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« Non à une école de catholiques traditionalistes à Entrammes ! ». C’est simple, ferme et sans appel. Cela ressemble à un cri. Il émane de la part de deux syndicats représentatifs d’enseignants en Mayenne qui ont pris rapidement position après la parution d’un article annonçant la création envisagée d’une école hors contrat. Une école qualifiée d’indépendante, située dans une petite ville près de Laval en Mayenne. Publiquement, la FSU et le SNU-ipp le font savoir et « ne sauraient accepter l’ouverture d’une telle “école”  ».

- Par Thomas H.

n Mayenne, ce serait une première. Et cela pourrait contribuer à déterrer la hache de guerre entre tenants de la laïcité de l’Éducation et les autres. Surtout si l’administration donne les moyens de cette résurrection en autorisant ou en laissant faire.

Des établissements sous contrat, il y en a, en Mayenne, 123 selon le portail officiel de l’enseignement privé. Mais point d’école dite indépendante, ou d’école hors contrat, c’est-à-dire qui ne dépend pas de l’Éducation nationale.

École Anne de Guigné - Cette "école" en gestation ce serait donc le premier établissement de ce genre dans un département qui donne des signes depuis quelques temps et semble en matière de défense de la catholicité se recroqueviller sur lui-même. Peut-être en réaction à l’alternance présidentielle qui a mis la Gauche au pouvoir.

L’école Anne de Guigné du nom d’une enfant morte à l’âge de 11 ans doit voir le jour à une dizaine de kilomètres de Laval, à Entrammes, (Mayenne) au lieu-dit La Grande Roche.

« Sainteté » - Et quand on tape Anne de Guigné dans un moteur de recherche, on arrive sur une page où l’on en apprend un peu plus. On peut lire : « Anne de Guigné est une enfant née au début du 20e siècle qui, après avoir vécu onze ans seulement, a laissé derrière elle une étonnante réputation de sainteté. […] elle est une enfant au caractère très affirmé, avec ses qualités et ses défauts, qui a mené une vie ordinaire en lui donnant, par la richesse de sa vie intérieure, une dimension extraordinaire.

C’est l’étonnante limpidité du compagnonnage de cette enfant avec Dieu, […] que nous invitons à découvrir. » Fichtre !

« Obéissance » - Un colloque s’est tenu d’ailleurs en l’Eglise du Bon Conseil à Paris à la mi-janvier 2011 peut-on lire sur ce site. Il avait pour objectif de célébrer le centenaire d’Anne de Guigné et de faire découvrir comment les enfants peuvent, à son exemple, accéder à la Sainteté.

Le Père Guilmard, Vice Président d’ « Enfance et Sainteté » et moine de Solesmes estime, toujours sur ce site internet, que « […] pour parler d’elle, il n’y a pas à raconter une longue suite d’événements. Il suffit de dire que cette fillette, née à Annecy en 1911, est morte à Cannes en 1922 […] et [qu’elle] s’est convertie à 4 ans ! […] parfaite docilité et son obéissance de tous les instants [...] on lui a montré le but à atteindre : “Pourvu que Jésus soit content.” On lui a donné des conseils ou des ordres : elle a dit oui à chaque minute. […] »

Le rêve quoi ! - « A l’aube du 14 janvier 1922, après ce dernier échange avec la religieuse à qui la veille elle demande : « Ma sœur, puis-je aller avec les anges ? » « Oui, ma belle petite fille » « Merci, ma sœur, ô merci ! » Elle meurt.

Cette petite fille est une “sainte”, tel est alors le verdict général. […] Les études menées à Rome […] conclue[nt] positivement en 1981, et le 3 mars 1990, le décret reconnait l’héroïcité des vertus d’Anne de Guigné.  » lit-on sur ce site composé à la gloire de l’enfant.

Autorisation ? - A Laval, l’Inspection d’académie de la Mayenne aurait reçu le dossier de constitution de cette école, mais aucun feu vert n’aurait encore été accordé. L’administration dispose de trente jours pour faire ses observations à partir de la réception de la demande et peut s’y opposer éventuellement. Le fera-t-elle ?

Mais pour ouvrir une école en France « les contraintes imposées par l’État sont très limitées : il suffit d’être majeur et de n’avoir jamais été condamné […] Depuis trois ans, des initiatives émergent de tous les côtés, en réaction à la baisse du niveau des écoles publiques et à l’engorgement des écoles privées sous contrat[…]  » peut-on lire sur un site intitulé « Créer son école »

Il s’agit d’un site rattaché à la Fondation pour l’École avec un grand E qui a été créé par la même personne, Anne Coffinier.

Guerre froide - Sur Atlantico cette ancienne élève de l’ENA et de l’École Normale Supérieure écrit : « il faut revenir sur la règle des 80% / 20% […]. Cette règle n’a plus aucune existence juridique, depuis la loi de finance rectificative de 1985. C’est une idée qui s’est consolidée sous forme d’une coutume politique.

Ce supposé équilibre n’est en réalité pas accepté par les extrémistes de gauche, le parti “laïcard” , acquis au slogan “à école publique, argent public et à école privée, argent privé” . Pour eux, tout l’argent public - c’est-à-dire celui des contribuables - doit aller au profit exclusif de l’école publique ; les 20% ne sont dans ces conditions que la limite haute de ce qu’ils envisagent de concéder au privé, à titre de tolérance et lorsqu’ils estiment ne pas avoir le choix. […] » . Le message est assez limpide et teinté d’une certaine haine pour le monde laïc.

« Embrigadement religieux » - Une « école indépendante » comme celle qui pourrait voir le jour en Mayenne est une école qui ne dépend pas de l’Éducation nationale. Elle est dite hors contrat, elle n’est donc pas aidée financièrement par l’État, qui n’intervient que pour contrôler qu’elle n’enfreint pas l’ordre public et ne contrevient pas aux bonnes mœurs. Mais si l’État ne finance pas, qui finance ?

La FSU et le SNU-ipp qui sont les 2 syndicats d’enseignants en Mayenne à avoir réagi le plus rapidement à cette annonce « […] dénoncent cette « école » de l’embrigadement religieux dont les objectifs sont en opposition avec les valeurs de l’École Républicaine qui a pour vocation l’accueil et la réussite de tous les enfants. Au contraire, cette “école” relève du communautarisme définissant l’excellence par le tri social, financier et religieux. »

« Non à une école de catholiques traditionalistes à Entrammes » - Et les 2 organisations syndicales de poursuivre : « Alors que les partenaires sociaux, gouvernement, syndicats enseignants et associations de parents, s’attachent à faire de l’école publique gratuite et laïque une école pour tous, un groupe de catholiques traditionalistes veut implanter son “école de l’excellence” sur la commune d’Entrammes.

Pour la FSU et le SNU-ipp, les principes de laïcité doivent s’appliquer partout dans l’Éducation. La FSU et le SNU-ipp seront très attentifs à la décision de la Directrice Académique de la Mayenne. Une autorisation d’ouverture serait considérée comme une agression contre l’Ecole Publique au moment où 27 fermetures de classes et la quasi-disparition des RASED entrainent la dégradation des conditions d’accueil de tous les élèves ! ». Voilà en Mayenne, une position sur l’École au sein de la République qui a le mérite de la clarté !


Dernière minute (28 août 2012) >>>>> Le dossier déposé par l’association n’a pas reçu l’aval de l’Inspection d’Académie de la Mayenne pour des raisons techniques, de sécurité notamment. Les locaux ont été jugés inadaptés pour recevoir la vingtaine d’élèves pressentie. Mais l’administration ne s’est pas prononcé sur le fond. L’association a fait appel auprès du Rectorat de Nantes. Ce dernier a confirmé les préconisations de la Direction académique de la Mayenne.


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Publié le: 8 juin 2012
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