| Retour à la Une
leglob-journal
Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne


Alors que le groupe mayennais Lactalis est entré en discussions exclusi- ves en vue du rachat de la deuxième coopérative laitière suédoise qui a donné son accord, gros plan sur le groupe laitier français qui en juillet, a mis la main sur l’immense majorité du capital de l’italien Parmalat à l’issue d’une offensive controversée qui lui permet de devenir le numéro un mondial des produits laitiers.

- Par Thomas H.


Vache à lait avec sa boucle d'oreille !Le rêve mayennais ! - Elles paissent devant l’usine Lactalis à Laval en Mayenne. Elles sont immobiles, bien sages, ces vaches artificielles, des vaches colorées et statufiées comme un hommage immuable à cet animal qui a fait la fortune du groupe.

Sur le site internet Lactalis International, on peut lire présenté comme un gage de crédibilité : « le lait est l’aliment que produisent toutes les femelles mammifères pour nourrir leurs petits. C’est donc un aliment 100% naturel ! » Pas si simple. Rappelons par exemple qu’en 2000, le groupe Lactalis a été condamné pour « fraude sur le lait et publicité mensongère ». La pratique consistait au « mouillage » du lait de consommation avec une partie de l’eau de rinçage, « une fraude portant sur 70 % de la production du groupe  » selon le jugement rendu.

Un des nombreux camions citernes, véritable panneau publicitaire ambulant, qui opèrent la collecte de lait.

3 100 M d’euros - Le fief du groupe Lactalis, propriété de la famille Besnier en impose. Quand on arrive de l’autoroute pour entrer sur Laval, c’est une bien belle vitrine de verre, une immense façade de miroirs réfléchissants sur laquelle on tombe au commencement de la zone industrielle. Symbole de sa volonté de puissance comme pour rappeler que c’est là, à Laval que Lactalis vit et essaime à l’international.

Le groupe avec 52 000 salariés, l’équivalant de la ville de Laval dont 16 000 en dehors de France, a réalisé l’an dernier un chiffre d’affaires de 9,4 milliards d’euros. Ca en fait des litres de lait !

Contractualiser - A ce propos la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), branche spécialisée de la FNSEA a dénoncé récemment les « menaces  » et les « mensonges » de Lactalis alors que les négociations sur les contrats qui lieront le premier collecteur de lait en France et ses producteurs, en Mayenne et ailleurs, piétinent.

Dans une lettre interne rapporte l’Agence France Presse, elle a pointé en particulier « trois degrés de menace  » pour « extorquer les signatures des producteurs  ». Rompre les relations contractuelles avec ce dernier si il ne signe pas, souligne le conseiller juridique du syndicat et auteur de la note, ou bien de payer le lait « plus tardivement  » aux réfractaires.

« […] c’est un passage en force difficilement acceptable  », affirme la FNPL, qui s’en prend à ce qu’elle appelle des « méthodes de gangster  ». Eh ben ! Interrogé par l’AFP, Lactalis n’avait pas souhaité, on s’en doute, faire de déclarations sur le sujet.

Le milliardaire invisible - Peu de Mayennais le savent...Le slogan de Lactalis c’est « l’innovation au cœur de la tradition laitière  ». Si l’usine montre toutefois une image, un peu "bling-bling" selon certains vue de l’extérieur, aux mayennais et aux visiteurs, coté média, fidèle à cette maxime typiquement mayennaise «  pour vivre heureux vivons cachés  », celui qui incarne le « 1er Groupe Laitier du Monde  », ne fait pas vraiment dans l’ostentatoire. Son grand patron, Emmanuel Besnier 41 ans, qui cultive l’invisibilité n’a jamais accordé d’interview et il existerait de lui qu’une seule photo. Alors avis aux amateurs !

L’organisation centralisée du groupe est aussi très secrète. C’est le moins qu’on puisse dire. Pas grand-chose ne filtre. Et personne ne s’en plaint. Lactalis s’affiche en Mayenne aussi peu que sont célèbres et exposées, les marques du groupe : le camembert Président, la mozzarella Galbani, les crèmes Bridel ou le lait Lactel par exemple. Sans compter les marques des pays étrangers où Lactalis est présent.

52 000 salariés - « C’est une entreprise patrimoniale  », comme on dit en Mayenne. Une entreprise avec des cadres qui fut un temps ne restaient pas longtemps en poste d’où un turn-over assez important. 1955 : Michel Besnier reprend la laiterie familiale de son père André, créée en octobre 1933, c’était rue d’Avenières à Laval avec un salarié ! Quelques litres de lait qu’il transforme en une quinzaine de camemberts. La légende est née. L’affaire prend vite de l’ampleur notamment entre les deux guerres. Ensuite la collecte de lait est organisée et optimisée, et le tour est joué. Le lait fait la crème et depuis, c’est le jackpot.

Actuellement, 13e fortune française avec 3 100 Millions d’euros selon le classement du magazine Challenges, Emmanuel Besnier, avec son frère Jean-Michel et sa sœur Marie sont juste derrière Xavier Niels (le PDG de Free) et sa famille. Devant Benjamin de Rothschild, mais loin derrière Bernard Arnault (LVMH) premier avec 21 240 Millions d’euros.

Internationalisation - Sous la direction d’Emmanuel Besnier, qui a succédé à son père Michel après son décès en 2000, Lactalis a réalisé 21 acquisitions. Le rachat de Parmalat cette année est la plus grosse opération menée depuis l’acquisition en 2006 de Galbani et sa mozzarella auprès du Fond d’investissement BC Partners. « Galbani, c’est avant tout l’Italie dans ce qu’elle a de plus chaleureux et ensoleillé  » peut-on lire sur le site France de Lactalis.

L'offensive de Lactalis sur Parmalat en plein sommet franco-italien avait un peu tendu les rapports... En 2006 une alliance s’est créée. Avec un des concurrents, le géant Nestlé : objectif yaourts notam- ment, sous la marque La Laitière, et Sveltesse notamment. Le groupe Lactalis détient 60% du capital de cette filiale montée en commun et en assure le management.

Avoir les reins solides - Quand on achète et même si c’est le cas, il faut compter avec des pratiques locales qui engagent. Et pour lesquelles il faut répondre. Le président vénézuélien Hugo Chavez a accusé fin novembre la compagnie italienne Parmalat, pilotée par le groupe français, de « monopoliser » le lait, qui fait dans ce pays l’objet d’un contrôle depuis 6 ans.

Des fonctionnaires et des militaires de la garde nationale avaient en effet découvert dans l’État de Mérida au nord-ouest du pays, un stock de quelque 210.000 kilos de lait en poudre dans un dépôt de Parmalat.

Hugo Chavez avait menacée à la TV la firme d’expropriation. Parmalat dans un communiqué avait assuré que ces réserves lui avaient été fournies par le gouvernement pour faire face à d’éventuelles pénuries.

Nul n’est sponsor dans son pays ! - Acheter nécessite d’accepter les us et coutumes, autrement dit les pratiques des entreprises qui tombent dans son giron. C’est ainsi. Pour preuve le New York Magazine qui cite Lactalis dans un article. La multinationale aide, dans la Little Italy le quartier de New York, à maintenir des évènements culturels.

« Little Italy a eu comme habitude de chercher du sponsoring d’entreprise. Aujourd’hui les événements [dans ce quartier italo-américain] sont financés par le Fromage Sorrento, une société de Buffalo créée en 1947 par un immigrant italien, mais possédée depuis 1992 par Lactalis, une société française. Sorrento parraine des festivals italiens de la rue dans onze villes américaines […] comme la Fête du Pêcheur à Boston et le Festival italien du Marché de la rue à Philadelphie. »

L'un des 11 festivals de rues sponsorisés par Sorrento Lactalis. Ils attirent la foule !Sorrento aux États-Unis, ce sont des ventes annuelles estimées à plus de 177 millions de dollars. A Laval, « les Uburlesques », le festival de rue avec son budget de 300 000 euros n’a pas pu être maintenu par la municipalité, faute de moyen financiers !

Racheter avec les meubles et les casseroles - Moins fun, Sorrento Lactalis Inc. a été condamnée à une amende 315 000 dollars par le Ministère de la Justice des États-Unis pour dépassement entre 2005 et 2008 des limites permises en matière de rejets de polluant dans un ruisseau situé près de son usine de l’état de l’Idaho.

Mais il arrive que le rachat d’une entreprise s’impose de fait. Ce fut le cas en Espagne. Renovalia Energy un groupe privé spécialisé dans les énergies renouvelables, avait été créé par la famille Ortega Martinez pour fournir en énergie leur propre groupe, Forlasa spécialisé dans l’activité laitière. Mais en 2010, la famille a souhaité vendre ses intérêts laitiers parce qu’elle voulait se concentrer sur ses investissements d’énergie. Et c’est tout naturellement Lactalis qui s’est mis sur les rangs et a obtenu le marché.

Trust me ! - Lactalis étend donc son empire patiemment mais sûrement. Lactalis truste sans que les consommateurs locaux à l’échelle des régions ne s’en aperçoivent. Pour cela, il s’agit de conserver les marques, de ne rien trop bouleverser, habitudes et coutumes régionales ou nationales et de faire comme avant l’acquisition.

Grâce à cette stratégie d’internationalisation du groupe mayennais, d’autres diront grâce à « une boulimie concentrationnaire », Lactalis est à présent dans 55 pays, avec la bagatelle de 198 sites industriels. Bien loin de la little Mayenne ! N’est-il pas ?


Lire aussi dans la catégorie Industrie :

Pollution « soft »

Roche-mort


Retour à la Une du Journal



Réagir

Vachement batte !

Publié le: 22 décembre 2011
- Lire aussi d'autres articles de la rubrique: leglob-mayenne
Actuel Agriculteurs Travail Mayenne Industries
Acteur et vecteur de la Pensée critique en Mayenne : leglob-journal
leglob-journal, votre journal indépendant en ligne - Informations, Analyses, Opinions en Mayenne - Nous contacter : redaction@leglob-journal.fr
© leglob-journal 2017 - Mentions légales - Editorialisé avec SPIP - se connecter - RSS RSS