Une médecine qui souffre

Par leglob-journal 

On savait déjà que la Mayenne comptait un déficit en médecins généralistes. Voilà une donnée supplémentaire pour bien appréhender la complexité de ce département rural qui doit se doter des moyens de réagir. Le SATM, c’est le seul service inter-entreprises de santé au travail du département de la Mayenne.

Représentation de médécins-professeurs, peinte sur la clôture érigée devant l'Hôpital de Château-Gontier. Clôture qui n'existe plus à présent...
Représentation de médécins-professeurs, peinte sur la clôture érigée devant l’Hôpital de Château-Gontier. Clôture qui n’existe plus à présent…

Il compte en 2010, l’équivalent de 22 médecins représentant 17,7 équivalent temps plein, alors qu’il en faudrait 31 au moins pour assurer le respect de la réglementation actuelle. Le SATM est malgré lui hors les clous. Pourtant, il est plus qu’utile. Il assure le suivi de la santé au travail de près de 77000 salariés, dans plus de 6000 entreprises. Et de toutes les tailles, et dans tous les secteurs d’activité si on excepte le secteur agricole. 77 000 salariés ce n’est pas rien !

Il a pour rôle et vocation de mettre en œuvre des mesures de suivi, individuelles et collectives, des mesures de prévention des risques professionnels et de conseil mais aussi d’assistance dans ces domaines, auprès des salariés et de leurs employeurs. Les salariés voient leur médecin du travail tous les 2 ans, pour une visite médicale. Jusque là c’était tous les ans. On serait en droit de le regretter ne serait-ce qu’en terme de dépistage de maladie !

Panne de vocation

Au plan national, 75% des médecins du travail ont plus de 50 ans et 1700 départs en retraite sont prévus dans les années à venir et la Mayenne n’est pas épargnée. Dans le même temps seulement 50 places en moyenne sont ouvertes chaque année au concours dans cette spécialité et en plus elles ne sont pas toutes pourvues. Et ne parlons pas de l’attirance pour le métier. A croire que les médecins semblent préférer les visites rapides et nombreuses, tous les quart d’heures, à une introspection médicale obligatoire et plutôt complète de salariés.

En Mayenne, les médecins du SATM auront passé les 55 ans pour 80% d’entre eux en 2010. Il y a donc urgence comme dirait Georges Clooney dans une série télé éponyme !

Même chose. On mesure la représentation qui en est faite...
Même chose. On mesure la représentation qui en est faite…

Dernièrement, le SATM a alerté le président du Conseil général de la Mayenne sur la situation qu’il juge préoccupante.

« Le coût moyen d’une maladie professionnelle représente, pour la collectivité et les entreprises, selon les parties du corps concernées (cheville, cou, épaule, genou ou poignet par exemple) un montant variant entre 4600 et 10500 euros pour chaque cas individuel, et un nombre de jours d’arrêt correspondant pouvant aller jusqu’à 205 jours par salarié concerné. »
Fichtre !

On conçoit bien la nécessité. L‘impérieuse nécessité.
Et ne pas en tenir compte pour un politique, c’est un peu d’irresponsabilité. C’est en tout cas passer à coté d’une obligation qui par la suite pourrait se transformer en négligence pouvant devenir répréhensible. Comme trop attendre pour mettre en place des mesures incitatives pour attirer les médecins généralistes en Mayenne.

La visite médicale dite « d’aptitude » a été portée de 12 à 24 mois. Ce qui espace le contact avec le médecin du travail. Parfois le seul professionnel de santé que peut voir un salarié modeste financièrement. Priorité semble dans le même temps être donnée aux visites d’embauche, de reprise, de pré-reprise, aux visites occasionnelles. De plus en plus nombreuses en ces périodes de crise. La vigilance semble être la mise car si un salarié alerte, le service serait en mesure de répondre immédiatement à la sollicitation. C’est heureux !

Donc, « le salarié n’y perdrait pas trop » coté fréquentation médicale explique une professionnelle de santé au travail. Avouez qu’il s’en passerait bien en préférant une plus grande stabilité professionnelle!

« Ce seul exemple montre bien qu’il y a là, à la fois un enjeu en terme de santé, mais aussi d’impact économique pour notre système de prestations sociales comme pour les entreprises, à travers, notamment, l’absentéisme qui en découle. » poursuit la lettre envoyée à Jean Arthuis par le SATM.

« Irréaliste et difficile d’imaginer que les salariés puissent […] travailler plus longtemps » ajoute le document envoyé à l’élu centriste, « sans qu’aucun système de prévention adapté » ne « puisse les suivre et les accompagner. »

Il y va aussi de la pérennité des employeurs. Réformer semble le maître mot aussi en la matière. Mais cela a un coût ! A titre indicatif, une visite médicale comporte, dans la plupart des cas, un examen audiométrique, un examen de la vue, et, dans certains cas, un test de respiration. Et s’il fallait compenser le manque de médecins du travail en se reportant sur les médecins hors l’institution « bonjour les économies ! »

Si ces examens devaient être effectués par des spécialistes « en ville » par exemple, il faudrait d’abord s’armer de patience pour obtenir un rendez-vous et il en coûterait 40 euros chez un ORL pour un audiogramme, 26 euros pour un test de la vision, et près de 77 euros pour un examen chez un pneumologue. Ce n’est pas rien. « Le niveau de la cotisation d’adhésion au SATM apparaît donc des plus mesuré », plaide le Directeur du SATM.

Un vrai problème !

« Rester sourds et ne pas bouger cela voudra dire » écrivait déjà en substance Samuel Tual le Président du service SATM en Octobre 2009 « que les entreprises adhérentes et le SATM prendront des initiatives publiques, fortes et déterminées, sur cette question vitale. »

Car « si rien n’est fait le médecin du travail pourrait s’éteindre d’ici 5 cinq ans » estime Paul Frimat, professeur de médecine du travail au CHU de Lille. Au niveau national 1700 praticiens partiront à la retraite alors que seulement 370 seront formés. C’est simple. L’arithmétique est implacable.

Resterait la reconversion en deuxième partie de carrière pour un médecin généraliste ou bien la délégation de service au infirmières ce qui est déjà le cas en Mayenne. Un récent rapport évoque même le recours aux « secrétaires médicales ». Faudra-t-il simplement assurer une présence devant le patient ? Et se donnera-t-on ainsi bonne conscience ?
Un autre point pour bien comprendre.
Il faut savoir que sur les six premières années de formation pour devenir médecin seulement 9 heures sont consacrées à la médecine du travail. Les futurs médecins doivent engranger plus fortement le fait qu’un salarié passe au minimum 7 heures par jour à travailler !

Les séries de suicides récents, ces actes ultimes de désespérance, appellent des solutions urgentes et raisonnées. Et la souffrance au travail, occasionnée par des pratiques incontrôlées de la part de certains dirigeants, ne doit pas souffrir d’absence de remèdes.

Au contraire, il est primordiale de se pencher rapidement et efficacement au chevet de la médecine du travail, cette institution qui fait penser à un « grand corps malade » qui ne doit surtout pas faire l’objet de soins palliatifs !

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