
leglob-journal, votre journal indépendant en ligne - Informations, Analyses, Opinions en Mayenne - Nous contacter : redaction@leglob-journal.fr
© leglob-journal 2018 - Mentions légales - Editorialisé avec SPIP - se connecter - RSS RSS