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sur leglob-journal, c’est droit de suite. Avec Rihaoui Chanfi. leglob-journal l’avait rencontré le soir de la victoire d’Emmanuel Macron. Ce jeune trentenaire était En Marche !, le voilà maintenant La République en Marche !. Passé l’euphorie, ce lavallois porte un regard aigu sur la campagne passée et à venir, celle des législatives notamment en Mayenne et sur Laval. Fort de son expérience, car c’est la troisième campagne électorale à laquelle il participe, il nous livre ses interrogations et son ressenti.

- Par Rihaoui Chanfi

Je ressens une émotion assez particulière. C’est ma troisième campagne présidentielle, mais ce fut personnellement la plus pénible. Je suis entré en politique à cause du 21 Avril 2002. Toute ma vie citoyenne, mon investissement associatif, le choix de mes études ont été orienté à la suite de cet événement. Le choix même de soutenir Monsieur Emmanuel Macron dès les premiers jours y est également lié.

La normalisation et la banalisation des propos racistes, xénophobes et homophobes sont pour moi intolérable. Moi, enfant d’immigré, de culture musulmane, élevé dans les valeurs républicaines, issu de la mythologie de la méritocratie républicaine et aujourd’hui père d’un enfant métissé, tout cela fait que je ne peux concevoir cette banalisation.

J’ai beaucoup pardonné au gouvernement Valls, mais les polémiques sur la déchéance de nationalité, le burkini, ou encore le voile à l’Université ont été très dur à admettre.

Accepter de soutenir un autre candidat en dehors du PS fut quelque chose de compliquer à faire accepter à mes anciens camarades du Parti Socialiste ou à mes amis mélenchonistes. Je n’ai jamais pris autant de coups que durant cette campagne, principalement entre les deux tours où je fustigeais la position de ceux qui voulaient voter blanc ou s’abstenir.

Donc cette victoire, même si ce fut un grand soulagement, laissera beaucoup de traces, de blessures intimes, et d’amitiés brisées. Mais cela en valait le coup. Je pense que l’Histoire se souviendra longtemps de cette blitzkrieg que l’on a accomplie. C’est juste incroyable ! Il y a quelques mois on était la risée de la France. Des injures, des quolibets accompagnaient nos actions militantes. Je ne boude pas mon plaisir d’avoir participer à cette aventure.

Même s’il faut l’avouer, les étoiles se sont alignées sur notre marche : défaite de M. Juppé, François Hollande qui refuse de se représenter, victoire de M. Hamon contre Manuel Valls enchaînant ensuite sur une mauvaise campagne, les affaires Fillon, et enfin la stratégie suicidaire de Marine Le Pen entre les deux tours... Bref, comme on dit, Manu « a eu une énorme baraka  »

Aujourd’hui, j’ai eu du mal à fêter pleinement cette victoire car rien n’est complètement gagné ; la bataille des législatives s’annonce rude, notamment ici à Laval où le mouvement est en phase de construction.

Ce qui fait la force mais aussi la faiblesse de ce parti, c’est cette fraicheur des militants, de ceux qui ont postulés à l’investiture. J’espère que cela ne sera pas synonyme d’amateurisme ! Il ne faut pas oublier que nos candidats devront éditer un document de campagne, monter une association de financement ou trouver un mandataire financier, or cela ne se fait pas en deux jours.

On est dans un département assez rural où perdurent des phénomènes de notabilité locale et d’implantation de terrain. On aura en face de nous des candidats qui ont déjà tourné pendant cinq ans sur la circonscription, et on ne pourra pas rééditer une campagne éclair sur la seule tête d’Emmanuel Macron. On va partir avec un certain handicap et j’ai bien peur que l’euphorie de la victoire fasse oublier à certains que la politique, c’est un art de guerre.   Beaucoup de questionnements jalonnent mon esprit. Les décisions qui vont être prises dans les jours à venir conditionneront le maintien de mon engagement à La République en marche ! Quel premier ministre ? Quel gouvernement ? Qui sera investi et comment le mouvement va-t-il se structurer à Laval ? Les réponses à ces questions seront décisives pour moi. Comme je l’ai dit, je suis de gauche et je resterai de gauche.

Stratégiquement, je pense que M. Macron devrait nommer un Premier ministre issu des rangs de la droite ou du centre et un gouvernement majoritairement de la société civile et de gauche, car les électeurs les plus difficiles à convaincre sont ceux de la droite et du centre.

« La gauche de gouvernement » est en lambeaux, la stratégie de M. Mélenchon conduira la France insoumise à un échec cuisant. Donc les vrais adversaires restent Les Républicains car malgré une certaine désunion, leurs électeurs sont les moins abstentionnistes, et les moins volatiles électoralement. Pour autant, faire campagne pour un Premier ministre de la droite traditionnelle, soutenir un député issu de l’UDI, cela me semble très compliqué, pour ma part. Cependant cela n’est pas rédhibitoire non plus...

Je suis conscient, d’être dans un département de tradition centre-droit sous le patronage de Jean Arthuis, mais j’espère que malgré cela, la diversité du mouvement avec La République en marche ! sera maintenue dans le département.

La démission du réfèrent départemental, Aurélien Page, m’a aussi fait prendre conscience de la réalité. La politique n’est pas une affaire de sentiment. Les manœuvres politico-politiciennes sont en marche.


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Présidentielle : « Une victoire qui laisse des traces » - par Rihaoui Chanfi

Publié le: 10 mai 2017
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