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De l’Europe, il en sera beaucoup question en 2019 lors de la campagne des élections européennes. On entendra parler un peu partout de « plus d’Europe », mais aussi d’une « Europe plus sociale et solidaire », ou même de la défense. On évoquera sans doute la nécessité de mettre en place des politiques migratoires, de « réduire le déficit public sous la barre des 3% », ou bien de lutter contre les pesticides, etc. La liste des sujets possibles au cœur de la problématique européenne est presque aussi longue que l’institution semble, dans la majorité des esprits des européens, éloignée de leurs préoccupations. Ce sont donc des élections incertaines et à hauts risques parce qu’à l’instar du Brexit, des états-membres songent à s’extraire de l’Union Européenne ou des formations politiques appellent à renégocier ses traités. Michel Ferron, le président de Maison de l’Europe en Mayenne souhaite, lui, qu’on parle aussi d’une « Europe de la Culture » comme ciment européen. Car, selon lui, il y a urgence.

Par Michel Ferron*

A l’approche des journées nationales du Patrimoine, désormais bien ancrées dans le calendrier de l’après-rentrée, il est temps de rappeler l’initiative (peu médiatisée) prise par l’Union européenne de placer l’année 2018 sous le signe du patrimoine culturel. Officiellement inaugurée lors du Forum européen de la Culture le 7 décembre 2017 à Milan, cette campagne volontariste a pour but de mettre en exergue les éléments du patrimoine qui rythment notre quotidien : paysages naturels et sites archéologiques, architecture religieuse et profane, arts et littérature, contes et légendes, traditions culinaires et savoirs professionnels …

Habitué à n’aborder les problèmes de la construction européenne que par le prisme de considérations économiques, on en vient à gommer cette dimension fondamentale d’une communauté de pays riches de leur diversité culturelle. Certes, dès l’origine, l’idée d’Europe s’est imposée dans la période de l’après seconde guerre mondiale, à travers l’impératif d’une mise en commun des ressources industrielles. Ce fut, notamment, l’objectif de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier) en 1952 et pendant longtemps la préoccupation centrale de la CEE. Pour autant, l’Union européenne (UE) n’a pas pour vocation à n’être que la superstructure d’un marché commun régulé par une monnaie unique.

D’ailleurs, la désaffection à l’égard de l’Europe ne s’explique-t-elle pas en partie, au-delà de la complexité d’institutions qui restent peu lisibles, par le manque de motivation des citoyens pour les incessants débats d’experts en macro-économie ? D’où l’intérêt et l’urgence de convoquer d’autres réalités plus attractives (parce que plus familières et plus perceptibles), telles que les manifestations concrètes d’un patrimoine culturel commun.

La question est plus cruciale qu’il n’y paraît tout d’abord, si l’on en juge, par exemple, par le rappel récurrent des origines catholiques de l’édification progressive de l’Europe, léguées prioritairement, selon certains, par la civilisation de la chrétienté médiévale ; ce qui a pour effet d’introduire dans le débat une crispation idéologique inutile et anachronique au regard des véritables enjeux de la construction de l’Europe d’aujourd’hui. Plus récemment, les velléités d’adhésion de la Turquie ont suscité des réserves, quant à la nécessité délicate de délimiter un périmètre culturel cohérent pour la communauté européenne.

Oui à une Europe de la Culture

Depuis 1992 et le traité de Maastricht, l’Union européenne s’est dotée de compétences dans le domaine de la culture. Force est de constater cependant que les attributions culturelles de la Commission restent peu connues et ses préconisations peu audibles (programmes Europe Créative, Culture et Media, traitant de la transition numérique, de l’encouragement à la création, de la protection des auteurs …)

Sans doute est-il plus difficile (et moins prégnant) pour les analystes économiques de parvenir à établir la contribution effective de chacun des pays membres à la constitution d’un patrimoine identitaire commun. Cependant, au-delà de la diversité des modes de vie et des mentalités, de la richesse des coutumes et des traditions, il est des apports assez faciles à mesurer et qui s’imposent à tous.

Ainsi en est-il tout particulièrement du métissage linguistique, qui offre une formidable invitation à l’ouverture sur d’autres modes de pensée, par l’encouragement à l’apprentissage des langues vivantes. Dans ce domaine, d’ailleurs, la multitude des langues régionales et des dialectes locaux représente une composante spécifique et la France s’honorerait de ratifier enfin la charte européenne des langues régionales (comme le demandent les minorités bretonne et occitane) …

OUI, une EUROPE de la CULTURE est possible à condition de ne pas la réduire à une simple "machine à sous", mais de la percevoir avant tout comme un riche espace d’échanges et de rencontres entre les peuples qui la composent. Les jeunes générations, fort heureusement, l’ont bien compris, en devenant dans tous les pays de l’UE les meilleurs ambassadeurs de cette multiplicité de regards et de partages, à travers leur participation au programme Erasmus + et aux dispositifs du SVE (Service Volontaire Européen) ou du SCI (Service Civique International).

En conclusion, on pourra emprunter quelques citations tirées d’un article récent du Monde (13.08.18), paru dans la rubrique Débats et analyses et signé de Christian Lequesne, professeur de science politique à Sciences Po Paris : « Les discours qui ne parlent que de taux de croissance et de réduction des droits de douane laissent un vide que les populistes s’empressent de combler (…) Il faut des discours qui parlent d’histoire commune, de communauté et d’identité… »

* Michel Ferron est président de la Maison de l’Europe en Mayenne


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Une Europe de la Culture est-elle possible ? - Par Michel Ferron

Publié le: 5 septembre 2018
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